‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 42 sur 92 · Ouvr, cité, p · texte numérisé non relu

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plus ou moins nombreuse, suivant le budget alloué, est seule incorporée. L'autre reste dans ses foyers, à titre de réserve. Elle peut être appelée à Tactivité par une simple ordonnance, et peut être soumise, entre temps, à des revues ou des exercices.

En 1855, r « exonération » avait été substituée au « remplacement ». C'est-à-dire qu'on était exonéré du service militaire, simplement en versant une certaine somme d'argent à la caisse de dotation de l'armée.

Telle était la loi devant laquelle allait se trouver la Haute Commission réunie par Napoléon III.

Quelle fut l'attitude de cette Commission? La voici parfaitement résumée : « Les membres militaires de la Commission, bien que différant entre eux sur le choix des moyens, posèrent en principe qu'il fallait arriver à ce que la France pût disposer d'w/im////o/i d'hommes exercés^ répartis en armée active, réserve et armée territoriale. Mais les membres poliliques représentèrent à l'Empereur que le

pays ne comprendrait pas un tel accroissement de charges survenant en pleine paix, surtout au moment où la France se préparait à recevoir pour hôtes, à l'occasion d'une grande Exposition, tous les souverains de l'Europe *. »

Les militaires se plaçaient au point de vue défense nationale^ les politiques au point de vue électoral. Pour complaire à ces derniers, l'Empereur élabora alors avec le maréchal Niel un projet dans lequel les efYectifs jugés nécessaires se trouvaient atteints, grâce à l'institution d'une garde mobile. La garde mobile devait être formée de tous les jeunes gens de la classe qui, reconnus bons pour le service, ne seraient pas, pour une raison ou une autre, compris dans le contingent. Ils ne pourraient être appelés à l'activité qu'en cas de guerre. En temps de paix, ils se trouveraient astreints à quelques exercices, chaque année. Malgré

1. La Guerre de 1 870^ rédigée à la section historique de l'état-major de l'Armée, tome I, p. 2.

l'opposition de la plupart des militaires, c'est ce projet qui fut adopté par la Commission.

De la Commission, le projet fut renvoyé au Conseil d'Etat, qui le vota sans grandes modifications. De là, il passa devant la Commission nommée par l'Assemblée législative, qui lui fit subir une plus grave amputation. Le projet primitif donnait au gouvernement le droit de convoquer la garde mobile, chaque année, pour une période de quinze jours. La commission de la Chambre consentit à ces quinze jours d'exercices, mais en les rendant inutilisables. Elle interdit, en effet, toute convocation entraînant un déplacement déplus d'une journée.

Le projet tel qu'il fut présenté par la Commission de la Chambre fut voté par 200 députés contre 60 et par 126 sénateurs contre 1. Si ce projet était insuffisant, il ne faut donc pas en rejeter, comme certains cherchent à le faire, toute la responsabilité sur l'opposition. 11 faut en accuser d'abord les membres/>o/iiiques de la Haute Commission nommée par

l'Empereur, ensuite la Commission nommée par la Chambre. Mais voilà: ceci, r'est remonter jusqu'à Napoléon III, ce que certains veu- I lent éviter. A la Commission qu'il avait réunie, l'Empereur n'avait qu'à imposer sa volonté (s'il en avait une). Tout au moins, il n'avait qu'à soutenir plus fermement qu'il ne l'a fait les membres compétents de cette Commission, les militaires. Quant à la commission de la Chambre, qui lui avait donné le pouvoir de se mettre en travers des mesures de salut public, si ce n'est Napoléon III lui-même ?

Les critiques contre cette institution ^ ' garde mobile — je pai i gens compétents — ne manquèrent pas. ue rappellerai seulement celle des deux militaires, dont j'ai déjà parlé et dont les aveiiissements furent prophétiques, le colonel StolTel

et le général Ducrot. Parlant de ce qu'on pensait en Prusse de la nouvelle loi militaire française, le colonel Stoffel écrivait : « La loi ne permet pas de donner à la garde nationale mobile la moindre instruction militaire. Aussi est-elle regardée dans son ensemble comme un non-sens ou comme une loi avortée qui, loin de rien ajouter à la puissance de la France, ne produira, au contraire, qu'un affaiblissement de ses ressources... Car quelle instruction militaire voulez-vous qu'on puisse donner à un homme qui dans la plupart des départements, et en une seule journée^ aursi deux ou trois lieues à faire, le matin, pour se rendre de son domicile au lieu de réunion, autant à faire, le soir, pour retourner chez lui, et qui, de plus, sera obligé, dans celle même journée, de se rendre aux appels, aux rassemblements de toute sorte, aux distributions d'armes, aux distributions d'effets, etc. ? Ne voyez-vous pas qu'il y a impossibilité matérielle à trouver, dans cette même et unique journée, un quart d'heure pour le

consacrer aux exercices proprement dits ?... \insi, notre nouvelle loi de réorganisation militaire, en ce qui concerne la garde nationale mobile, est condamnée d'avance par le bon sens le plus vulgaire. Et pourtant, cette loi a été votée par les Chambres I On a donc vu, chose à peine croyable, une grande nation se donner solennellement, par l'organe de ses représentants, une augmentation de 500.000 hommes pour la défense du pays, et s'enlever, en même temps, d'un même trait de plume, pour ainsi dire, les moyens de leur faire acquérir la moindre instruction militaire. Je doute qu'aucune Assemblée, dans aucun pays, ait jamais donné une preuve aussi flagrante d'inconséquence et de légèreté '. » Critiques semblables chez le général Ducrot ".

1. Rapports militaires écrits de Berlin. Rapport du 12 août 1869, p.290, 292 et 296.

2. La Vie militaire du général Ducrot, d'après sa correspondance, tome II. Lettres du 31 décembre 1867 et 17 janvier 1868, p. 200 et 209.

Quant au maréchal Niel, que pensait-il de cette loi ? Remarquons d'abord qu*il s'était primitivement montré partisan, avec les autres membres militaires, du projet réorganisant Tarmée et augmentant les effectifs, sans le recours à la garde mobile. Ce n'est que devant l'opposition des membres civils qu'il avait élaboré le projet qui porte son nom. Ce projet avait été en partie dénaturé par la Commission de la Chambre. Cependant, telle que la loi fut votée, le maréchal Niel l'accepta. Publiquement, il montra même à son égard un certain optimisme. « Notre armée, avec la nouvelle loi, déclarait-il, par exemple, sera plus forte qu'elle ne l'a jamais été, et elle correspondra parfaitement aux circonstances dans lesquelles nous nous trouvons*. » « Si je suis parvenu à vous démontrer d'abord, déclarait-il encore, que la loi n'impose aucun fardeau nouveau aux populations, qu'elle apporte, au contraire, un allégement,

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