‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 41 sur 168 · LA BRIGADE MONTAIGU · texte numérisé non relu

LA BRIGADE MONTAIGU

en arrière encore. C'est un total de vingt-deux escadrons (1).

La lenteur des mouvements de la cavalerie française impatiente du Barail : « Il y a vingt minutes, aurait-il dit à Legrand, je conseillais au général Montaigu de charger, afin de profiter du désordre qu'avaient jeté au milieu des Allemands mes chasseurs d'Afrique. Maintenant il est trop tard. Le désordre est réparé, le moment est passé. — Ça m'est égal! réplique Legrand. On m'a commandé de charger, je charge. — Dans ce cas, je vais vous soutenir avec la brigade de la Garde (2). » D'ailleurs un aide de camp de Ladmirault, le lieutenant Niel, accourt à cet instant et transmet l'ordre d'attaquer sans plus tarder (3) .

Le colonel Carrelet, du 2" hussards, propose d'entamer l'action avec la carabine. « Du tout! Au sabre! » s'écrie Legrand, et la brigade Montaigu part, malheureusement à une allure trop rapide au début (4). A 150 ou 200 pas de la crête où se profile le 13^ dragons, quelques cris : (t C'est la Garde ! » produisent dans les rangs un

(1) Krieysqeschichtliche Einzetschrifteit, Heft 25, 61.

(2) Général du Barail, loc. cit., III, 187.

(3) Metz, II, 526.

(4) Note du contrôleur général Longuet, ancien aide de camp du général Legrand (lieutenant-colonel RocssET, loc. cit., 356).

— La charge a eu lieu à fond, à 700 mètres, distance énorme, c|iii a contribué à éreinler nos chevaux... » (Rapport du colonel Carrelet, 16 août).

i l(i llK/,(t.N\ ilJ.E

instant (riicsitation. Mais l'erreur est vite reconnue, cl les hussards, formés en bataille, abordent vigoureusement l'adversaire. Le choc a lieu au nord-ouest de la cote 250. Une lutte à l'arme blanche s'engage, au cours de laquelle le général de Montaigu, qui a pénétré l'un des premierdans les rangs ennemis, est blessé, désarçonip et fait prisonnier (1).

Le 19' dragons s'est dirigé sur ces entrefaites vers la masse de cavalerie qu'il aperçoit aux environs de la ferme La Grange; le 13' uhlans et les deux escadrons du 4" cuirassiers accélèrent l'allure pour le rejoindre. Le général du Barail court à la brigade de France et lui crie de charger : « Mais nous sommes de la Garde, objecte de France. Nous ne sommes pas sous vos ordres ! — Oh! il n'y a plus de Garde ici. Faites croiser les lances et chargez! Je vous en donne l'ordre formel (2) . » Déjà le général Legrand s'est mis à la tête des deux escadrons du 3' dragons qui lui restent et, suivi de son état-major sur un rang, aborde le 19' dragons au nord-est de Ville-sur- Yron. Le choc est « très franc " . Les lignes « se traversent, se bousculent, les premiers rangs s'effondrent (3) » . Une mêlée se produit : le

(1) Rapport du général de Montaigu, 1" mai 1872; Historique manuscrit du 7* hussards; Metz, II, 527.

(2) Général du Barail, toc. cit., III, 188.

(3) Note du contrôleur général Longuet.

LA BRIGADE DE FRANCE llY

général Legrand est tué; le colonel Gampenon, son chef d'état-major, est blessé en combattant .. avec une remarquable bravoure (1) » .

Les cinq escadrons de lanciers de la brigade de France, enlevés par le colonel de Latheulade, fondent à leur tour avec impétuosité sur les dragons prussiens. En même temps, apparaissent les deux derniers escadrons du 3* dragons. Au milieu de l'enchevêtrement et de la confusion, nos cavaliers confondent l'uniforme bleu de ciel des lanciers de la Garde avec celui des dragons allemands. De cruelles méprises se produisent. Le 13" uhlans et les deux escadrons du 4" cuirassiers arrivent enfin à proximité du 19' dragons. Après avoir dépassé les jardins de Ville-sur- Yron, ils gagnent l'aile gauche de ce régiment, menaçant d'envelopper la droite des lanciers de la Garde. Le mouvement n'a pas échappé au général de France, qui lance cohtre ce nouvel adversaire les dragons de l'impératrice. Ceux-ci chargent en plusieurs échelons, dont l'un doit faire face à un escadron des dragons de la Garde prussienne, qui surgit à l'improviste sur son flanc droit vers la ferme La Grange .

Les vingt-cinq escadrons français présents sur

(ly Rapport da général de Gondrecourt, 18 août; Metz, II, 528. — La durée de la mêlée Tarie, suivant les témoignages, de cinq à vingt minutes.

118 REZONVILLE

cette partie du champ de bataille sont engage quand le dernier groupe de la cavalerie allemande apparait. Trois escadrons du iO' hussards et un^' partie du If)' dragons se jettent sur la droite de I brigade Montaigu; le reste du 16' dragons tombe dans la mêlée du 19' dragons avec la brigade de France. L'intervention de ces sept derniers escadrons allemands se portant en deux tronçons, sans direction commune, en deux points très éloignés l'un de l'autre, demeure stérile; ils se sont perdus dans la cohue sans produire d'effci décisif (1).

A partir de ce moment, environ six mille cavaliers, mélangés dans une inexprimable coufusion, tourbillonnent dans la poussière entre la route de Jarny et l'Yron. Les cavaliers prussiens arrivent jusqu'aux abords des bois au nord de la ferme La Grange. En revanche, des fractions du 7'" hussards poursuivent jusque dans le voisinage de Mars-la-Tour une partie du iT' hussards prussien. La lutte se poursuit violente, acharnée, quand le général de France a la funeste inspiration de faire sonner « le ralliement » . La masse confuse des combattants reflue peu à peu vers le

(i) Journal de marche de la brigade de France; Rapport du général de France, 17 août; Historiques nianusciits de» régiments de lanciers et de dragons de la Garde; Note du contrôleur général Longuet; Krieqsgfschichtlichc Eimelschriftcn, Heft 25, 62-67; Met%, II, 533.

Page 1