L Allemagne et l'Italie, tome II, p
tificaux, il prétend les flétrir du nom de « nouveau Coblentz roDfiain ». En 1869, il chante victoire, il salue le but atteint: « L'émancipation d'un grand peuple, l'unité de l'Italie. »
Vers la même époque, Proudhon écrivait* : « L'Italie, avec une armée de trois cent mille hommes, amoindrit la PVance de toutes les façons. Nous sommes trop voisins de l'Italie, nous lui avons rendu de trop grands services pour qu'elle nous aime. L'ingratitude en politiqueest le premier des droits et des devoirs; la coalition contre la France compte désormais un membre de plus. » Ceci était la condamnation de la politique extérieure du Second Empire, et cette condamnation, combien l'avenir devait en prouver la justesse.
J'ai cité des paroles du prince Napoléon. Peut-être objectera-t-on que le prince Napoléon était le révolutionnaire de la famille, et que sa politique n'était pas approuvée de l'empereur. Voyons donc la pensée de Tem-
1. En 1862, dans sa brochure sur « jLa fédération et r unité de V Italie ».
pereur. Elle est très nettement exprimée dans un document du IG septembre 186&. C'est une circulaire du ministre de l'Intérieur, La Valette, chargé par intérim du portefeuille des affaires étrangères, circulaire adressée à nos agents diplomatiques. Non seulement elle est adressée au nom de l'empereur, mais il est établi que l'Empereur lui-môme l'avait rédigée. Elle parle des changements survenus à la suite de Sadowa. Nous y lisons : « Les perplexités qui agitent les esprits et qui ont leur retentissement à l'étranger imposent au gouvernement l'obligation de dire nettement sa manière de voir... La Prusse agrandie, libre désormais de toute solidarité, assure désormais l'indépendance de l'Allemagne. La France n'en doit prendre aucun ombrage. Fière de son admirable unité, de sa nationalité indestructible, elle ne saurait combattre ou regretter l'œuvre d'assimilation qui vient de s'accompliret subordonner à des sentiments jaloux les principes de nationalité qu'elle représente et professe à l'égard des
MoDtesquiou, 1870. 18
peuples. Le senlimeiit national de l'Allemagne satisfait, ses inquiétudes se dissipent, ses inimitiés s'éteignent. En imitant la France, elle fait un pas qui la rapproche, non qui Téloigne de nous. »
Voilà avec quelles balivernes on endormait le sentiment public, voilà sur quelle sotte chimère l'Empire fondait sa politique.
« Au Midi, poursuit la circulaire, l'Italie, dont la longue servitude n'avait pu éteindre le patriotisme, est mise en possession de tous ses éléments de grandeur nationale. Son existence modifie profondément les conditions politiques de l'Europe ; mais, malgré dés susceptibilités irréfléchies ou des injustices passagères, ses idées, ses principes, ses intérêts la rapprochent de la nation qui a versé son sang pour l'aider à conquérir son indépendance...
« Par quelle singulière réaction du passé sur l'avenir l'opinion publique verrait-elle, non des alliés, mais des ennemis de la France, dans ces nations affranchies d un passé qui
nous fut hostile, appelées à une vie nouvelle, dirigées par des principes qui sont les nôtres, animées de ces sentiments de progrès [ui forment le lien pacifique des sociétés modernes ?
« Une Europe plus fortement constituée, rendue plus homogène par des divisions territoriales plus précises, est une garantie pour la paix du continent, et n'est ni un péril, ni un dommage pour notre natiii^n. »
Et dire que Napoléon III croyait véritablement à ce qu'il écrivait là ! 11 croyait par sa politique qui a constitué l'Italie, constitué l'Allemagne, qui nous a valu 1870, qui nous vaut les armements formidables de notre époque, il croyait assurer la paix de l'Europe !
Voici la conclusion de k circulaire, qui est comme un résumé du programme suivi par Napoléon III dans tout le cours de son règne : « La politique doit s'élever au-dessus des préjugés étroits et mesquins d'un autre âge. L'Empereur ne croit pas que la gran-
deur cTun pays dépende de l'a/faiblissemenl des peuples qui F entourent el ne voit de vérilable équilibre que dans les vœux satisfaits des nations de l'Europe, En cela, il obéit à des convictions anciennes et aux traditions de sa race. Napoléon /" avait prévu les changemenls qui s' opèrent aujourd'hui sur le continent européen. Il avait déposé les germes des nationalités nouvelles^ dans la péninsule en créant le royaume d'Italie^ en Allemagne en faisant disparaître deux cents cinquantetrois Étals indépendants *. »
On ne sauraitmieux conclure tout ceci que par ce qu'a écrit un des historiens (P. de La Gorce) de Napoléon III : « A des degrés disers, il servit tous les peuples, hormis le sien, »