‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 15 sur 92 · Voir Journal Officiel du 1" juillet · texte numérisé non relu

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députés h cette date. Or, en voyant cette mentalité, on comprend comment le gouvernement, pour s'être livré aux parlementaires, s'était condamné à échouer fatalement dans son essai de réorganisation de l'armée.

Par la loi de 1868, le Parlement s'était réservé le droit de décider, chaque année, combien d'hommes on incorporerait. C'était se réserver le droit à la surenchère électorale par la diminution du contingent. En 1870, le gouvernement prend les devants dans cette surenchère. Il propose de réduire à 90.000 hommes le contingent qui était de 100.000, les années précédentes.

Comme de raison, l'opposition trouve que la réduction n'est pas suffisante. Au nom de cette opposition, Garnier-Pagès prend la parole. Il rappelle d'abord à nouveau la légende des volontaires de 92 : « Celle France si belliqueuse, si courageuse, déclare-t-il, qui s'esl levée plusieurs fois comme un seul homme, lorsque la pairie élail en danger, elle n'a pas besoin d'une armée permanenle si énorme ». 11

faut donc tout réduire : réduire le nombre de soldats, réduire le temps de service. 11 faut prendre comme modèle la Suisse, a Mais me direz-vous, continue Garnier-Pagès. si vous agissez ainsi, que feront les puissances étrangères ? Je vais vous le dire. Les puissances étrangères, messieurs, n'attendent pas les congrès, elles n'attendent pas les négociations ; elles ont compris quil ne fallait pas se ruiner et qu'il fallait tout d'abord, quoi que fassent les voisins et malgré ce qu'ils feraient, opérer le désarmement. » A l'appui de cette assertion, Garnier-Pagès prétend démontrer que l'Angleterre, l'Autriche, l'Italie ont réduit leur budget de guerre. Il y a bien l'Allemagne qui gêne un peu l'orateur. Voilà comment il s'en tire. « Que se passe-t-il en Allemagne, en ce moment ^ Vous le savez, il g a une lutte générale, ardente, dont le but est la diminution de l'armée ; on veut amener M. de Bismarck à une réduction des forces de la Confédération du Nord ; on désire le désarmement^ on le demande partout; en

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Bavière^ en Wurtemberg^ dans lous les Etals du sud de V Allemagne^ comme on le demande même en Prusse. C'est un exemple à imiter, »

Ne croirait-on pas entendre Jaurès trompant son public, en feignant de compter sur les socialistes allemands pour empocher la guerre ?

D'ailleurs, poursuit Garnier-Pagès,en admettant même que les nations européennes ne désarment pas, nous n'avons rien à craindre d'elles. Ni l'Angleterre, ni la Russie, ni l'Autriche, ni l'Italie, ni l'Espagne ne pensent à nous attaquer. « Quant à la Prusse, — je termine par /à, — peut-elle nous inquiéter?.,, M. de Bismarck est en face de très grandes difficultés, même en Prusse ; il n'a plus la force, il n'a plus la foi, il n'a plus la confiance... L'Autriche avec ses neuf millions d'Allemands, les Allemands de la Bavière et de tous les États du Sud, sont prêts à se soulever contre la Prusse, si elle veut s'agrandir... M. de Bismarck cherche à accomplir

une œuvre impossible : il veul^ en exploilanl les sentiments de la nationalité allemande^ chercher à faire V unité de la nation par la force^ par le despotisme ; il n'y réussira pas. Par la liberté il aurait réussi ; il aurait la sympathie de tous les peuples; il aurait V adhésion de tous les Allemands, même en Autriche. Mais quand il est venu leur dire : « C'est le despotisme monarchique que je vous offre, ce n'est pas la liberté », il a semé à la fois autant d'ennemis quil semblait conquérir d'habitants, »

Voilà le bon prophète que la République devait, deux mois plus tard, faire entrer dans le gouvernement de la Défense nationale.

Garnier-Pagès finit son discours en en appelant, comme tout bon parlementaire, à l'opinion publique, c'est-à-dire à ce qui est souverainement incompétent dans ces questions militaires. « Vous vous vantez beaucoup^ — déclara-t-il en s'adressant au gouvernement,— du chiffre que vous avez obtenu par le plébiscite ; eh bien ! si vous ne vous méfiez

pas de celle nation ^ donnez-lui des preuves que vous sentez ce qu'elle veul^ ce qu'elle déaire : essayez de lui poser par un plébiscite la question que je vous indique à cette tribune, c'est-à-dire la réduction des dépenses militaires, (C'est cela ! à gauche.) »

Le ministre de la Guerre, le maréchal Le Bœuf, répondit à Garnier-Pagès. lln'eutpas de peine à montrer que nous ne pouvions ;)rendre la Suisse comme modèle. « Qu'une organisation militaire qui convient à une puissance dont la neutralité est garantie par l'Europe entière, ne peut pas servir de type à l'organisation militaire de la France. » 11 posa cet aphorisme, aujourd'hui reconnu par tous les hommes compétents, « qu'une armée n'est bonne que lorsqu'elle peut prendre rapidement TofTensive». 11 déclara qu'en

proposant une réduction de dix mille hommes sur le contingent, le gouvernement avait fait une invitation indirecte au désarmement. Et il conclut : « J*ai le regret de dire que, jusqu'à présent, je ne me suis pas aperçu qu'on ait suivi notre exemple. »

Le baron de Benoistvint parler au nom des départements de la frontière de l'Est. «Nous ne pensons pas, affirma-t-il, que l'état de l'Europe permette à la France de diminuer sa force militaire, et je vois pour ma part avec un très vif regret la diminution du contingent. » (Rumeurs à gauche.) Devant ces rumeurs, le baron de Benoist reconnut que son opinion était difficile à soutenir dans cette Chambre, cette opinion n'ayant pour elle que bien peu d'adhérents, mais il demanda qu'on lui permît quand même de parler avec son indépendance et sa sincérité habituelles.

« Messieurs, déclara-t-il, r année dernière , avant les élections, fai dit à mes électeurs que, quels que soient les entraînements des idées pacifiques et le courant de l'opinion vers

le désarmement^ fêlais trop leur ami pour consentir, tant que les circonstances seront les mêmes, à une diminution quelconque des forces de la patrie, »

Au point de vue électoral et parlementaire, le baron de Benoist était un héros. Mais aussi il ne se faisait pas d'illusion. Comme il le reconnaissait, il ne pouvait avoir avec lui qu'une faible minorité.

Jules Favre appuya le discours de Garnier- Pagès : « Que la France, s'écria-t-il, s'organise, en pleine paix, quand rien de sérieux ne la menace, pour une grande guerre, c'est là, messieurs, permettez-moi de le dire, une coupable folie, une mesure funeste aux finances dupagSy funeste à sa moralité, à sa grandeur, à sa prospérité matérielle, de laquelle vous ne paraissez pas tenir suffisamment compte. »

LMiistoire a dit de quel côté était la folie. Cependant, Jules Favre posa au gouvernement une question qui ne manquait pas de sens. Vous repoussez, remarqua-t-il, la demande de réduction de nos forces militai-

res. C'est donc que vous êtes inquiet ? Or, vous passez votre temps à nous rassurer.

C'est É mile Ollivier qui répondit : « ;]/. Jules Favre, déclara-t-il, a posé au gouvernement celle question : Vous êtes inquiets ; quelles ^onl vos inquiétudes, et de quel côté viennentelles /... Je réponds à f honorable M. fuies Favre que le gouvernement n'a aucune inquiétude, qu'à aucune époque, le maintien de la paix en Europe ne lui a paru plus assuré. De quelque côté qu'il tourne ses regards, il ne voit aucune question irritante engagée... Si le gouvernement avait la moindre inquiétude, il ne vous eât pas proposé, cette année-ci, une réduction de dix mille hommes sur le contingent. »

Ceci, comme je Taidit, se passait le 30 juin 1870. Trois jours après, c'était la candidature Hohenzollern, quinze jours après, la guerre. Et le gouvernement qui parlait ainsi au 30 juin avait entre les mains les rapports de notre ambassadeur à Berlin, Benedetti, et de notre attaché militaire, le colonel

Stoffel, qui, l'un et l'autre, avaient maintes fois exposé les ambitions, les projets et les armements de la Prusse !

« Vous nous avez demandé ensuite^ poursuivit Emile Ollivier : qu'avez-vous fait pour assurer la paix ?... Ce que nous avons fait ? Convaincus que la véritable manière d'établir la paix et de l'assurer, c'est de développer la liberté, nous avons, non pas fondé la liberté en France, — ce serait être injuste envers les devanciers qui ont commencé cette œuvre en 1860, — nous l'avons développée et rendue définitive.,. Ce que nous avons fait ? Puisque vous nous parlez du Sadowa prussien, je vous dirai que nous avons fait le Sadowa français, le plébiscite, « Et comme on lui demande de s'expliquer : Quand j'ai parlé du Sadowa français, je voulais indiquer que le plébiscite avait donné à lapoliiique française la même force que la bataille de Sadowa avait donnée à la politique prassienne, >»

Voilà ce que M. Emile Ollivier offrait en

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guise de soldats : des bulletins de vote. Quelqu'un qui a assisté à ces débats du Se- <*.ond Empire, et qui a été secrétaire-rédacteur à la Chambre, pendant quarante ans, M. Anatole Claveau, a publié ses mémoires relatifs à la période 1865-1870. On ne peut voir homme plus modéré que M. Claveau dans ses appréciations. Or, précisément à propos de cette séance du 30 juin 1870, et des criminelles sottises débitées par l'opposition, il écrit : « Comment ces hommes, à qui allaient d'abord mon admiration et ma sympathie, en avaient-ils pu arriver à ce [degré d'aberration ? Ou fallait-il chercher la cause de cette double infirmité qui, malgré tant d avertissements, les rendait ainsi sourds et aveugles ?.,, La cause, je ne la soupçonnais pas alors ; mais je la vois bien aujourd'hui. Ils sacrifiaient à un besoin de popularité électorale l'intérêt et le salut même de leur paijs\ »

1. Souvenirs politiques et parlementaires d^un té" moin, p. 392.

Ceci est la définition même des parlementaires. Mais en donnant cette définition, ne perdons pas de vue qu'il ne faut pas tant incriminer les hommes que l'institution, et que ce ne sont pas les hommes mais le régime qui est le vrai responsable du désastre de 70,

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