‹ 1870, la guerre en Lorraine (volume 2)Chapitre 134 sur 165 · BORIS Y · texte numérisé non relu

BORIS Y

Ces idées préconçues inspirent la directive expédiée de Herny le 15, à 6 h. 30 du soir, aux trois armées allemandes.

« Tant que Ton n'aura pas établi s'il reste à Metz plus que la garnison de guerre , il sera nécessaire de laisser aux environs de Courcelles un corps de la lrt' armée... Les deux autres... prendront position demain 16 août... sur la ligne Arry-Pommérieux... Les conditions dans lesquelles les I" et VIP corps, ainsi que des fractions de la IS' division, ont remporté hier une victoire excluaient toute poursuite. On ne peut recueillir les fruits de cette victoire (1) qu'au moyen d'une vigoureuse offensive de la IIe armée contre les routes de Metz à Verdun par Fresnes ou par Étain. Il appartient au commandant de la IIe armée de conduire cette attaque avec tous les moyens disponibles (2), d'après ses propres idées... Les têtes de colonnes de la IIIe armée ont atteint aujourd'hui la ligne Nancy-Dombasle- Bayoo (3) .. . »

Au lieu d'imposer au prince Frédéric-Charles une manœuvre sur les communications de l'ennemi, Moltke s'en rapporte donc à son initiative, par »los instructions dont certains passages manquent de précision — et à un moment où les

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LA IIe ARMEE LE 15 AOUT 291

opérations entrent visiblement clans une période décisive. Grâce aux déplorables mesures du commandement français, l'attaque prescrite par Moltke se réalisera le 16, mais dans des conditions telles que deux corps d'armée allemands eussent été certainement écrasés si l'armée française avait eu à sa tête un chef autre que Bazaine (1).

Frédéric-Charles ignore encore le combat de Borny lorsque le 14, à G heures du soir, il donne ses ordres pour le lendemain. Les III' et XIIe corps doivent s'avancer jusqu'à la Seille, le premier à Cheminot, le second à Nomeny; le IX*corpsv qui vient d'accomplir 'quatre fortes marches, fera repos. Le Xe corps enverra, de Pont-à-Mousson, de forts détachements vers le nord, dans la vallée delà Moselle et sur le plateau à l'ouest. La Garde serassembleraà Dieulouard; le IV corps atteindra la Moselle à Custines et poussera une avant-j;arde à Marbache (2) .

Frédéric-Charles ne songe donc nullement à gagner le 1 5 la ligne de retraite de l'armée française vers'la Meuse. Il envisage plutôt, pour les corps de son aile droite, l'éventualité d'un com-

(i) Metz, II, 117.

(2) Historique du\jrand Etat-major jnussien, V, 500-501.

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bat sous Metz. Comme Moltke, il semble vouloir attendre les décisions de l'adversaire pour en déduire les siennes. C'est ce qu'un éminent critique a appelé « la stratégie du statu quo » et, appréciant les mesures du baut commandement allemand, il ajoutait ces justes réflexions : « Sans le combat de Borny, qui se produisit, comme Wœrth, comme Spicberen, en dehors de la haute direction des armées, les Allemands auraient maintenu le 15 la Ir* armée et l'aile droite de la IIe sur leur vaste demi-cercle autour de Metz; l'aile gauche atteignant seulement la Moselle, de Pont-à-Mousson à Marbache. La souricière demeurait consciencieusement tendue, mais elle risquait fort de se refermera vide... Est-il trop sévère de conclure que la direction stratégique, toujours préoccupée de ce que fait l'ennemi, modelant sur les siens ses mouvements et ses haltes, n'a pas ce caractère d'énergie qui commande aux événements? Eut-elle, même, le mérite d'en tirer parti, et ce mérite ne revient-il pas au bon vouloir et à la merveilleuse entente dej subordonnés? N'est-on pas fondé, enfin, à soutenir «pie, dans les brillants résultats obtenus sous Mets, la part du hasard, celle de nos fautes, excèdent dfl beaucoup celle du grand Etat-major

allemand (l) ? »

(l)fl t: . foi cil . 1S.V186.

CLAIRVOYANCE D'ALVENRLEBEN 293

A la réception des ordres de Moltke, expédiés le 14, à 6 heures du soir (1), Frédéric-Charles ne modifie rien aux instructions données, et ne tient pas compte de la prescription relative à l'envoi sur la rive gauche de « toute la cavalerie disponible» . Le 15 août, à 7 heures du matin, survient le télégramme de Moltke contenant la phrase : « Il importe de poursuivre [les Français] sur la route de Metz à Verdun. » Frédéric-Charles se décide à apporter certaines modifications à ses dispositions de la veille : mais il ne désigne pour cette mission de poursuite que les brigades Barby et Redern, de la division de cavalerie Rheinbaben (2) . Ces deux brigades devront atteindre aussi vite que possible la route de Verdun et la suivre vers Metz jusqu'à ce qu'elles aient une idée nette de la situation; elles seront soutenues par le Xp corps et par la brigade des dragons de la Garde, qui se portera à cet effet de Rogéville sur Thiaucourt (3) .

Suivant les instructions de Moltke, Frédéric- Charles prescrit au III'' corps de suspendre sa marche sur Cheminot. Mais le général von Alvensleben a reçu dans la nuit des renseignements adressés par la ()'' division de cavalerie :

(1) Voir supra, p. 286.

(2) La brigade Bredow, de cette même division, est encore à l'est de Pont-à-Mousson.

(3) Cardinal von Widdkrn, VetWtndunq und Fiihruiitj der KavaHevie, IV, 365.

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