CHAPITRE VII
LE 3e CORPS
Télégrammes échangés entre Frossard el Bazaine. — Frossard demande instamment l'appui de la division Montaudon. — Attitude de Bazaine. — Inquiétudes de Frossard dans la soirée. — Opérations de la division Montaudon. — Lenteurs de sa marche. — Initiative du jjcnéral de Castagny. — Son n tourà Puttelange. — Marche sur Forbach.— I IMet-
man à Bening. — Ordres de Bazaine. — Arrivée tardive à Forbach. — La division Dccaen. — Inertie de Bazaine. — Abstention de l'empereur et du major général. — Mobiles possibles de Bazaine. — Sa responsabilité.
Tandis qu'à deux exceptions près, les généraux prussiens ont marché au canon de leur propre initiative et avec un remarquable esprit de solidarité pour venir en aide aux troupes engagées, les divisions du maréchal Bazaine n'ont point atteint le champ de bataille dont elles n'étaient pourtant que peu éloignées.
Dès 9 heures du matin, le général Frossard, trouvant ses ailes peu protégées, demande au maréchal Bazaine d'envoyer la division Decaen de Saint-Avold sur Merlebach et Rosbruck, et une brigade de la division Montaudon de Sarregue-
94 F ORBACH
mines sur Grosbliederstroff (1). Un peu plus tard, il manifeste de nouvelles inquiétudes pour la sécurité de son flanc gauche (2) . Le maréchal Bazaine répond par deux télégrammes qui se succèdent de très près. Le premier annonce que, d'après les ordres de l'empereur, la division Castagny s'est portée la veille à Puttelange, la division Metman à Marienthal ; qu'il n'y a plus personne à Merlebach ni à Rosbruck où va se rendre la brigade de dragons Juniac; enfin, qu'une brigade de la division Metman ira s'établir à Bening-les-Saint-Avold (3). Le second débute ainsi : « Quoique j'aie très peu de monde poui garder la position de Saint-Avold, je fais marcher la division Metman sur Macheren et Beningles-Saint-Avold, la division Gastagny sur Far* (•huilier et Theding. Je ne puis faire plus... » Le maréchal termine en donnant a son subordonne' des conseils au lieu d'ordres : « Gomme von; avez vos trois divisions réunies, il me semble que celle qui est à Oeting peut très bien envoyer une brigade sur Morsbach afin de surveiller Rosbruck... Notre ligne est malheureusement très mince par suite des dernières dispositions prises et, si le mouvement est vraiment aussi sérieux
(1) Le grfn^rnl Fron*.ml :m maréchal famine, l>. T., Forbacfa
..t, 1» h. 10 m. 'Un
i . m. m "i m. me. i>. T., (i août. 10 li. 50 matin. i . m in -i-li.il Butine tu général Frouard, D. T., Saint Arold, ti i. 1 1 lu ni m matin.
FR08SAKD E T 15 A Z A l N I ! 9 5
nous ferons bien de nous concentrer sur la position de Gadenbronn (1) ».
A 1 h. 25 de l'après-midi, quand le général Frossard est bien certain de l'importance de l'attaque, il expédie à Bazaine un télégramme qui ne laisse place à aucun doute : « Je suis fortement engagé, tant sur la route et dans les bois, que sur les hauteurs de Spicheren. C'est une bataille. Prière de faire marcher rapidement votre division Moiitaudon vers Grosbliederstroff et votre brigade de dragons sur Forbach (2). »
Dans ces graves conjonctures, Bazaine avait pour devoir, sans nul doute, de se rendre sur le terrain où un de ses corps d'armée livrait un combat si important; un train l'y eût transporté en une demi-heure. Il n'en fait rien, bien plus, un nouveau télégramme de Frossard est nécessaire pour le décider enfin, vers 3 heures, à diriger la division Montaudon sur Grosbliederstroff (3) .
(1) Le maréchal Bazaine au général Frossard, 1». T., Saint- Avulil, 6 août, 11 h. 15 matin. — L'heure d'expédition de ce télégramme est contestée. Le général Frossard indique 11 h. 15 (Rapport sur les opérations de l'armé» du Rhin, 39). Le maréchal Bazaine indique nue heure «lu soir (/.'Armée du Rhin, 29). La copie qui existe aux Archives de la Guerre porte 11 h. 15, chiffres surchargés. La copie versée à l'instruction du procès Bazaine porte également 11 h. 15.
(2) Le général Frossard au maréchal Bazaine, D.T., Forbach, 6 août, 1 h. 25 soir.
(3) Le même au même, D. T., Forbach, 6 août, 2 h. 25 soir maréchal Bazaine, l'Armé» du Rhin, S4j général Frossabd, loc. cit., 54.
96 FORRACH
Frossard, aussitôt prévenu par le maréchal, prie Montaudon d'activer sa marche et appelle Metman de Bening sur Forbach (1). Une accalmie s'étant produite vers 5 heures, il expédie au maréchal Bazaine un télégramme plus rassurant: « La lutte, qui a été vive, s'apaise; j'espère rester maitre du terrain, mais cela pourra recommencer demain matin ou peut-être la nuit. La division Montaudon vous sera renvoyée aussitôt que possible. Si vous pouviez m'envoyer un régiment au moins d!infanterie par chemin de fer, ce soir, ce serait bien. Mes troupes sont fatiguées. Votre brigade de dragons est arrivée, mais ne peut m'être de grande utilité dans les bois. »
Le général Frossard, qui vient enfin d'apparaître sur le champ de bataille (2), juge donc fort mal la situation. De plus, les services rendus sur le Kaninchens Berg par les deux escadrons du lieutenant-colonel Dulac montrent le parti qu'on aurait pu tirer de la brigade de dragons Juniac, renvoyée à Morsbach et Merlebach, sous prétexte qu'elle encombre la route (3). Une demibeure environ après l'envoi de ce message, I passe d'un extrême à l'autre : « Ma
( 1 1 l I iïroitard au général Montaudon, 1>. T., Forbtckjj
(t) Voir Mprè, p