‹ 1870, la guerre en Lorraine (volume 2)Chapitre 45 sur 165 · LA DIVISION MONTAUDON · texte numérisé non relu

LA DIVISION MONTAUDON

Saint-Avold, et ne devait-il pas, dans ces circonstances critiques, aller au devant des instructions qu'on pouvait lui envoyer? Ne devait-ii pas, en outre, faire connaître au général Frossard qu'il n'avait devant lui que des patrouilles de cavalerie ennemie (1)? N'avait-il pas au moins à prendre toutes les dispositions pour marcher vers le champ de bataille au premier avis?

A 2 h. 45, Montaudon apprend, par un message du major général, que le général Frossard et le maréchal Bazaine sont attaqués, et qu'il doit s'attendre à l'être également (2) . Aussitôt, suivant les errements de l'époque, les troupes de la division et celles de la brigade Lapasset (3), au lieu de rester massées à l'abri d'un réseau d'avantpostes, se déploient sur le plateau entre la Sarre et la Blies (4). Moins d'une heure après l'arrivée du télégramme du major général, Montaudon reçoit du maréchal Bazaine l'ordre de marcher sur Grosbliederstroff et de se tenir à la disposition du général Frossard. Mais aucun préparatif n'ayant été fait en prévision de ce mouvement

(1) Procès Bazaine, Déposition du général Montaudon, 286.

(2) Le major général au général Montaudon, D. T., Metz, 6 août, 2 h. 18 soir.

(3) La brigade Lapasset, appartenant au 5* corps, avait été retenue à Sarreguemines, par Montaudon, en prévision d'une attaque (Le général Montaudon au major général, D. T., Sarreguemines, 6 août, 12 h. 30 soir).

(4) Journal de marche de la division Montaudon.

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pourtant probable, la division perd un temps précieux à replier ses avant-postes et à se rassembler, de sorte qu'elle ne peut se mettre en marche qu'à 5 heures (1). Après avoir mis deux heures à parcourir cinq kilomètres, Montaudon juge encore nécessaire de rassembler ses troupes au nord de Rouhling, bien que le canon ne cesse de se faire entendre. Arrivé près de Bousbach à 9 heures du soir, Montaudon apprend que Frossard est en retraite sur Sarreguemines. Il se conforme aussitôt à ce mouvement, et prend ensuite la direction de Puttelange, comme les troupes du 2° corps (2) . Le général de Gastagny, commandant la 2' division du 3* corps, à Puttelange, a été invité la veille par le maréchal Bazaine à se mettre en communication avec les corps voisins, et autorisé à se porter à leur secours dans le cas où ils feraient appel à lui (3) . Il s'empresse le 6, dès

(i) Si l'on admet que cotte perte «le temps ait été évitée — et elle pouvait l'être — .Montaudon, partant à -V heures, et suivant les ileux itinéraires : Grosblicdorstroff, Etzling (lîî kilomètres et Roulilin;), LÛdng, Ki rhaeh, Etzlin;; (12 kilomètres) aurait atteint cotte dernière localité vers 7 heures. Le général Frossard, informe de cette marche, d'abord par le télégraphe, puis par un officier d'élat-majur, n'aurait Certainement pas donné l'ordre de

l.i retraite et m tarait borné peoUêtrc à porter tout le ~' corps sur

les hauteurs d'0eliii|;-Spi(dieren. I.a bataille du 6 eût été indécise et pi. mail elic reprise le lendemain avec l'appui immédiat île trois divisions du '.Y corps.

(2 Rapport du eeiural Montaudon, Puttelange, 7 août ; ;;< nei.il \|.i\u \, Siiurrniix militaires, 72.

(H) l'niris llazaiiit'. Déposition du général de Castagny, 287.

LA DIVISION CASTAGNY 101

7 heures du matin, d'entrer en relations avec la division Montaudon et avec le général Frossard (1). Vers midi, le canon se fait entendre dans la direction du nord. Castagny met aussitôt ses troupes en marche sur Spicheren. La distance à parcourir étant de 17 kilomètres, la tête de colonne aurait pu atteindre ce point vers 4 heures. Malheureusement, « ayant rencontré une belle position » vers Diebling, Castagny y déploie ses troupes, bien que l'ennemi ne soit même pas signalé et que le canon tonne toujours. Une reconnaissance composée d'un bataillon et d'un escadron est poussée jusqu'au signal de Gadenbronn. Vers 4 heures, le bruit s'éteint, et Frossard n'ayant envoyé aucun ordre à Castagny qui, de son côté, n'a pas songé à en provoquer, la 2e division reprend le chemin de Puttelange (2) . La cessation de la canonnade était un motif insuffisant pour faire demi-tour; il fallait au préalable être renseigné sur les résultats du combat jui avait eu lieu.

Vers 5 heures et demie, à peine la division estslle de retour à Puttelange, que la canonnade recommence, cette fois beaucoup plus violente.

(J) Procès Baiaine, Dépositions du capitaine d'état-uiajor Béat, 289; du général Frossard, 29V.

(2) Journal de marche de la division Castagny ; le général de Castagny au ministre de la Guerre, V novembre 1871: Mémoire lu général Saussicr, alors colonel du il' de ligne, de la division Castagny.

Gastagny fait reprendre les armes et se dirige sur Farschwiller et Theding. A 7 heures, il rencontre, au nord de cette dernière localité, le capitaine Thomas, de l'état-major du 2e corps, qui lui déclare que tout est perdu. La division occupe alors les hauteurs qui dominent Folcklina et détache sur Forbach le 906 de ligne, sous le commandement du général Duplessis (1) . Un peu plus tard, Castagny apprend que le 2e corps est en retraite sur Sarreguemines, et que la divisior Metman est près de Forbach, mais sur le poini de quitter cet emplacement. Il se maintient néanmoins à Folckling jusqu'à 1 h. 30 du matin; puù il reprend la direction de Puttelange où il arrive au point du jour. Depuis le 6 août à midi, sei troupes ont été presque constamment en mouvement sans aucun résultat utile (2) .

Ni Montaudon, ni Castagny n'ont su, comme certains généraux allemands, précéder leur division et gagner le champ de bataille, en emmenant avec eux les éléments les plus mobiles cavalerie et artillerie. Une mesure de ce genn

(1) <:<m |>< ntl.uit cotte marche, sans doute, que parvint ■ général de CartagB] la dépêche tuivante de Bazaice <|ui ce poil amiinc indication d'heure : « l'on. /-vous «un» retard et atfl tou» \> d'action a portée ef '■> hauteur du général Frai Mid lUiK.' miiiii ili.ii.iuiiit i h relatioui avec lui et fuites et qu'il \"ii* •-<>■>■ Mi.int ii i

(2) I de ( tagny au ministre de la liucnv, V no vembre 1871; I. |;enéiul île (Justugn} au maréchal Ha/aine l'un. I m;;.-, 7 août, 7 h. IJO matin.

LA DIVISION METMAN 103

aurait eu certainement des résultats moraux et matériels considérables. « Notre éducation militaire était, à cette époque, bien imparfaite. C'est à cela principalement qu'il convient d'attribuer non pas l'inaction de la division Castagny, puisqu'elle a marché jour et nuit, mais la stérilité de ses efforts. Arrivée vers 1 h. 30 de l'après-midi... à 8 kilomètres de la portée de l'ennemi, la division pouvait se trouver, à 4 heures au plus tard, à Spicheren... Son intervention à ce moment eût certainement modifié le dénouement de la journée, indépendamment du concours également possible des autres divisions du 3e corps, qui se trouvaient en situation d'intervenir en temps utile pour participer à la bataille et donner alors à l'armée française une énorme supériorité (1) . » D'après les instructions du maréchal Bazaine, la division Metman est répartie, dans la matinée du (j août, entre Marienthal et les hauteurs de Mittenberg, à l'est de Saint-Avold (2). Vers midi, Metman reçoit un nouvel ordre lui prescrivant de se porter sur Bening-les-Saint-Avold avec toutes les troupes disponibles à Marienthal. Sa mission est de « faire occuper la gare et les positions militaires » ; il lui est spécialement recommandé de surveiller le débouché de Merlebach (3) » ,

(1) Mémoire du général Saussier.

(2) Journal île marche de U division Metman.

(•>) Instruction relative au procès Bazaine, Déposition

mais nullement de se mettre à la disposition du général Frossard, ou de lui venir en aide éventuellement^). Arrivé à Beningvers 3 heures seu lement (2), Metman y demeure inerte et n'envoi même pas un officier aux nouvelles pour connaître la cause et les péripéties de la lutte dont les échos lui parviennent presque depuis son départ. Vers 4 heures, surviennent de nouvelles instructions du maréchal Bazaine. La division doit s'établir le soir môme sur les hauteurs bordant au sud la voie ferrée de Saint-Avold à Forbach. Sans même faire mention de la bataille qui se livre, Bazaine ajoute : « Choisissez sur le terrain votre position militaire défensive; surveillez et soyez toujours prêt à défendre le terrain entre le chemin de fer et la frontière... » Le maréchal immobilise donc la division en vue d'une mission déterminée, qui est défensive et de première urgence, semble-t-il (3). Cette inaction pèse douloureusement aux troupes (4) . Il est

du capitaine <l>- Loomaria, charge da porter l'ordre à Metman.

ih Lu maréchal B.izuint' l'a reconnu plu» lard (I.. imite >lit

m, in, 51).

(2) l..i distani •■ .i parcourir c'était <|u<- de lept kilomètre

(3) Caaf ce qui ■ fait dire plus tard tu généra] Metman : « Je savais I. maréchal Baiaine en relation! télégraphique! d'une rapidité telle avec !<■ j;< ■ i<- ■ .t 1 Iw-ossanl, que je «IrN.iis considérer

ml i.nli. comme impliquant le nécessité de garder une m dont l'importance était évidente (Instruction relative tu

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