‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 14 sur 168 · ATTAQUE DE LA DIVISION BUDDENBROCK · texte numérisé non relu

ATTAQUE DE LA DIVISION BUDDENBROCK

Entretien d'Alvensleben et de Rbeinbabcn. — Comment Alven«lebcn juge la situation. — Il prend le parti d'attaquer à fond.

— Déploiement de la division Buddcnbrock. — L'artillerie prussienne prend la supériorité du feu. — Prise de Vionville.

— Le 94' de ligne à Flavigny. — Évacuation de ce bameau.

— Déploiement de la division Tixier. — Entrée en ligne de la division Aymard. — La division Nayral à la ferme de Caulre.

— Préoccupations de Bazaine pour sa gaucbe. — Accumulation de forces autour de Rczonville. — Les détacbements Lyncker et Lehmann. — Ferme volonté d'Alvensleben de continuer à attaquer au moins par sa gaucbe. — Comment il envisage une retraite éventuelle.

Tandis que la division Stiilpnagel s'établit péniblement sur le plateau au nord de Gorze, la division Buddenbrock se prépare à continuer sa marche sur Mars-la-Tour et Jarny, afin de barrer les routes de Verdun aux forces françaises dont Alvensleben a constaté la présence et qu'il persiste à considérer comme une simple arrièregarde de l'armée du Rhin (1). En s'éloignant de

(1) Kriegsgeschichtliche Einzclschrtften, Heft 18, 544. — Dans un compte rendu adressé à Frédéric-Cbarles à 10 b. 30, Alvensleben ajoute même : « L'ennemi se retire sur Tbionville. ■

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la statue de la Vierge dans la direction de Tronville, Alvensleben rencontre Rheinbaben et, aux premiers mots échangés, il reconnaît son erreur : i> Je ne sais, lui dit Rheinbaben, si je suis plus i)éte que le commun des mortels, mais j'ai toujours prétendu que nous avions encore en face (le nous toute l'armée française; maintenant j'en >uis sur (1). " L'appréciation est de première valeur : depuis deux jours, en effet, la ô*" division de cavalerie se tient près des routes que les Français auraient dû suivre pour se retirer sur Verdun. Le violent combat d'artillerie qui vient de ^"engager confirme d ailleurs cette opinion.

Alvensleben prend aussitôt une résolution audacieuse, il est vrai, mais pleinement justifiée par les circonstances : « Comme le 15, j'eus devant les yeux, très nettement, l'objectif stratégique de la campagne et la conviction que la situation commandait l'entrée en ligne de mon corps d'armée. Je ne pensai au X* corps qu'avec l'idée que je pourrais me replier sur lui si je risquais une bataille à fronts inversés contre des forces si supérieures. J'ignorais si ce corps d'armée devait, pouvait ou voudrait me porter secours, mais je savais bien, étant donnée la direction de retraite des Français, qu'il était indifférent pour nous, que notre objectif fût atteint deux milles plus en

(1) Knegsgeschichtliche EinzeUchriften, Heft 18, 547 (Sou» venirs d' Alvensleben).

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avant ou en arrière. Du reste, chaque pas rétrograde me procurerait un gain de temps et de forces égal à celui que perdrait l'ennemi. A voir les choses de près, l'enjeu n'était donc ni trop gros, ni trop dangereux. Certes, il eut été trr regrettable d'abandonner le champ de bataille avec nos blessés, mais ce fait n'aurait nullement modifié le résultat stratégique de la journée (1). ■ Le projet de continuer la marche sur Jarny devient inexécutable : on ne peut abandonner à son sort la division Stdlpnagel déjà vivement engagée vers le bois de Vionville; d'ailleurs l'artillerie déployée entre Vionville et Flavigny demande à être promptement soutenue. Alvensleben prescrit donc à Buddenbrock de suspendre le mouvement de la 6"' division vers le nord et de converser à droite pour venir vers Tronville. 11 Ce n'est pas, ajoute Alvensleben, que j'eusse changé d'avis sur la position que je désirais alors atteindre et que je considère encore aujourd'hui comme la vraie aux points de vue stratégique et tactique : la ligne des hauteurs entre Mars-la- Tour et Jarny. Mais je ne pouvais, dans les circonstances présentes, m'étendre aussi loin... Il me fallait, bon gré mal gré, accepter le terrain qui m'était imposé, etmake t/ie mostofit (l'utiliser le mieux possible) » . Qu'entend Alvensleben par

(1) KriefftgeschichtUche Einzeltchriften, Heft 18, 547 (Souvenirs d'AlvensIcbcn).

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ces mots? Veut-il recourir à la défensive? Veut-il atténuer son infériorité numérique par un emploi judicieux du terrain? Bien au contraire, c'est à l'offensive qu'il se résoud, afin, dit-il avec raison, de a compenseï' la disproportion des forces matérielles par la puissance morale de V attaque (1) » .

Alvensleben juge ses excellents contingents brandebourgeois tout à fait propres à réaliser ses projets; de plus, il dispose de dix-huit régiments de cavalerie, car Rheinbaben lui a offert son concours. De là résulte pour le IIP corps une grande liberté d'action. Alvensleben entrevoit pourtant une difficulté : « Certaines impressions fâcheuses sur l'esprit de sacrifice de la cavalerie, c'est-àdire sur la disposition de son haut commandement à risquer ses troupes, me hantaient depuis Spicheren (2) et pesèrent sur moi pendant toute la guerre. Je disposais de 9 000 cavaliers de la meilleure qualité, mais non de la cavalerie correspondante... (3). i>

L'idée d'offensive à laquelle obéit Alvensleben, avec une remarquable logique et une énergie peu commune, est parfaitement judicieuse. Prendre position ou reculer en combattant en retraite, serait également néfaste : l'armée française aurait

(1) Kriegsgeschichtliche Einzelschriften, Heft 18, 548.

(2) Alvensleben fait allusion à l'attitude de la cavalerie allemande le soir et le lendemain de la bataille de Spicheren.

(3) Kriegsgeschichtliche Einzelschriften, Heft 18» 548.

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le temps de se reconnaître, de prendre conscience de «a supériorité numérique et d'écraser le Iir corps isolé. De plus, Alvensleben perdrait les bénéfices de la surprise, déj;\ très diminués par l'intempestive canonnade de la cavalerie. Il abandonnerait enfin l'ascendant moral dont il connaît tout le prix. « La bataille, a-t-ii dit fièrement, n'est pas une tuerie; c'est une lutte morale ; nous étions les plus forts, » Seule, l'offensive à outrance lui permettra de conserver cet ascendant moral, de tromper les Français sur l'importance des forces de l'assaillant, de leur en imposer jusqu'au bout, et de réparer ainsi les erreurs de la direction suprême.

Le mouvement de conversion de la 6" division commence à 10 heures et demie. Quittant les abords de la route de Buxières à Mars-la-Tour, elle marche par brigades accolées sur deux lignes : la ii' brigade {20'' et 3.^)') est dirigée vers la hauteur à Test de Tronville; la 12' brigade {24* et 64') ^ prenant plus au nord, s'établit à cheval sur la route de Metz, face à Vionville. Posté sur la hauteur à l'ouest de cette localité et apprenant l'engagement très vif de la 5' division, Alvensleben juge que, pour parer au danger qui menace l'aile droite du III' corps, l'intervention

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