NAPOLÉON 111 ÉTAIT AVERTI
Les hommes de l'opposition, je l'ai montré, ont agi avec le pire esprit de parti, sans avoir égard aux intérêts de la Patrie. Ils ont été ou fous, ou stupides, ou criminels. C'est entendu. Et ce qu'ils ont dit ou fait aurait dû les écarter à jamais du gouvernement de la France. Mais il y a une excuse qu'ils pourraient pourtant à la rigueur présenter : « Nous ne savions pas. Nous ne connaissions pas les forces de la Prusse, nous ignorions ses formidables préparatifs. » Or, une telle excuse est impossible au gouvernement impérial. Napoléon III a été averti, et très exactement averti, notamment par deux militaires, le colonel Stoffel et le général Ducrot. il a été
averti delà supériorité de Tarmée allemande, en effectif, en rapidité de mobilisation, en armement. Il a été averti du danger inévitable de la guerre, auquel on ne pouvait parer que par des préparatifs équivalents aux préparatifs prussiens. Il a été averti que la réorganisation de Tarmée par la loi de 1868 nous laissait en infériorité. Bref, il a été on ne peut mieux averti du désastre. El ceci rend sa responsabilité encore plus écrasante.
Le colonel Stoffel fut notre attaché militaire à Berlin de 1866 à 1870. Pendant ces quatre années, il a envoyé au gouvernement français des rapports qui sont remarquables de clairvoyance. Ces rapports ont été souvent cités *. Si j'y reviens, c'est qu'ils mettent en relief les fautes de l'Empire que certains voudraient effacer.
Le colonel Stoffel ne se lasse pas de faire l'éloge de l'armée prussienne, ceci pour met-
1. Rapports militairei écrit! de Berlin, 1866-1870, par le colonel Baron Stoffel
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tre en garde le gouvernement français. Tous les efforts sont dirigés vers l'armée, déelare-t-il, tous les honneurs lui sont réservés. « Quels que soient les défauts qu'on puisse trouver à l'organisation militaire de la Prusse, — écrit-il notamment, — comment ne pas admirer ce peuple qui, ayant compris que pour les Etats, comme pour les individus, la première condition est d'exister, a voulu que r armée fût la première, la plus honorée de toutes les institutions, que tous les citoyens valides participassent aux charges et à l'honneur de défendre le pays ou d'augmenter sa puissance, et que ceux-là fussent par-dessus tout estimés et considérés ? » Et, en note, il ajoute : « J'ai déjà dit qu'en Prusse, tous les honneurs, tous les avantages, toutes les faveurs sont pour l'armée ou ceux qui ont servi *. » L*armée n'est pas seulement honorée, elle est admirablement préparée. « Je ne saurais trop insister sur les soins incessants qu'on