ATTAQUE IMMINENTE
d'artillerie (1). En admettant même que Tennemi ait commis la faute de détacher vers la Meuse une partie de ses forces, tout permet de prévoir une attaque ayant pour but de couper l'armée française de ses communications avec l'intérieur du pays et de la rejeter sur Metz (2) .
Une telle menace ne dut pas préoccuper outre mesure le maréchal Bazaine, car, dès le 17, il a songé à prendre une position encore plus rapprochée et donné des instructions à cet effet au colonel Lewal. Celui-ci convoque les sous-chefs d'étatmajor des corps d'armée à Ghàtel-Saint-Germain le 18 à 10 heures du matin; il leur indique les emplacements réservés à chacune des unités et arrêtés par Bazaine dès la veille. La reconnaissance du terrain commence à 11 h. 30, mais au moment où le groupe débouche sur le plateau de Montigny, la canonnade se fait entendre, et l'engagement devenant très rapidement violent, les sous-chefs d'état-major gagnent leurs postes de combat (3). Les commandants de corps d'armée
(1) Le ministre de la Guerre au maréchal Bazaine, D. T., 17 août, 1 h. 5 matin; le même au même, D. T., 17 août, 8 h. 17 matin.
(2) Metz, III, 177.
(3) Conseil d'enquête sur les capitulations, Rapport du général d'Autemarre; Procès Bazaine, Dépositions du colonel Lewal et du capitaine Yung, 275, 276; général Jarkas, loc. cit., 129-130. — Bazaine n'a pas nié le fait, mais a allégué que ce sont des prévisions et qu'il s'est conformé au règlement sur le service en campagne [l'-pisodes, 105).
ont connaissance des ordres de retraite dans le courant de l'après-midi, au moment où la lutte est dans toute son intensité (1).
A partir de 6 h. 45 du matin, Bazaine reçoit successivement communication, par les soins de Le Bœuf, de toutes les informations parvenues au 3* corps. Il se borne à lui recommander de « tenir bon » dans sa « forte position « , et se montre très rassuré sur une attaque qu'il ne croit ni sérieuse, ni susceptible de réussir. " La confiance du maréchal ne pouvait être ébranlée, dit Jarras, et, en ma présence, il répondit à d'autres émissaires envoyés par les commandants des corps d'armée, dans des ternies qui ne peuvent me laisser aucun doute à ce sujet (2). » Pourtant, vers 9 heures, Bazaine invite Bourbaki à rapprocher des 2* et 3* corps une brigade de la Garde, puis, se ravisant, le laisse libre de « la rappeler ou la laisser, selon les convenances (3) » . Les reconnaissances de la cavalerie de la Garde ayant ensuite signalé l'ennemi à Ars et à Vaux, avec un escadron vers Sainte-Ruffine, Bazaine, dont rien jusqu'alors n'a pu altérer la sérénité, se montre inquiet et, par un message urgent, charge Bourbaki de faire garder la route de Moulins
(i) Conseil d'enquête sur les capitulations, Dépositions du maréchal Canrobert et du général de Ladinirault.
(2) Général Jarras, loc. cit., 122.
(3) Bourbaki transmit purement et simplement cette note au général Dcligny (Metz, III, 183).