‹ 1870, la guerre en LorraineChapitre 73 sur 168 · NOUVEAU RECUL PRÉVU SOI · texte numérisé non relu

NOUVEAU RECUL PRÉVU SOI

à Longeville, déjà battue par les forts (1).

L'idée d'un nouveau recul vers Metz apparaît nettement dans une lettre expédiée à Ganrobert à 10 heures du matin. Après lavis de surveiller ses derrières vers Marange, Bazaiue ajoute : « Si, par cas, l'ennemi se prolongeant sur votre front,

rablait vouloir attaquer sérieusement Saint-Privat-la-Montagne, prenez toutes les dispositions nécessaires pour y tenir et permettre à toute l'aile droite de l'armée de faire un changement de Iront pour occuper les positions en arrière, si c était nécessaire, positions qu'on est en train de reconnaître. Je ne voudrais pas y être forcé par lennemi et, si ce mouvement s exécute, ce ne

ra que pour rendre les ravitaillements plus iaciles, donner une plus grande quantité d'eau aux animaux et permettre aux hommes de se laver... » Cette lettre suffit à expliquer l'indifférence de Bazaine à la réception des graves nouvelles de la matinée, son attitude insouciante et sa coupable inertie au cours de la bataille. Peuton admettre sa sincérité lorsqu'il affectait une confiance inébranlable dans les positions qu'il avait choisies? Alors, pourquoi faisait-il reconnaître des emplacements nouveaux plus rapprochés de la place? Le général Jarras attribue

1) Le maréchal Bazaine au généra) Ëourbaki, Plappeyille, iS août.

iO% SAINT-PRIVAT

cette « inconséquence » à l'absence de lofjique qu'il a remarquée dans les actes et les paroles du commandant en chef. « Combien de fois ne m'a-t-il pas été donné de surprendre les divergences qui existaient entre son lang^ag^e et sa conduite ! Approuver ou blâmer le lendemain ce qu'il avait blâmé et approuvé la veille, négliger l'observance d'un principe qu'il avait invoqué naguère, c'étaient des inconséquences en quelque sorte naturelles chez lui, et pour lesquelles il n'avait aucun scrupule (1). "

Bazaine manquait d'ailleurs des qualités indispensables à un chef: le savoir, l'énergie, le caractère. Poussé par les circonstances au commandement suprême d'une armée de 150 000 hommi il se sentait incapable de maîtriser les événements et succombait sous le poids de cette mission écrasante. N'ayant pas su arrêter un plan, il n'avait pas de but net et précis, et s'efforçait de ne rien compromettre en limitant son ambition à l'obtention de résultats négatifs. Fataliste, physiquement affaissé, moralement peu scrupuleux, il attendait tout du hasard, qui l'avait toujours bien servi, avec l'espoir de dégager, au moyen d'expédients équivoques, sinon son armée, au moins sa responsabilité personnelle et ses intérêts.

(1) Général Jarras, loe. rit., l^U.

MENTALITE DE BAZAINE 203

Comment, imposée à un commandant en chef d'une telle mentalité et aussi facilement résigné à accepter d'avance la retraite sous le canon même des forts, la bataille eùt-elle pu ne pas se dénouer en faveur des Allemands?

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