‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 10 sur 168 · LES COLONNES DO HT CORPS · texte numérisé non relu

LES COLONNES DO HT CORPS

crite d*ArnavilIe et se dirige sur Mars-la-Tour par Onville et Buxières. La 5* division (Stùlpnagel) ne peut rompre de Novéant, vers Gorze et Vionville, qu'à 7 heures et demie, par suite du retard et de la lenteur mis par la 6* division de cavalerie à franchir la Moselle au pont suspendu de Corny (1) . Alvensleben marche avec la colonne de gauche. A 7 heures, il connaît la présence d'avantpostes français entre Vionville et Tronville, et vers le bois de Vionville. Ses prévisions se trouvant ainsi confirmées, il prend la résolution d'attaquer; mais il a soin de recommander à la 6' division "de ne pas s'engager et même, s'il est possible, de ne pas se montrer avant que la 6* division de cavalerie ait atteint le plateau et puisse intervenir dans le combat (2) » .

Certes, la manœuvre n'est pas sans danger. Séparées par un intervalle de quatre kilomètres, les deux colonnes du HT corps peuvent se heurter sur le plateau à des forces supérieures et risquer de se faire écraser successivement avant que les corps voisins puissent intervenir. Toutefois, à cette époque de la campagne, le moral des chefs et des soldats allemands a été considérablement exalté par leurs premiers succès sur un adversaire, dont le commandement a déjà laissé percer, à maintes reprises, son irrésolution et son inca-

^1) Kriegsgeschichtliche Ein:elschriften, Heft 18, 540. (2) Ibid., 541.

ti REZONVILLE

pacité. L'audace d'Alvensleben est doue, dans ces circonstances, parfaitementlégitime. Au reste, que l'armée française soit encore tout entière à proximité de Metz, ou qu'il n'y ait plus, aux environs de Rezonville, qu'une arrière-jarde — ainsi qu'Alvensleben incline à le croire — le seul moyen pour retarder la retraite de l'adversaire consiste évidemment à attaquer (1).

Tandis que la O**" division se rassemble aux Baraques, d'où l'on ne découvre encore aucun des camps français, Alvensleben envoie deux escadrons de dragons en reconnaissance et, de sa personne, se rend sur les hauteurs de la statue de la Vierge. Chemin faisant, vers 9 h. 15, il entend le canon de la division de cavalerie Rheinbaben, puis, peu après, celui de la division du duc de Mecklcmbourg. Arrivé près de la statue, Alvensleben aperçoit une masse de cavalerie qui s'éloigne vers Saint-Marcel. D'après un rapport transmis par Stiilpnagel, des colonnes ennemies seraient en marche de Rezonville sur Verdun, et un détachement de toutes armes aurait pris position près de Tronville (2). Ces renseignements inexacts, joints à des observations personnelles incomplètes, font croire à Alvensleben que les Français sont en retraite sur Verdun. Afin de leur intercepter la route d'Etain, il prescrit, vers 9 heures

(1) Metz, II, 181-182.

(2) Kriegsgeschichtliche Einzelschriften, Heft 18, 542.

RECONNAISSANCE D' ALVENSLEBEN 23

et demie, à la 6' division de poursuivre sa marche sur Jarny, par Mars-la-Tour (1). La manœuvre qui serait admissible contre un ennemi battu et démoralisé, est, cette fois, des plus risquées. Le III" corps va être séparé en deux tronçons : la :>'■ division se portant sur Vionville, la ô*" à près de dix kilomètres vers le nord.

Poursuivant sa reconnaissance, Alvensleben découvre les troupes du 2" corps, qui, à ce moment même, commencent leur déploiement, mais il ne se rend pas exactement compte de leur effectif. Il lui semble absolument invraisemblable qu'ayant entamé un mouvement rétrograde, les Français puissent se résoudre, après les échecs précédents, à accepter une bataille à fronts renversés. Il suppose que leur retraite continue à l'abri d'une arrière-garde. « Percer ce rideau, contraindre les colonnes ennemies à s'arrêter et à combattre, parait être la grande mission du IIP corps, à Taccomplisseraent de laquelle tout devait être subordonné (2). » C'est donc une idée absolument fausse de la situation qui préside à la conception d' Alvensleben; toutefois, cette erreur sera sans conséquence grave.

Avant tout, il est indispensable de couvrir la marche de flanc que la 6* division va exécuter des Baraques sur Mars-la-Tour. Le général von

(1) KrieffsgeschichtUche Ëinzelschriften, Heft 18, 542.

(2) Ibid'., 544.

U REZONVILLE

Bolow reçoit à 9 h. 45 l'ordre de pourvoir à cetw tâche avec toute l'artillerie dont il pourra disposer. Vers 10 heures, deux batteries de la 6' division, accompagnées par la batterie à cheval restée eu arrière (1), s'établissent au sud de Vionville, les deux autres, au nord de la statue de la Vierge. Elles n'ont d'autre protection que quelques escadrons (2) . Cette situation ne tarde pas à devenir fort aventurée, car la brigade Mangin a terminé son déploiement entre Vionville et Flavigny et au sud de ce hameau. La charge sonne et, d'un bond, les cinq bataillons de première ligne gagnent une crête en avant. De là, ils couvrent de balles l'artillerie prussienne, malheureusement sans pousser leur offensive plus loin (3) . Les batteries ennemies subissent en quelques instants de telles pertes en hommes et surtout en chevaux qu'elles sont obligées de se retirer dans le vallon qui les sépare de Tronville. Certaines d'entre elles emploient même les plus vives allures, ce qui produit une très fâcheuse impression. Le général von Bolow court au devant d'elles et les arrête; mais, sur les huit batteries déjà engagées, trois seulement se maintiennent sous le feu à courte distance des tirailleurs de la brigade Mangin. L'infanterie de la 6' division est encore à

(1) Voir suprà, p. 15.

(2) Historique du ifrand Etat-major prussien, V, 536.

(3) Rapport du général Mangin.

ATTAQUE DEÎLA 5' DIVISION 25

près de trois kilomètres en arrière, et les nombreux escadrons prussiens ne font pas la moindre tentative pour dégager leur artillerie, qui vient de subir un nouvel et grave échec (1).

Sur ces entrefaites, la 5* division, débouchant par Gorze, attaque le flanc gauche du 2* corps (2). Vers 9 h. 45, les deux escadrons qui marchent en tête atteignent le plateau à l'ouest des bois de Vionville ; mais, accueillis par le feu de nos grand'gardes, ils se replient précipitamment sur la ferme Anconville. Déjà la division Vergé a pris les armes et s'est portée en avant suivant des directions divergentes; à la brigade Jolivet, le 77^ fait face à la lisière nord du bois de Vionville; à la brigade Letellier-Valazé, deux bataillons du 55* s'avancent entre le bois de Vionville et le chemin de Chambley, le troisième occupe les abords de la Maison-Blanche, au sud de la cote 308; l'artillerie s'établit à la

(1) Historique du grand État-major prussien, V, 536; Die Thàtigkeit des Gênerais von Bûlow in der Schlacht bei Vioii' ville, 26; Metz, II, 189.

(2) La 5' division a laissé deux bataillons et un escadron à Domot et à Corny pour garder les ponts et surveiller la vallée de la Moselle ; un bataillon et un escadron occupent Gorze depuis la veille au soir. Elle ne compte donc plu» que dix bataillons, deux escadrons, quatre batteries.

se REZON VILLE

cote 311 (1). La bri^jade Lapasset, mise en éveil dès le matin, se déploie, comme la division Vergé, et avant que l'ennemi ait paru, sur les pentes sud de la cote 308, face au bois des Ognons et au bois de Vionville. Un peu plus tard, un bataillon du 84" pénètre dans le bois des Ognons (2) .

En gravissant les pentes nord de la croupe 326, les deux bataillons du 55' se trouvent subitement en face des deux bataillons de Tavant-garde de la 5* division, qui ont atteint la crête. Les deux adversaires s'arrêtent et échangent une vive fusillade. A la droite du ôy se déploie le G6', de la division Bataille; à sa gauche un bataillon du 77* pénètre dans le saillant ouest du bois de Vionville, et est suivi bientôt de la moitié du 76'. Quatre compagnies prussiennes se jettent à leur tour dans le bois où s'engage un combat confus et trainant. Les deiix bataillons prussiens, très compromis, sont renforcés par deux autres et, vers 10 heures, la batterie d'avant-garde essaie d'ouvrir le feu à la cote 326; mais elle est criblée de balles et ne peut utiliser que trois pièces qui suffisent pourtant à arrêter nos tirailleurs. Bientôt les trois autres batteries de la 5' division la rejoignent et, malgré de fortes pertes, couvrent

(1) Rapport du général Jolivet, 16 août; Historique maaus^ critdu 77»; Rapport du général Vergé, 21 août; Metz, II, 194-195.

(2) Rapport du général Lapassel...

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