LA 3* BRIGADE DE LA GARDE
s'épuiser, l'artillerie du corps d'armée est réduite au silence. Le IS' de ligne, déployé au sud-ouest dAmanvillers, assez éprouvé par une lutte de plusieurs heures et près de manquer de cartouches, rejoint le 43' en arrière de la crête (1) et est remplacé, vers 5 h. 30, par deux bataillons du 15' et un du 54^ Un bataillon du 65' vient renforcer le centre du 98' en face de 1 Envie, où pourtant l'ennemi ne se montre nullement pressant. La réserve générale du «orps d'armée est réduite désormais à cinq bataillons (2). Une des batteries de 12 disparait bientôt après avoir tiré ses derniers projectiles. Telle est la situation à Amanvillers et Montigny au moment où le IX' corps reprend l'offensive (3).
Le général von Manstein, voyant des masses considérables d'infanterie en mouvement de Saint- Ail sur Saint-Privat, ordonne, vers 5 h. 15, à la 3' brigade de la Garde, mise à sa disposition (4) , de se porter des environs d'Habonville sur Amanvillers. Le mouvement doit être couvert à gauche par le général von Wiltich avec quatre bataillons hessois. A 5 h. 30, les six bataillons de la 3* brigade quittent Habonville et franchissent le chemin de fer; le bataillon de tirail-
(1) Ces deux régiments constituent la brigade Beliecourt.
(2) IPdu 54'. IV du 64% le 83* en entier. Ci} Metz, m. 472-476.
^4) Voir supra, p. 230.
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leurs se dirige vers l'est à travers le bois de la Gusse; à sa droite, deux bataillons du i" grenadiers obliquent au sud-est pour cheminer vers Amanvillcrs par un vallon situé au delà du bois. Le 3' grenadiers reste provisoirement derrière les taillis (I).
Le III' bataillon du i:Vei les 5' et 2' bataillons de chasseurs établis au sud du chemin de fer ont ouvert un feu violent et très efficace : l'un des bataillons prussiens perd tous ses officiers, et le commandement reste entre les mains d'un simple enseigne. Néanmoins l'assaillant gagne du terrain, grâce à l'intervention successive des fractions du 3'' grenadiers, et parvient, vers 6 h. 15, au prix de lourds sacrifices, jusqu'à 400 mètres environ du chemin de terre qui jalonne la ligne française.
Pendant un quart d'heure environ, la situation reste stationnaire, puis deux oontre-attaques se produisent. Le "I' bataillon de chasseurs, fort éprouvé par le feu des batteries de la Garde « dont tous les coups frappent avec une effrayante précision » , est tout d'abord contraint d'exécuter un léger mouvement de recul. Mais aussitôt le commandant Le Tanneur, aidé par les officiers encore valides, rallie les chasseurs et les reporte en avant. « Les hommes n'ont presque
(1) Uittorifjuc du grand Etat-major prutsieuy VI, 811.
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plus de cartouches; ils mettent baïonnette au canon et se jettent sur l'ennemi... Celui-ci qui fléchissait déjà quelques instants auparavant, malgré son énorme supériorité numérique, plie de nouveau et recule, r Considérablement affaiblis par une lutte de six heures, les chasseurs ne peuvent poursuivre leurs avantages; ils brûlent leurs dernières cartouches et en imposent aux grenadiers prussiens qui se contentent de conserver leur position (1).
L'autre contre-attaque est exécutée par les deux premiers bataillons du àS' de ligne qui, - magnifiquement alignés sur deux rangs, descendent dans le fond du vallon de Champenois, au pas de charge, la baïonnette croisée, sous une pluie d'obus ' . Après une courte station marquée par un feu rapide, ils gravissent les pentes de la croupe 326 où sont établies les batteries du IX* corps, et arrivent à courte distance des pièces. Malheureusement « un arrêt se produit, inattendu, inexplicable » ! Le IV bataillon du 1" grenadiers se ressaisit ; les batteries allemandes tirent à mitraille. Des symptômes de lassitude se manifestent parmi les soldats du 43*" ; déjà beaucoup se retournent pour regarder derrière eux ; puis soudain quelques-uns reculent en rampant et vont chercher un abri dans le fond
(1; Historique manuscrit du 2^ bataillon de chasseurs.
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du ravin. Finalement les deux bataillons en entier sont entrainés « dans une déroute indescriptible » jusqu'au delà de Montigny (1).
A peine ces contre-attaques viennent-elles d'être repoussées que six compagnies du 3* grenadiers renforcent la ligne de feux du i*'. En même temps, le général von Wittich, avec trois bataillons liessois, progresse le long de la voie ferrée jusqu'à la maison du garde-barrière dont il s'empare et aux abords de laquelle s'établissent deux batteries hessoises (2). Les deux premier bataillons du 15' de ligne, placés à gauche du 2' bataillon de chasseurs et criblés d'obus par les batteries de la Garde, perdent en peu de temps le colonel, le lieutenant-colonel et les chefe de bataillon. Le capitaine adjudant-major Bonnet, qui prend le commandement, groupe promptement les hommes déjà « un peu débandés" , fait déployer le drapeau et sonner le ralliement. Il porte sa troupe en avant avec l'appui d'un bataillon du 33", appelé par le général Pajol, et la rétablit sur sa position première. «De ce moment, le drapeau a flotté à 600 mètres environ des lignes ennemies, et il y est resté jusqu'à 8 heures du soir, sans reculer, admi-
(1) Colonel DE CocBSon, loc. cit., 99, 105; Gcschichte des Kaiser Alexander Garde-Grenadier- Régiments Nr. i, (Metz, m, 484)
(2) Historique du (jrand Etat-major prussien, VI, 815, 817.