‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 124 sur 168 · LE BOIS DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

LE BOIS DE LA FOLIE

rablement défendu par les soldats du 15' de ligne (1) . »

Si les progrès des Allemands sont désormais arrêtés en face d'Amanvillers et de Montigny, il n'en est pas moins vrai que toute 1 aile gauche du IX* corps a pu, depuis 5 heures, s'avancer sensiblement vers l'est et couvrir efficacement les deux lignes d'artillerie (2). Par contre, aux abords de Ghantrenne, la situation est restée à peu près stationnaire. Le bois de La Folie, vaillamment défendu par la brigade Glinchant, demeure inaccessible à l'assaillant, malgré les quelques renforts qui lui sont arrivés de Vernéville (3). Vers 7 heures, sur l'ordre du général Alvensleben, l'artillerie concentre ses feux sur ce bois. A cet effet, les quatres batteries montées de l'artillerie de corps, en position au sudest de Vernéville, exécutent une demi-conversion à droite ; trois batteries divisionnaires viennent renforcer les deux batteries qui se trouvent déjà au nord de l'Envie. Ce bombardement est d'ailleurs sans résultat : le bois reste aux Français.

L'attaque de la 3' brigade de la Garde est donc complètement enrayée, ainsi que celle des Hes-

(1^ Rapport du général Pajol, 19 août.

(2) L'une de sept batteries sur le croupe 326^ l'autre de quatre batteries, à l'est d'Habonville, avec deux batteries avancées au nord de la maison du garde-barrière.

(3) Historique du grand État-major prussien, VI, 818 ; Metz, III, 491-492.

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sois. Le général de Ladmiruult n'a plus, il est vrai, qu'un seul bataillon disponible. Si, pourtant, à la nuit tombante, les grenadiers parviennent à s'avancer jusqu'au chemin de terre qui jalonne pour ainsi dire les positions françaises, ce sera la conséquence non d'un succès local, mais de la victoire remportée à Saint-Privat par l'aile gauche allemande.

Vers 5 heures de l'après-midi, la division de grenadiers de la Garde, la seule dont dispose encore Bourbaki (1), se trouve à l'entrée du défilé que traverse le chemin d'Amanvillers, entre les bois des Rappes et de Saulny. Knviron une heure après, arrive le capitaine de La Tour-du- Pin, aide de camp de Ladmirault : il sollicite, au nom de son chef, l'intervention de la Garde pour amener la décision sur le front du 4' corps. Le chef d'escadron Pesme, également envoyé par Ladmirault, joint ses instances à celles de La Tour-du-Pin afin d'obtenir l'entrée en ligne des grenadiers à Amanvillers. Bourbaki formule une série d'objections : il n'a sous la main qu'une division; il a déjà constaté le mouvement rétrograde d'un grand nombre d'isolés; il lui semble

(1) Voir xuprà, p. 279.

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H imprudent » de ne pas se « tenir en garde contre un mouvement tournant susceptible de jeter le désordre et de compromettre les résultats de la journée (1) ». Les deux officiers insistent encore : «Mon général, dit La Tour-du-Pin, moi qui ai débuté sous vos ordres, je ne voudrais pas vous tromper. Croyez-moi, le danger n'est pas là, il est devant vous, et là aussi est la victoire. Venez, venez (2)! » Bourbaki cède, met en marche la brigade Jeanningros et les trois batteries divisionnaires et envoie chercher la réserve d artillerie de la Garde. La Tour-du-Pin s'empresse d'aller annoncer la bonne nouvelle au général de Ladmirault et la propage chemin faisant.

Vers 6 h. -45, en débouchant du taillis qui relie le bois des Rappes à celui de Saulny, Bourbaki aperçoit quelques fractions refluant en désordre; il constate un certain encombrement sur les derrières du i* corps et en conclut que l'extrême droite de l'armée est en pleine retraite. La Tourdu-Pin, qui revient à ce moment en faisant déblayer la route, est fort mal accueilli : o Ce n'est pas bien, capitaine, ce que vous avez fait là! s'écrie Bourbaki. Vous m'avez promis une victoire, et vous m'amenez pour assister à une dé-

(i) >iote du général Bourbaki.

(2) Souvenirs inédits de M. de La Tour-du-Pin (cités par

P. DE LA GOBCE, loC. Cit., 138).

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route. Vous n'en aviez pas le droit. Il ne fallait pas pour cela me faire quitter des positions magnifiques. 1» Interpellé d'une façon aussi vive, La Tour-du-Pin ne peut rester maitre de lui : u Mais, mon général, vous pouvez les reprendre ! >» — « C'est ce que je vais faire » , répond Bourbaki , et . en même temps, il commande : « Halte! Demitour (1)! " Il ne semble pas s'être demandé si le devoir ne lui imposerait pas d'engager ses troupes pour secourir son collègue dont il jugeait la situation compromise, plutôt que de reprendre de " magnifiques positions » que personne ne songeait à attaquer. « L'exclamation du général Bourbaki trahissait naïvement un état d'esprit et une conception des choses de la guerre qui ne lui étaient malheureusement pas personnels (2). "

La brigade Jeanningros, qui vient de sortir du bois, exécute aussitôt une marche rétrograde, qui impressionne de la manière la plus fâcheuse les isolés du 4* corps : un grand nombre d'entre eux s'enfuient dans le fourré en poussant des cris de terreur. Des trains, des convois pris de panique refluent à toute vitesse vers Lorry. L'inquiétude gagne les grenadiers eux-mêmes. A la vue des fuyards, le lieutenant-colonel Delatte prescrit à deux batteries de la réserve du 3* corps en posi-

(1) Note du général Bourbaki; Procès Bazaine, Dépositions du général Bourbaki, 233; du capitaine de La Tour-du-Pin, 282. (%)Metz, III, 499.

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