BAZAINE AD SAINT-QUENTIN Î
sur le mont Saint-Quentin où il s'intéresse au tir d'une section de 12 que le général Ganu vient de faire établir pour battre la direction d'Ars où l'on signale une colonne prussienne (l) . Ce singulier commandant en chef d une armée de 150 000 hommes, engagée tout entière dans une lutte violente, s'absorbe " pendant un temps considérable » dans la surveillance du pointage des pièces et le maniement du télémètre (2) ! L'histoire n offre pas d'autre exemple d'une semblable aberration. Au surplus, comment concilier cette attitude avec ce télégramme qu'il adresse à l'empereur : tt En ce moment, 4 heures, une attaque conduite par le roi de Prusse en personne, avec des forces considérables, est dirigée sur tout le front de notre ligne. Les troupes tiennent bon jusqu'à présent, mais des batteries ont été obligées de cesser le feu. »
Sur ces entrefaites, le commandant Guioth rejoint le maréchal et lui donne des nouvelles des •2 et 3"" corps. Frossard juge que les Prussiens ne font devant lui qu'une démonstration, en dessinant vers sa gauche « un mouvement tournant n ; mais la brigade Lapasset étant à Sainte-Ruffine, il compte sur elle et n a aucune inquiétude. Le Bœuf, ajoute Guioth, vient de repousser une
(1) 26' brigade prussienne. — Voir suprà, p. â71-â7â.
(2) Inguuction relative au procès Bazaine, Déposition d'Andlau; Metz, III, 409; Témoignage de M. le général Brugère.
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attaque sur son front et s'attend à être assailli de nouveau vers 5 heures, suivant l'habitude de l'ennemi. Il serait heureux de recevoir des renforts — la division de grenadiers — mais il ne la demande pas « d'une manière formelle » , et déclare pouvoir tenir avec ses seuls moyens (1) .
Au nom de Frossard, Guioth demande à Bazninc l'évacuation par la cavalerie du ravin de Ghàtel. Déjà la division Valabrègue, qui relève directement du commandant du 2" corps, a été renvoyée vers Metz. Sur l'ordre de Bazaine, la division Forton se replie de même vers 5 heures et gagne le Ban Saint-Martin, non sans quelque désordre, causé par le feu d'une batterie de la 26* brigade (2). Toute cette cavalerie restera ainsi inutilisée jusqu'à la fin de la bataille, alors qu'elle eût pu rendre d'importants services à l'aile droite, entre Roncourt et Auboué. Forton est chargé seulement d'envoyer « un ou plusieurs escadrons faire une reconnaissance dans la vallée de la Moselle vers Ars (3) » .
Gomme le 16 août, Bazaine semble en effet se préoccuper exclusivement de son aile gauche. Son souci primordial est non pas de vaincre,
(1) Procès Bazaine, Déposition du commandant Guioth, 301.
(2) Journal de marche de la division Valabrègue ; Historique du 1" dragons ; Relation du chef d'escadron Le Flem ; Metz, m, 411.
(3) Instruction relative au procès Bazaine, Déposition du commandant Guioth.