‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 57 sur 92 · EMILE OLLIVIER ET LA DEMANDE DE GARANTIES · texte numérisé non relu

EMILE OLLIVIER ET LA DEMANDE DE GARANTIES

« 11 est indispensable que le Roi veuille bien nous dire qu'il ne permettra pas au prince de revenir sur la renonciation communiquée par le prince Antoine. » Y a-t-il une si grande différence entre la première et la seconde demande? 11 serait oiseux de le discuter, puisque le télégramme que le duc de Gramont envoya, en s'inspirant de la note d'Emile 01livier, n'a eu aucune action sur les événements. Il arriva trop tard. Benedetti avait déjà présenté la « demande de garanties », et ce devait être sa dernière audience.

Mais examinons l'excuse que présente Emile Ollivier : « On a rouvert l'affaire Hohenzollern, et je n'y suis pour rien. »

Cette fameuse dépêche, ce n'est pas lui qui Ta expédiée. Soit I Mais avant cette dépêche il y avait eu une entrevue entre le baron de Werther, ambassadeur de Prusse, Emile Ollivier et le duc de Gramont. Les ministres français avaient, on s'en souvient, remis à Werther une note formant projet de lettre aue le roi de Prusse devait écrire à l'Empe-

reur, Emile Ollivier se plaint qu'on ait rouvert l'affaire. Cette note l'avait déjà rouverte, et ceci interdit à Emile Ollivier de se dégager, comme il le fait, de la demande de garanties. ' Et pourquoi cette note? Dans son rapport, Werther écrit : « Les deux ministres, en faisant ressortir qu'ils avaient besoin d'un arrangement de ce genre pour calmer l'émotion des esprits, eu égard à leur silualion ministérielle... » L'empereur fait envoyer par Gramont la fameuse dépêche, parce qu'il apprend que la Chambre est très montée, et qualifie de « honte » le simple acquiescement à la renonciation. Emile Ollivier, de concert avec Gramont, réclame une lettre du roi de Prusse, « eu égard à leur situation ministérielle ». Tout cela est de la même étoffe. C*est du parlementarisme, c'est-à-dire des combinaisons où l'intérêt de la France tient peu de place.

Ces deux combinaisons, note et dépêche, rouvrent donc l'affaire. Mais laquelle de ces combinaisons devait être la plus sensible au

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roi de Prusse ? Sans conteste, la première, celle à laquelle Emile Ollivier a pris part. Le 13 juillet, à dix heures du matin, Benedetti rencontre Guillaume à la promenade, et lui présente la seconde combinaison, la demande de garanties. Le roi refuse d'y souscrire, mais Tentretien reste courtois. Guillaume déclare à notre ambassadeur qu'il n'a pas encore reçu officiellement le désistement du prince Léopold, qu'il lui en fera lui-même part dès qu'il l'aura en main.

Or, dans la journée, c'est par son aide-decamp qu'il fait transmettre à notre ambassadeur l'annonce de ce désistement. Benedetti s'étonne et réclame une nouvelle audience. Elle lui est refusée.

Que s'était-il donc passé pour changer ainsi l'humeur du roi ? L'arrivée entre temps du rapport de Werther, avec la note remise par Emile Ollivier et Gramont. J'ai déjà dit la colère du roi en lisant ce rapport. « Il est fâcheux, écrivait Guillaume à la reine Augusta, que Werther n'ait pas immédiatement, sur

une pareille exigence, quitté la place et renvoyé ses interlocuteurs au ministre Bismarck *. » Quant à lui, c'est ce qu'il va faire. Dans la dépêche envoyée à Bismarck, il n'est parlé, il est vrai, que de la demande de garanties. Mais il est naturel que le roi ait passé sous silence le rapport de Werther, dès lors qu'il considérait que ce rapport enfermait une proposition offensant sa dignité. Officiellement, il s'en est tenu à ses pourparlers avec notre ambassadeur. Mais dans son privé — la lettre qu'il écrit ce jour môme à la reine le montre bien — ce qui l'a irrité, ce qui l'a, par conséquent, plus que probablement porté à refuser une nouvelle audience à Benedetti, — ce refus que Bismarck va exploiter, — c'est la proposition Ollivier- Gramont. Replaçons donc sur les épaules d'Emile Ollivier ce fardeau qu'il cherche à passer aux autres.

l.Cité parM.Welschinger, dans La, guerre de 1S70, ZÂUset et responsabilités.

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