ORDRES DE FREDERIC-CHARLES
gauche. Le III* corps suivra le IX* en se tenant entre lui et la Garde... Le X* corps... suivra le Xir de manière à maintenir son itinéraire entre celui-ci et la Garde.
« L'ennemi paraissait être hier soir en retraite sur Conflans. Les trois divisions, qui bivouaquaient hier autour de Gravelotte, se sont aussi repliées sans doute. S'il en était autrement, le général Steinmetz les attaquerait et, dans ce cas, le IX* corps pourrait être appelé à s'engager le premier. On ne peut préciser encore si tout cela amènera, pour la IV armée, une conversion à droite ou à gauche. Pour le moment, il ne s'agit que d'une marche en avant de huit kilomètres à peine. FMe devra s'exécuter, non pas en colonnes de marche longues et minces, mais par divisions massées, l'artillerie de corps entre les deux divisions de chaque corps d'armée (1) . « A titre de renseignements, le prince ajoute que le VIII* corps se portera sur Metz en arrière et à droite du IX*, le Vir plus à droite encore. On peut compter sur l'arrivée du II* corps dans l'après-midi. Les forces ennemies sont évaluées à 100 000 ou 120 000 hommes.
(1) Historique du grand État-major prussien, VI, 655. — Ce texte est un peu différent de celui donné par vox der Goltz (lac. cit., 128-121). Remarquons, entre autres, que ce dernier se termine par ces mots : u On fera repos après midi » , prescription qui révèle combien mal Frédéric-Charles apprécie la situation {Metz, III, 108, note 1).
2(K. SAINT-PIUVAT
De préférence à toute autre hypothèse, Frédéric-Charles admet celle de la retraite des Français vers la Meuse et, ù son avis, ils ne pourront être atteints qu'en avant du front ou sur le flanc gauche de la ir armée (1). L'emploi rationnel de sa cavalerie aurait pu promptement l'édifier, mais, des quatre divisions de celte arme dont il dispose, le prince ne fait aucune mention de celles de la Garde et du XIT corps, et maintient les deux autres avec les IIP et X* corps, en deuxième ligne. Les places assignées au XII' corps et à la Garde dans la marche vers le nord vont déterminer un croisement d'itinéraires, et les conséquences de cet enchevêtrement seront encore aggravées par les dispositions défectueuses prises par le commandant du corps saxon (2). De ce fait, la Garde ne pourra dépasser Mars-la-Tour qu'après 9 heures. La formation en masse adoptée est logique pour un déplacement aussi court, mais une telle marche de flanc n'est pas sans dangers, exécutée à si faible distance de l'adversaire, à découvert, et sans aucune mesure de sécurité. C'est trop compter sur l'abstention de Bazaine.
(1) Vo> DEn GoLTZ, toc. cit., 120.
(2) On fit remarquer au prince Frédéric-Charle* qu'un croisement allait 8C produire. Il maintint néanmoins sa décision, considérant que le corps de gauche aurait une tâche plus délicate à remplir, et que le prince de Saxe, qui s'était distingué en 1866 était plus compétent que le prince de Wiirtemberg, commandant la Garde (Kunz^ loc. cit., X, 126).
l.A MARCHE EÎS MASSES 207
Qu'on s'imagine, dit un écrivain allemand, un général ennemi tombant au milieu de ces masses qu'on ne pouvait manœuvrer, par exemple vers 8 heures, au moment où avait lieu le croisement du VII* corps et de la Garde (1) ! »
Depuis 5 heures du matin, les troupes sont sous les armes dans leurs bivouacs et prêtes à commencer sans délai les mouvements qui leur ont été prescrits. Mais le croisement des Saxons et de la Garde provoque un retard de plus de trois heures, et le IX" corps étant parti en même temps que le Xll*", qui forme la gauche, l'échelonnement prévu n'existe pas (2).
A 6 heures, le roi Guillaume, accompagné du grand quartier général, arrive à Flavigny. Des officiers supérieurs d'état-major sont détachés auprès des commandants de corps d'armée avec mission de lui faire connaître immédiatement tout événement important. Vers 8 heures, bien que dépourvu de renseignements, le grand quar-
(1) Fritz HOESIG, Vingt-quatre heures de la stratégie de Moltke, 100. — Hœnig accuse V Historique de l'Etat-major prussien d'avoir travesti ou caché la vérité sur ce qui s'est passédans la matinée du 18 : « L'exposé de tous ces événements dans l'ouvrage du grand état-major est peut-être une chose sans égale dans l'histoire militaire... On a dû chercher un artisan de stvle dont le grand talent consistât à rendre noir ce qui était blanc, et cela de telle manière que le lecteur candide voie réellement noir ce qui était et restera blanc » {loc. cit., 101).
(2) « Pas un des corps de la IP armée ne prit la formation qui répondait aux prescriptions du prince » {Der 18. August 1870, herausgegeben vom grossen Geoeralttabe, 104).
lier général a « l'intuilion » que la masse principale des forces françaises s'est retirée vers l'est, et qu'elle occupe les hauteurs jusqu'à Amnnvil- 1ers. S'il en est ainsi, la l" armée attaquera de h'ont, tandis que le IX" corps abordera notre droite. Le lieutenant-colonel Verdy du Vernois est chargé d'en informer Frédéric-Charles et de lui recommander de ne pas pousser aussi loin le mouvement de la gauche. Les rapports parvenus à la II' armée se sont succédé jusqu'à 9 heures, aussi contradictoires et imprécis que la veille. Toujours convaincu que l'armée française, établie à quelques kilomètres sur sa droite, est en retraite sur Verdun, le prince se borne, vers 9 heures, à arrêter ses corps de première ligne sur la route d'Étain, et à prescrire l'envoi de reconnaissances de cavalerie vers Leipzig et Saint-Privat (1).
A l'aile droite de la IP armée, le VHP corps s'est mis en marche, dès 6 heures du matin, de Gorze sur Rezonville. Les deux escadrons de pointe ayant été accueillis par des coups de feu en face des bois de la Mance (2) , Gœben porte le 28' régiment d'infanterie sur le bois Leprince, le 8* bataillon de chasseurs à la ferme Bagneux, tandis que le reste de l'avant-garde gagne Villers-aux-Bois. De son côté, le VII* corps se ras-
(1) Historique du grand État-major prussien, VI, 651, 658.
(2) Grand'gardcs du 32* et du 80* de ligne.