LA GAUCHE ALLEMANDE EN PERIL
droit, continuent à tirer vers le nord et le nordest (1). Sous la protection de ces batteries « si courageusement tenaces (2)» , les restes de quatre bataillons du III" corps, qui ontcombattuau nordest de Vionville, se rassemblent à l'est de Tronvillc. Le 24* a perdu 52 officiers et 1 000 hommes. Les bataillons du détachement Lehmann, non moins maltraités, occupent Tronville : le combat leur a coûté '20 officiers et 600 hommes (3). Quelques fractions se maintiennent encore dans la partie occidentale de la parcelle sud du bois de Tronville et parviennent, avec 1 appui de l'artillerie, à empêcher le débouché des éléments les plus avancés du 4* de ligne (4) . Mais deux bataillons du 13% trois compagnies du 43*' et une du 5*^ bataillon de chasseurs font des progrès sensibles à 1 ouest du bois (5) .
Il est près de 4 heures. L'aile gauche du IIP corps se trouve directement menacée sur son flanc extérieur par une brigade entière renforcée de neuf batteries. Les Allemands ne s'illusionnent pas sur les dangers de la situation : « Eu égard à 1 évidente supériorité numérique des Français, on pouvait s'attendre à tout instant à les voir dé-
(1) Historiette du grand État-major prussien^ V, 567 ; Hans Kliebeb, Die Thàtigkeit des Gênerais von Bûlow, 49.
(2) Historiqxte du grand Etat-major prussien, V, 570.
(3) Ibid.
(4) Historique manascrit du 4* de ligne.
(5) Colonel de CorRsoN de La Villepeove, loc. cit., 58.
8K REZOÎNVll.I.i:
boucher eu avant de la grande route (1). » Si cette offensive se produisait, l'artillerie, en particulier, se trouverait en très fâcheuse posture. Les batteries de Flavi^jny seraient obHgées de changer de front et de faire face au nord : elles auraient à parcourir un terrain encombré d échelons et de caissons, qui pourraient difHcilenient se mouvoir par suite du nombre insuffisant d'attelages restés intacts. AHn de prévenir le désordre, le général von liiiiow prescrit à toutes ces voitures de rétrograder vers le chemin de Mars-la -Tour à Buxières. "La gravité de l'heure présente n'échappait à personne, et c'est avec angoisse que les officiers d'artillerie regardaient vers les hauteurs de la statue de la Vierge. Gomment les canons pourraient-ils y être hissés? Les attelages gisaient en grande partie morts ou blessés devant leurs avant-trains. Dans un mouvement de retraite, beaucoup de canons tomberaient infailliblement aux mains de l'ennemi. » Néanmoins, Bulow est fermement résolu à tenir jusqu'au dernier moment : " C'est une de ces situations. . . où la perte des canons ne peut qu'être très honorable (2). » Alvensleben attend avec la plus vive impatience l'entrée en ligne du X*" corps, qui lui a été promise pour 3 heures. Sentant l'analogie de la situation avec celle de Waterloo, il déclare à son
(i) Historiifue du grand État-major prussien, V, 570. (2) Hans Klakbkb, loc. cit., 44-45.
ANGOISSES D'ALVENSLEBEN 8»
entourage : « Il en sera bientôt de moi comme de Wellington; je voudrais voir arriver la nuit ou le X* corps. " Un officier est enfin assez heureux pour découvrir les colonnes de ce corps d'armée. Il revient, à toute allure, vers Alvensleben qui lui serre les mains en disant, modeste et désintéressé comme à son habitude : « Allons ! nous marquerons bientôt le trick, et il m'importe peu que ce soit mon partenaire ou moi qui le fasse, pourvu qu'il soit marqué (1). »
Déjà Ladmirault n'a pas cru pouvoir pousser plus loin son offensive avant 1 arrivée de la division de Gissey (2). Deux officiers d'état-major lui ont envoyés pour hâter sa marche. Mais bientôt apparaissent, au sud de Tronville, de fortes colonnes prussiennes : c'est la division von Kraatz, du X"" corps, qui atteint le champ de bataille sans que son approche ait été signalée par notre nombreuse cavalerie. Une fois de plus, les erreurs de la stratégie allemande seront corrigées par l'initiative et la solidarité de chefs en sous-ordre. Par surcroît, le général de Ladmirault, sans attendre
(1) Kriegsgcschichtliehe Einzelschriften, Heft 18, 572.
(2) u Je dis alors au général Grenier, qui est un homme sûr et solide : a Pouvcz-vous occuper Tronville? — Oui, me répondit-il, si vous me faites soutenir, mais il faut être soutenu » . Or, je n'avais absolument rien que le 64^. — « Quand de Cissey sera arrivé, lui dis-je, nous reprendrons notre attaque. Il est signale, il n'est pas loin, et je ne veux rien risquer» (Conseil d'enquête sur les capitulations, Déposition du général de Ladmirault). — Cf. Rapport du général de Ladmirault, 17 août.
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Tattaque, « ordonne la retraite de nos troupes engagées dans les bois (1)... » Les causes de ce mouvement rétrograde échappent à ces unités, ainsi qu'à celles du 13* et du 43' de ligne déployées à l'ouest. Il en est à qui il faut renouveler l'ordre de reculer (2). Ladmirault prescrit à la brigade Bellecourt de se reformer au nord du ravin sur la crête 27-4 à gauche de la brigade Pradier, et aux batteries en position au nord du bois de Tronville, d'appuyer vers Touest afin d'agir plus efficacement contre l'attaque qu il juge devoir se produire entre Tronville et Marsla-Tour. Les divisions de cavalerie Legrand et du Barail sont rappelées des environs de Mars-la- Tour : le 2' chasseurs d'Afrique et la brigade de France s'arrêtent à l'ouest de la ferme Gréyère ; les trois régiments du -4' corps se placent derrière le centre de la division Grenier (3) .
Ainsi, après une offensive mollement esquissée, nous reprenons l'attitude défensive. Pour les Allemands, c'est le salut; pour l'armée du Rhin, c'est le renoncement à la victoire alors presque saisie. Entre la circonspection excessive de Ladmirault et l'audace raisonnée d'Alvensleben, le contraste est frappant et douloureux.
(1) Rapport du général de Ladmirault, 3 septembre.
(2) Colonel DK Coin*>o> de l* Vii.lknecve, loc. cit., 59.
(3) Journal de marche de la brigade de France; Notei du contrôleur général Longuet; Metz, II, 441.