Là Politique française en 1866, par G. Rothan
mée active, écrit le colonel Rousset *, se montait réellement, swr le papier ^k G39.748 hommes. Mais, en défalquant de ce nombre les indisponibles et les troupes nécessaires à la garde de l'Algérie, à la constitution des dépôts et à la division d'occupation de Rome, on ne trouvait déjà plus que 407.082 combattants. En outre, comme la garde mobile n'était ni constituée, ni équipée, ni habillée, ni armée, ni instruite, il fallait prélever tout d'abord sur l'armée active un chiffre de 7.000 hommesenviron, pour former la garnison des places fortes. Restent 350.000 hommes dont il convient de défalquer la gendarmerie (19.374 hommes) l'escadron des Gent-Gardes de l'Empereur (338 hommes), et les services administratifs (11.830). On voit qu'en tenant compte des déchets inévitables et des difficultés inhérentes au rappel des réserves que l'absence de toute réglementation de détail
1. Histoire générale de la guerre franco-allemande ^ par le lieutenant-colonel Rousset, 1. 1, p. 41.
rendait fort aléatoire, il devenait difficile de tabler sur un nombre rond supérieur à 300.000 hommes, même en comptant largement. C'était là une évaluation que tout \v monde, j'entends dans le gouvernement, pouvait faire, et que personne ne fit. »
En fait, ce chiffre de 300.000 hommes se trouva être encore au-dessus de la réalité. C'est que, par suite des défauts et des lenteurs de la mobilisation, bien des réservistes ne purent rejoindre. Cette question de la mobilisation avait pourtant été une de celles sur laquelle le colonel Stoffel et le général Ducrot avaient particulièrement attiré l'attention du gouvernement français. J*ai déjà donné quelques extraits de leurs rapports ou de leurs lettres sur ce sujet. Voici encore une lettre du général Ducrot, qui vaut d'être citée. 11 écrivait, le 17 janvier 1867 : « // est temps de mettre de côté tout sot amour-propre, toute folle présomption^ et de profiter des enseignements que nous donnent les derniers événements ; il en est un^ surtout^ sur
LKS EFFECTIFS EN 1»70 ll^
lequel on ne saurail Irop médilcr : le 8 mai 1866, le gouvernenienl prussien ordonnait la mobilisation de ses corps d'armée ; le 19 mai^ tous ces corps d'armée étaient concentrés et venaient prendre position sur les frontières. Le \5 juin^ la Prusse signifiait son ultimatum à la SaxCy au Hanovre et à la liesse électorale, leur donnant jusqu'au soir pour jj répondre, Le 16, l'armée prussienne franchissait la frontière ; le 18, elle faisait son entrée à Dresde, A'est-ce pas foudroyant ! En quatorze jours, cette armée de 240.000 hommes avait étéportée à 490.000 hommes tous armés, habillés, équipés, encadrés ! Avec notre organisation actuelle, nous n'obtiendrons pas un semblable résultat en trois mois ! Et vous voulez que je ne sois pas inquiet ! Mais nous sommes à la merci des événements et des Prussiens ! Il faut être aveugle pour ne pas le voir ! * »
1. Cité dans La ffnêrre de / 5 7^, rédigée à la section historique de l'état-major de l'armée, t. II, p. 15.
Cet avertissement ne fut pas plus écouté que les autres. Je n'entrerai pas dans le détail des défauts d'organisation dans la mobilisation. Ils ont été souvent exposés. J'arrive tout de suite au résultat. Le voici : « En quinze jours, V armée, immobilisée sur la frontière, faute d' effectifs, ne reçut que 142 détachements, comptant en tout 38.678 hommes ; le 6 aoûl^ 2^ jours après l'ordre d'appel et au moment même où commençaient les opérations décisives, la moitié à peine des hommes portés sur les situations d'effectif lui était parvenue ! Tel était le triste résultat produit par notre système de mobilisation, si tant est qu'un ensemble de mesures aussi incohérentes puisse recevoir la dénomination de système \ »
Au contraire, l'organisation militaire de l'Allemagne « lui permit de mettre les régiments d'infanterie sur le pied de guerre^ en
1 . Histoire générale de la guerre franco^allemandcj par le lieutenanUcolonel Roustet, 1. 1» p. 113.
LES EFFECTIFS EN 1870 Ul
sept jours environ^ ses troupes de cavalerie ''Il dix jours, celles d'arlillerie en onze jours *. » Le 3 août, la concentration des troupes allemandes sur notre frontière était terminée. « Dès lors, les forces dont pouvait disposer le roi de Prusse se montèrent au chiffre énorme de 5 10.670 hommes ^ » Nou3 n'avions à opposer que « 222.242 hommes. Plus tard, après le 6 août, cet effectif s'accroîtra de 10.700 hommes par l'arrivée de plusieurs groupes de renfort. Mais, à ce moment, les terribles défaites de Wissembourg, de Spicheren et de Frœschviller auront déjà ouvert le territoire au flot des ennemis qui se pressent à nos portes : trois corps d'armée seront désorganisés, un autre sera entamé fortement, et la mobilisation encore inachevée, subira de ce fait une perturbation (profonde qui l'arrêtera presque complètement*. »