‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 2 sur 92 · SUR LA TOMBE · texte numérisé non relu

SUR LA TOMBE

quelques mois sous la dictature du patriotisme, les voici qui s'échauffent de nouveau et qui reproduisent l'agitation criminelle de 1869 et de 1905. Montesquiou se prépare à l'offensive contre l'Allemand armé. Il demande que sa pensée agisse à l'intérieur contre ces agités, serviteurs inconscients ou conscients du Roi de Prusse, qui rongent les ailes de la Victoire au moment qu'elle va s'élancer.

Le livre fut remis sous presse dans le temps même où se déclanchait l'action de Champagne.

Cette nouvelle édition d'une grande leçon, nous ne pouvons aujourd'hui que la déposer sur le tombeau de Montesquiou. L'ami, le maître, le chef, est tombé glorieusement aux combats de Champagne. C'est la gloire de tous ceux qui l'ont aimé et suivi. Mais quelle affreuse tristesse leur apporte cette gloire! Montesquiou meurt pour la France. Mais combien Tcùt-il plus servie s'il avait vécu? Ce grand soldat, c'était une intelligence merveilleusement équilibrée, c'était aussi une volonté fortement trempée, au service d'une conscience extraordinairement avertie des destinées françaises.

Chacun sait que Montesquiou ne peut donner

DE MONTESQUIOU

sa mesure dans cette attitude d'opposant où se trouvent obligés les meilleurs des patriotes dans la démocratie. La France retrouvant ses destinées, ses traditions, ses Princes, Montesquiou devait devenir un de ses plus grands serviteurs. Ceux qui l'ont vu dans quelques circonstances où ces grands services étaient esquissés ont pressenti la puissance qu'auraient eue sa pensée et sa volonté dans les conseils de l'Europe. Combien, au cours de cette guerre, ont pensé à la direction décisive qu'il aurait donnée aux conversations balkaniques et danubiennes?

Prestige du nom et des alliances? Les malheureux qui s'insurgent contre ce prestige ne comprennent pas qu'il exprime le plus clair des phénomènes sociaux. Exception faite pour les déchéances individuelles, ce prestige, que représente-t-il, sinon des aptitudes héréditaires? A cette hérédité de choix, Montesquiou ajoute les plus hautes qualités personnelles.

Sa pensée est une des plus fermes et des plus hautes de notre temps. Devant sa tombe, nous sommes éblouis par le geste du soldat. Certains sépareront cette mort glorieuse de la vie réfléchie de Montesquiou. Mais sa vie et sa mort sont

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inséparables! L'une et l'autre sont commandées par la même pensée. Lisez donc le litre imprimé sur l'un de ses premiers livres : le Salut public. Ces mots, ne pensez-vous pas qu'ils peuvent être gravés sur la pierre tombale de Souain?

Oui, Montesquiou, c'est une âme, une pensée, une volonté vouées au Salut public. Une belle unité ordonne sa vie et sa mort. II est né pour servir le pays. Sa vie comportera quelques fortes amitiés, de fidèles affections, et une passion centrale, la France. Mais cette passion, Montesquiou l'a voulue lucide, connaissant exactement ses raisons et ses moyens d'agir.

Servir, oui. Selon quelles lois? (et pour lui la question se pose^ sous quels princes?

Ce statut de l'Action française : chercher la vérité politique et les bases de l'ordre hors des sentiments privés, des préjugés, des préférences personnelles, c'est bien celui de Montesquiou. Ouvrez ses livres, le Salut public, les Raisons du Nationalisme j et ses études magistrales sur Comte et Le Play, vous verrez une intelligence qui refuse d'être serve des habitudes de la vie ou môme de la pensée, et qui ne veut prendre de décisions que selon les lois de la raison. L'intelligence ne cherche pas à dire éloquemment ce qui platl à

DE MONTESQUIOU

l'homme et au gentilhomme, elle cherche la vérité.

Lorsque Maurras lui présente l'aboutissement de cette recherche, si Montesquiou résiste d'abord, c'est pour redécouvrir, avant de l'accepter, cette conclusion. Plus que d'autres peutêtre, il sera en défiance devant des conclusions pour lesquelles il se découvrira des préférences oubliées. Conclure à la monarchie, avec Maurras? Ce ne sera pas sans un examen rigoureux, total.

Montesquiou fut maître dans l'art de penser purement, dans l'art de dégager, si l'on peut dire, la pensée de la chair, et de communiquer avec l'intelligence d'autrui en dehors des artifices littéraires. Ses livres ont la sévérité, presque la sécheresse, des livres de science. Montesquiou enseigne, démontre et conclut. Mais dans la force de la démonstration, de l'enseignement, dans le martèlement des mots, lorsqu'il parle, on sent l'ardente passion qui le soulève. Il ne m'appartient pas de parler de l'œuvre de Montesquiou. Je ne veux penser qu'aux moteurs qui l'animent comme ils animent sa vie. Je veux me rappeler l'homme qui aboutit au sublime pendant la bataille de Champagne.

Cette intelligence, cet amour de la France,

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