LA DEUXIÈME LIGNE D'ATTAQUE
à des fractions du 66e, opposent à l'ennemi une résistance acharnée. Le commandant Avril de Lenclos, les capitaines Gurel, Arson, Etienne, le lieutenant Odinet sont tués; le lieutenant-colonel Gabrielli, déjà blessé à la main, est grièvement atteint (1). Malgré plusieurs retours offensifs qui déterminent des mêlées sanglantes, nos soldats sont refoulés jusqu'à la crête nord du Forbacher Berg.
Parti du Repperts Berg, le 52" qui forme la seconde ligne, vient d'atteindre la Brème d'Or, quand l'attention du général von Schwerin est attirée du côté de Stiring par la recrudescence du combat. Oubliant la mission dont il est chargé, il engage six compagnies dans cette direction, n'en conservant que cinq pour soutenir les bataillons de L'Estocq. Ceux-ci ne progressent que lentement dans la direction du Forbacher Berg (2).
Vers 7 heures du soir, tous les bataillons de la division Laveaucoupet se trouvent confondus sur deux longues lignes partant, l'une de la côte S40 et bordant la lisière nord des bois de la rive
(1) Le lieutenant-colonel Gabrielli au général Bataille, 15 juillet 187 J ; Historique manuscrit du 88 de ligne.
(2) Historique du gratté Btat-major prussien, III, ;i">l ; Kriegsgeschichtlic'he Bintelschrifîen, lieft 18, 517, 520.
gauche du Simbach, au sud du GifertWald; l'autre sur la crête au nord-est de Spicheren (1). A ce moment, un clairon sonne la charge, et cette sonnerie est répétée sur tout le front. « Toutes les troupes se portent alors en avant à la baïonnette, avec un élan remarquable » , tant dans la direction du Pfaffen Wald et du Gifert Wald que vers le Rother Berg. En même temps, les batteries établies sur le versant nord du Pfaffen Berg reprennent le feu (2) . Cette fois encore, les Prussiens cèdent et, à la tombée de la nuit, nous occupons pendant un certain temps la lisière sud du GifertWald (3). Nos progrès sont d'abord sensibles vers le Rother Berg; puis nos tirailleurs, contre-attaques sur leur flanc gauche par deux bataillons prussiens, sont obligés de regagner leurs emplacements au nord-ouest de Spicheren. Mais toutes les tentatives de l'adversaire pour progresser davantage dans ce secteur échouent après des pertes élevées.
La lutte dure ainsi, incertaine et confuse, jusqu à la nuit close. A 9 heures, le général de Laveaucoupet rassemble sa division sur le Pfaffen Berg, tenant Spicheren par des avant-postes. Nos soldats sont harassés de fatigue; les cartouches
(1 ) Y.,ii su/iiii. p. (»().
(2) llî>i<>i i.|n.- in.miiM rit du 8' du ligne; Historique manuscrit
du !."> d'artillerie.
(3) Historique du grand ctaUmajor pru$$itnt 111, -Wt'l; Cardinal M>ii WlnhlliN, /<». .ri/., 21'. (. m -t f I.
RETRAITE DE LAVEAUCOUPET 75
ont commencé à faire défaut depuis 4 heures de l'après-midi, et l'on n'a pu prolonger le combat qu'en les ménageant avec soin. Bien que le général de Laveaucoupet fût infermé d'une attaque de l'ennemi sur Forbach, il ne pouvait se résoudre à quitter sa position, de crainte de compromettre la retraite des divisions Vergé et Bataille. A 10 heures et demie du soir seulement, il recul du général Frossard l'ordre de se replier sur Behren et Oeting. Ses troupes se mirent en mouvement à 1 1 heures « lentement et à regret... sans essuyer un coup de fusil, sans en tirer un seul (1) » .
De leur côté, le Ier bataillon du 66e de ligne, et les II6 et IIIe bataillons du 8e, qui défendent le Forbacher Berg contre les troupes du lieutenantcolonel de L'Estocq, ont entendu sonner la charge à la division Laveaucoupet et, par une énergique contre-attaque, reconquièrent une partie du terrain perdu (2). Ramenés à leur tour, ils se replient sur le Forbacher Berg, où ils résistent «jusqu'à la nuit très avancée >» . Ils n'abandonnent celte position que sur l'ordre de la retraite (3).
Contrairement à l'assertion de VHt'storù/ue du grand État-major prussien (4) , l'attaque décisive du
(i) Rapport du général de Laveaucoupet.
(2) Journal de marche du 8e de ligne; Historique du i~% Mi.
(3) Le colonel Gabrielli au ministre de la guerre, 25 juin