LES POSITIONS DE LA NIED
du 9 au 10, la division du Barail part de Saint- Mihiel pour se rendre à Metz. Quant aux seize batteries de la réserve générale d'artillerie, elles sont concentrées dans l'ile Chambière, en aval de Metz(l).
Si l'armée est obligée d'abandonner la Nied française, sa retraite doit s'effectuer vers Metz, de manière à venir occuper « la position très belle qui se trouve en avant des forts de Oueuleu et de Saint-Julien » . Par avance, les instructions du major général prévoient la répartition des corps d'année sur cette nouvelle ligne de défense qui coïncide presque avec les glacis de la place (2) . Sur la recommandation de l'impératrice, l'empereur rappelle à Metz le G' corps, qui sera transporté par voie ferrée : les premier* embarquements commencent au camp de Ghàlons dans l'après-midi du 9 août (3).
La position défensive eboisie sur la rive gauche de la Nied française était bonne en soi ; son éten-
(1) Journal des opérations du général Solcille.
(î) llnd.
(8) L'impératrice à l'empereur, I) T., Pari», 9 août, 6 h. «oir
(Les derniers tele (/ranimes de l'empire, IV); le major général
au maréchal Canrobert, Metz, y août. — L'impératrice fût été désireuse de conserver à Paris le maréchal Canrobert en qui elle avait toute confiance et de le remplacer par Trochu à la tête du 6* corps. Mais le maréchal Canrobert ne voulut pas abandonner ses troupes au moment ou elles allaient à l'ennemi Cf. Ccrmain BapsT, l.e maréchal Canrobert, IV, 2-V7, un télégramme de l'impératrice à l'empereur en date du 9 août, sans indication de source).
due était convenable et la répartition des troupes judicieuse, à part l'emplacement de la Garde trop rapproché des deux premières lignes. Mais la résolution d'y combattre le 10 août était-elle rationnelle? ?s 'était-il pas préférable de n'accepter la lutte qu'après la concentration aux environs de Metz de toutes les forces disponibles, c'est-à-dire non seulement des 2e, 3% 4e corps et de la Garde, mais encore des 5e et 6e corps, peutêtre même du 7'? Telle est un instant, si l'on en croit le général Lebrun, la pensée du grand quartier impérial (1). Elle eût été conforme aux véritables principes de la guerre.
L'empereur est malheureusement de plus en plus incapable de s'arrêtera une décision. L'opinion de l'armée commence à lui attribuer les revers; « On devinait sa faiblesse, on blâmait le projet de reculer jusqu'à Chàlons, on exprimait Ouvertement le vœu qu'il choisît un autre commandant en chef et qu'il quittât Metz, débarrassant ainsi les troupet de ses indécisions et de l'encombrement de sa cour (2). »
Vraisemblablement informé de l'état des esprit. M. Piétri demande à l'empereur, le 8 août, s'il te sent assez de forces physiques pour supporter lea fatigues d'une campagne, pour passer i cheval et les nuits au bivouac. Le
(2) Capitaine DnaA m ux, Gtttrrê <l<- 1H70, 144.
DÉMARCHE DE PIETlil 145
souverain est obligé de faire l'aveu de son fâcheux état de santé (1). M. Piétri lui propose alors de retourner à Paris où il organiserait une nouvelle armée avec la collaboration du maréchal Le Bœuf, qui reprendrait les fonctions de ministre de la Guerre. L'empereur laisserait le commandement en chef de l'armée au maréchal Bazaine, qui, assurait Piétri, * en a la confiance et auquel on attribue le pouvoir de tout réparer (2) » . M. Piétri et les « vrais amis de l'empereur » voient un autre avantage à cette solution : ■ S'il y avait encore un insuccès, l'empereur n'en aurait pas la responsabilité entière (3). »
L'impératrice, à qui ce projet est soumis dès le 7 août, n'ose d'abord prendre sur elle de donner un conseil. Elle prie l'empereur de réfléchir aux conséquences qu'amènerait sa « rentrée à Paris sous le coup de deux revers i. ; il fau-
(1) « M. Maurice Richard avait été envoyé a Metz par le Cahinet, le 7 août 1870, pour s'assurer de l'état de saute de I empereur et (lu degré île confiance qu'il inspirait aux troupes. M. Maurice Richard revint avec les plus mauvaises nouvelle*: l'empereur ne pouvait se tenir à cheval qu avec les plus grandes difficultés, la fatigue le saisissait tout de suite: on continuait dans l'année à avoir une grande affection pour H personne, mais ses aptitudes militaires étaient mises en doute, et ou demandait tout haut cpie le commandement fût remis entre des mains plus fermes et plus énergique! « (I Uni mon, Note! sur la tjurric de 1870, 37-38).
(S) M. Piétri à l'impératrice, Metz, 8 août, I h. 30 soir.
(3) Jbid. — « Un Napoléon, aurait dit l'impératrice, ne peut rentrer que victorieux à Paris » (G. BàMT, le Maréchal Caniobert, IV, 233).
drait au moins, dit-elle, a que la mesure fût présentée au pavs comme provisoire (1) » . Puis soudain, elle se prononce nettement contre l'idée du retour à Paris (2) . Indécis, le souverain s'arrête à un moyen terme. Un décret impérial, en date du 9 août, confie au maréchal Bazaine le commandement des 2% 3e et 4e corps de l'armée du Rhin, lui constitue un état-major spécial et appelle le général Decaen à la tête du 3e corps (3). Suivant l'impératrice, cette décision de l'empereur produit « le meilleur effet (-4) » . Mais, comme le fait observer justement le colonel d'Andlau, « cette mesure ne répondait pas encore aux: besoins de la situation; l'empereur n'en restait pas moins le chef de l'armée du Khinet du maréchal Bazaine, dont le rôle de lieutenant subor-
(h Papiers et correspondance de la famille impériale, I, (5V (télégramme trouvé déchiré aux Tuilerie»),
(2) I.' Impératrice a l'empereur, 1>. T.. 7 août, 1 h. L3 sotrl — D après Darianoa, l'impératrice se sérail toujours opposée
nin •;;ii|iicmnii nu retour » 1 • • 1 empereur à Paris (loc. fit , 38). Cf. ÎX>. 151 158 (explications île .M. Koulier au sujet (le l'atti-
tml. ilf I i it 1 1 •• -i.iini-e D'après M. Pierre delà Gorce, le ministre île lurtérieor, Chevendier de Valdrétae, et le préfet de police l'iein .oii.M.ni conseillé le retour à Paris «le l'empereur. Opposée il alt.iiil à ce protêt, l'impératrice aurait oédé, puis, après ,i\nii consulté le Conseil prive, se senti ravisée (Histoire <ln I Empire, VII, 11J-20. d'après les papiers de Chevandied,
île Valiln.iin I
(3) IjC gémi. il hee.ien lut remplace par le général Avinaril Ù l.i l. |i (U la '•' ili\ issOC ilu :'. DM \>-
(V) I. iMipei.iii'ie.' a l'empereur, l>. T., '.' août (lis dernier*. l'Empire, 15).