‹ 1870, la guerre en Lorraine (volume 2)Chapitre 26 sur 165 · PASSIVITÉ DES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

PASSIVITÉ DES FRANÇAIS

cheren. A tout instant on pouvait s'attendre à ce qu'une attaque générale d'un ennemi très supérieur en nombre refoulât ou rompit la faible ligne des Prussiens (1). »

Pour les Français, le moment est venu en effet de passer à l'offensive. Malheureusement, le général de Laveaucoupet, qui montra tant de bravoure personnelle et d'énergie dans la résistance, ne poursuit pas son succès, bien qu'il dispose de douze baladions frais. Faut-il admettre qu'il ait été paralysé par l'écrasante supériorité de l'artillerie prussienne et par l'apparition des renfort* qui commençaient à arriver à l'ennemi sur le Kepperts Berg et sur le Winter Berg (2) ? Ces deux raisons sont insuffisantes à expliquer l'inertie de Laveaucoupet. Les batteries de la 14e division eussent été incapables d'arrêter l'offensive des Français, sur le front de plus de 2 000 mètres qui s'étend depuis la forêt de Spicheren jusqu'à l'extrémité orientale du Gifert Wald, Quant aux troupes fraîches de l'adversaire, elles ne pouvaient déboucher que lentement par les pouls de Sarrebruck; il fallait se hâter évidemment de profiter de la supériorité morale et matérielle que l'on possédait momentanément pour les jeter dans la Sarre avant quelles ne fussent nombreuses (3).

(1) Historique du grand lîtat-major prussien, III, 320.

(2) Kriegigeichichtliche Kinzelschriften, lleft 18, 500.

(3) Lieutenant-colouel MâWM, loc. cit., 139.

Les causes véritables de la passivité des Français sont toutes différentes. Les idées en cours dans Tannée du Rhin attribuaient à la défensive la supériorité sur l'offensive, et les incidents du combat qui vient de se dérouler semblaient confirmer cette théorie. On persévère donc dans l'attitudeque l'on a adoptée. On continue à se battre dans le but de conserver des positions: on oublie que, pour vaincre, il faut avancer et refouler l'ennemi. L'offensive générale ne peut résulter d'ailleurs que de la volonté du chef. Or le général Frossard est à Forbach; le moment favorable va donc lui échapper. Eût-il su d'ailleurs saisir cette occasion? Il est permis d'en douter. Dans une bataille défensive, en effet, les propriétés du terrain deviennent presque fatalement l'élément essentiel et font oublier celles du mouvement. Le chef et les troupes restent attachés au sol et ne savent pas s'en dégager en temps opportun. Il importe de se rendre compte exactement de l'énergie toute spéciale qu'exige, de la part du chef et des troupes, le brusque changement d'attitude nécessaire pour passer de la

défense à l'attaque. L'histoire militaire ne mentionne guère que deux batailles ainsi conduites : Hohenlimlen et Austerlitz, el ce sont Moreau et Napoléon qui les ont livrées.

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