EMILE OLI.IVIER ET LA DEMANDE DE GARANTIES 1G
Emile Ollivier déclare que l'empereur en négligeant de le consulter avant de faire envoyer par Gramont la demande de garanties a commis « un acte de pouvoir personnel ». De là tout le mal. « De cette renaissance du pouvoir personnel » il se déclare « profondément blessé ». Eh bien ! et cette note, si grave dans ses conséquences, qu'Emile Ollivier rédige de concert avec Gramont et qu'il remet à Werther sans consulter l'empereur. Comment faut-il qualifier cet acte ? Mais peut-être Emile Ollivier se prend-il pour l'empereur, et prend-il l'empereur pour un soliveau. C'est assez dans le goût des ministres partisans d'une monarchie constitutionnelle.
Cependant Emile Ollivier voit bien qu'on peut facilement lui renvoyer la balle, comme je le fais ici. Alors il a un argument admirable. Tant que Gramont est seul avec Werther, l'entretien est officiel. Dès que lui, Ollivier, arrive, c'est une autre affaire. « L'entretien changea de nature. Il cessa
d'être officiel, comme il l'avait été jusque là, et devint une de ces conversations libres que les hommes politiques ont entre eux, quand ils sont en dehors de leur rôle officiel et dans lesquelles on échange ses idées, sans s'engager soi-même, à plus forte raison son gouvernement*. »
Mais qu'est-ce qui prévient l'ambassadeur de Prusse de ce changement de caractère de l'entretien ? Rien et personne. La simple affirmation d'Emile OUivier, longtemps après, lorsqu'il s'aperçoit des conséquences de cet entretien, et qu'il cherche alors à dégager sa responsabilité. Ce n'est guère suffisant. Aussi Werther a-t-il pris cet entretien comme un entretien « officiel ». Il est excusable de n'avoir pas su ce que Emile Ollivier raconterait plusieurs années après. Pour ce fait cependant, Emile Ollivier qualifie Werther d'esprit « borné »,et décide qu'il n'a pas à prendre son rapport c< en considération ».