‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 3 sur 92 · SUR LA TOMBE · texte numérisé non relu

SUR LA TOMBE

cette volonté, qui, dans Tordinaire de la vie, apparaissent successivement, soudain, dans ces circonstances où la mort entoure Thomme de toutes parts, vous les voyez s'unir étroitement pour réaliser l'héroïsme parfait.

Montesquiou était une des plus belles, des plus fortes volontés que nous ayons connues. Son but défini, ses moyens déterminés, sa décision prise, il avance, avec un mépris total de l'obstacle. Il était de ces hommes qui imposent la confiance, parce que l'on sait qu'ils triompheront de tout, car leur regard et leur geste disent que rien, rien ne les arrêtera.

Ceux que commandait Montesquiou étaient pleins de cette confiance, par laquelle ils participaient à la volonté de leur chef. La mort de Montesquiou, ce grand sacrifice si librement décidé, quelle image où sont gravées les qualités maîtresses de l'homme et du soldat!

A la veille de l'action, il est prêt. Il repasse sa vie, il se prépare à la mort, dans une longue « oraison mentale », comme a dit Maurras, où son ordonnance le trouve absorbé, pendant la veillée des armes.

Puis c'est l'assaut, la vague irrésistible, et soudain apparaît cette espèce de roc où la vague

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DE MONTESQUIOU

va se briser si elle ne le renverse. Je demande aux amis de Montesquiou de concentrer ici leur méditation : qu'ils connaissent toute la force d'âme qui va se manifester. Cet obstacle est un des plus terribles de la guerre : un abri de mitrailleuses, dissimulé, construit pour prendre de flanc l'assaillant qui a pénétré dans les lignes. Combien de braves se sont arrêtés devant ce barrage qui distribue la mort avec une précision mathématique ! Je vous supplie de voir là Montesquiou dans toute la grandeur de son sacrifice. C'est l'instant de l'arrêt, où le chef hésite à lancer sa compagnie à la mort, où la troupe hésite à afi*ronter cette mort certaine. Ce court instant est pour Montesquiou non l'hésitation, mais la suprême méditation, le calcul, la décision. Pourrai-je vous le dire? Dans cette terrible mêlée, j'imagine Montesquiou, calme, lucide, résolu ; je lis sur son visage ses pensées : Il faut passer; attirer le feu de l'ennemi sur moi-même, et Ton passera. C'est la mort. Je le veux. Il faut passer. En avant. — Il demande des volontaires. Quelques-uns répondent. Il s'élance à leur tête. Il tombe. Alors, d'un seul coup, sa passion, sa volonté s'imposent à sa troupe. Chacun a compris le sacrifice de Montesquiou : il ne sera pas

SUR LA TOMBK DE MONTESgUlOU

vain. Un bond formidable, une ruée qui surmonte tout : la mitrailleuse est prise, officier et servants tués sur place. La compagnie Montesquiou a dépassé Tobstacle.

Ainsi meurt Montesquiou. Pour que sa pensée, son action soient continuées. Tout le temps que durera la lutte contre l'ennemi. Il est tombé pour que cent hommes bondissent par-dessus son corps. Le maître, l'ami que nous pleurons, c'est un chef dont la mort décuple la puissance.

Soulevez la couronne de fer qu'a fait placer sur sa tombe la Ligue dont il était le chef : Ici repose.... îl faut lire sous l'inscription ritnelîf* :

Ici commande Montesquiou : Il faut passer.

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