CHAPITRE IX
Quelle est exactement la loi militaire discutée en 1867-1868, à propos de laquelle Topposition a débité les sottises criminelles que j'ai relevées, qui néanmoins a été votée, et qui soi-disant devait nous mettre en mesure de répondre victorieusement à Tattaque de la Prusse, voilà ce que je crois à présent utile d'exposer pour poursuivre notre recherche des responsabilités.
En 1866, par sa victoire sur l'Autriche, la Prusse se révélait un adversaire redoutable. De plus, le gouvernement français avait été obligé de reconnaître que notre armée, — pour diverses causes, parmi lesquelles on peut signaler une cause matérielle : Texpédi-
Montetquiou, 1870. 7
lion du Mexique et une cause morale : l'incurie générale, — que noire armée donc se Irouvait alors 1res affaiblie. En 1866, noire « désorganisation », écrit G. Rothan *, en était « arrivée au point de ne pouvoir mettre en ligne qu'une quarantaine de mille d'hommes ». Écoutez, d'autre part, cette anecdote qu'il rapporte et qui en dit long : « Je m6 rappelle le triste tableau que me faisait, en 1867, M. le général Ducrot, lors de l'affaire du Luxembourg. Il me disait en être réduit à fermer les portes de Strasbourg, sous prétexte de réparation aux ponts-levis, mais, en réalité, pour se mettre à l'abri d'un coup de main de la part des Allemands. La guerre était imminente, et il n'y avait pas un canon sur les remparts, toutes les batteries étaient démontées, les pièces et les affûts étaient en-
1. La Politique française en i866, par G. Rothan, p. 23 1 . ( Rothan et ai t, dans les années qui précèdent 1870, notre consul général à Hambourg. Il a surveillé de près les armements de la Prusse et a rensei^é le gouvernement français.)
tassés pêle-mêle à l'arsenal ; il aurait fallu plusieurs mois pour mettre la place en défen se . »
Devant l'avertissement donné par la victoire prussienne, impossible de ne pas s'apercevoir qu'il fallait une réorganisation complète de notre armée. Vers la fin de 1866, Napoléon III convoqua donc, pour s'occuper de cette question, une Haute Commission composée des ministres, des maréchaux et de plusieurs généraux.
Le recrutement était alors régi par la loi de 1832. En voici les principales dispositions : contingent établi chaque année par une loi. Tirage au sort pour déterminer les jeunes gens de la classe qui feront partie de ce contingent, les autres étant définitivement libérés de tout service militaire. Remplacement facultatif pour ceux qui seront incorporés. Durée du service, sept ans. Séparation du contingent en deux parties. La première,