‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 109 sur 168 · VAINES INQUIÉTUDES DE BAZAINE Î · texte numérisé non relu

VAINES INQUIÉTUDES DE BAZAINE Î

non pas même de conserver ses communications avec Verdun, mais d'éviter d'être coupé de Metz et de ne plus pouvoir regagner la forteresse qu'il considère comme son port de refuge et de salut. Toute autre combinaison militaire lui échappe. L'attaque si molle de la 26' brigade sur Sainte- Ruffine augmente encore ses inquiétudes à cet égard, et il s'empresse de rappeler le S' voltigeurs au mont Saint-Quentin (1). La manœuvre qui l'inquiétait tant n avait rien de redoutable : l'aile gauche française, appuyée à la Moselle, était efficacement protégée par la brigade Lapasset et surtout par les canons des ouvrages de la place.

Bazaine s'est montré d'abord indifférent au message de Bourbaki appelant son attention sur les routes de Briey et de Thionville. Une demiheure après pourtant, il quitte le mont Saint- Quentin en disant : ^ allons voir un peu ce qui se passe du côté de la route de Thionville! >» Un officier de son état-major proposant d'envoyer

(i) « ... Je craignais an mouvement tournant, le long de la Moselle, sur notre aile gauche ; on apercevait en effet de fortes masses ennemies qui traversaient le pont d'Ars-sur-Moselle et s'engageaient sur la route de la rive gauche, semblant se diriger vers Metz. Je devais prendre les précautions les plus complètes pour parer à un événement qui, en nons coupant de la place, eût gravement compromis notre situation... « (Enquête sur les actes du Gouvernement de ta Défense nationale, Déposition du maréchal Bazaine, VI. 356). — Cf. Colonel D'AnDLir, loc. cit., 89.

dans cette direction la réserve générale d'artillerie, le maréchal aurait répondu : « Oui, j'y ai pensé; on pourrait bien envoyer quelques batteries, mais nous verrons cela plus tard (I). " Un autre officier fait remarquer combien augmente l'intensité du feu dans la direction de Saint-Privat. Suivant d'Andlau, Bazaine répète : « Ils sont dans de bonnes positions; qu'ils les défendent; je vais du reste envoyer deux batteries de la réserve au débouché de la route de Briey, pour le garder s'il y a lieu (2). »

Arrivé sur la hauteur, au nord-ouest du fort de Flappeville, le maréchal croit apercevoir au loin quelque désordre sur les derrières du 6" corps. Le colonel d'Andlau est chargé d'aller chercher les deux batteries de la réserve générale afin de M battre le défilé de Saulny » , si cela devenait nécessaire. Bazaine va même au-devant d'elles jusqu'au col de Lessy où il rencontre le commandant de Beaumont revenant du mont Saint-Quentin. Il lui confie pour Bourbaki un ordre verbal, que Beaumont, à tort ou à raison, transmet en ces termes : « Prévenir Canrobert de rentrer avec la Garde (3) . » Bazaine retourne ensuite sur le

(1) Le lieutenant-colonel Lepercbe au commandant de fieaumont, 6 août 1872 (Metz, III, 412).

(2) Colonel o'ANDLiu, toc. cit., 88.

(3) Le sens exact de cet ordre a donné lieu à de nombreuses discussions au Conseil d'enquête sur Ica capitulations et au procès même. La version de Bazaine, confirmée par Mornay-Soult,

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plateau de Plappeville, sans doute pour surveiller Tinstallation des deux batteries de la réserve générale qui s'établissent à quelques centaines de mètres au nord-ouest du fort. Enfin, vers 7 heures du soir, au moment où, à Saint-Privat, Canrobert succombe sous le nombre, le commandant en chef ignorant réellement ou voulant ignorer la situation critique de son aile droite, rentre à Plappeville, sans même avoir envoyé un seul officier aux nouvelles (1).

A peine a-t-il mis pied à terre, que Jarras se hasarde à l'interroger avec une « discrétion respectueuse » . Bazaine répond qu'il est " satisfait de la journée » . A l'entendre, l'attaque de l'ennemi a échoué, et nos troupes se sont maintenues derrière « la ligne inexpugnable « qu'il leur a fait occuper (2). Suivant Jarras, les officiers de Tétat-major général qui ont accompagné le maréchal exposent ce qu'ils ont vu, et pas un mot, dans leur relation, ne peut « faire suspecter

est : » Se mettre en communication avec Canrobert, mais éviter de s'engager à la légère. » — D'après le commandant de Beaumont, Bazaine aurait ajouté : « Les Prussiens ont voulu nous tâter, et la journée est tînie. Maintenant, je vais rentrer » (Conseil d'enquête sur les capitulations. Déposition de Beaumont). — Cf. Metz, III, 413. Aucune suite ne fut donnée par Bourbaki à l'ordre en question, qui lui parvint au moment oîi il avait engagé sa division de grenadiers pour soutenir la retraite de Canrobert.

(1) Instruction relative au procès Bazaine, Dépositions du général Jarras et du colonel d'Andlau ; Metz, III, 414.

(2i Général Jarras, loc. cit., 125. — Cf. Procès Bazaine, Déposition du général Jarras, 237.

l'appréciation du commandant en chef (1) » . A 8 h. 20, Bazaine télégraphie à l'Empereur en termes qui ne peuvent donner aucune idée de rimportance de la bataille et qui même sont en grande partie inexacts : « J'arrive du plateau. L'attaque a été vive. En ce moment, 7 heures, le feu cesse; nos troupes sont constamment restées sur leurs positions. Un régiment, le 60* (2), a beaucoup souffert en défendant la ferme de Saint-Hubert. »

Ainsi, une promenade stérile sur le mont Saint-Quentin et l'envoi de deux télégrammes à l'Empereur, voilà à quoi s'est bornée l'action du commandant en chef pendant cette journée où s'est livrée la plus importante bataille de la guerre et où se sont décidés le sort de l'armée et les destinées du pays. Gomment n'eùt-on pas demandé compte au maréchal d'une aussi coupable inertie, de l'abandon où il a laissé Ganrobert, de la défaite infligée à nos armes? « Bazaine, a dit justement un écrivain allemand, a montré

(1) Général Jarras, loc. cit., 127.

(2) II faut lire : le 80». —Cf. suprà, p. 262. Ce télégramme ne put être transmis que le lendemain, 19 août, à midi. Les derniers fils télégraphiques reliant Metz à Paris par les Ardenne* furent coupés à Hagondange par les Allemands le 18, entre 6 heures et 7 heures du soir. Les communications furent momentanément rétablies le 19 de midi à une heure un quart. (Le directeur du télégraphe au maréchal Bazaine, Metz, 18 août, 3 h. 50 soir; Procès Bazaine, Déposition Petitpas de la Vasselais, 302j.

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