‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 7 sur 92 · Le maréchal Canrobert^ tome IV, page · texte numérisé non relu

Le maréchal Canrobert^ tome IV, page

2. Dans le numéro de V Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux du 20 avril 1913, M. Bapst rectifie cette date et déclare qu'il faut placer l'incident au 12 décembre 1867. C'est aussi cette date que denne le commandant J. de La Tour dans son livre sur le maréchal Niel. Mais je ne crois pas que l'incident en question ait pu M passer ce jour-là. Si l'on se reporte au Moniteur Universel on voit» en effet, que le maréchal Niel n'est pas présent à cette séance de la Chambre, et pour cause, puisqu'il parle à ce moment même au Sénat.

LES JAURÈS d'autrefois 9

latif ; il pouvait être cinq heures du soir ; le maréchal Niei, à la tribune, défendait Torganisation de la garde mobile ; il était à la fm de son discours et déclarait que les périodes d'exercices étaient indispensables.

« Alors, Jules Favre cria de sa place : « Vous voulez donc faire de la France une caserne ? »

« Se retournant lentement vers Tinterrupteur le maréchal répondit d'une voix basse : « Et vous, prenez garde d'en faire un cimetière... »

« A ces mots, une rumeur se produisit dans la salle, et plusieurs députés, dont M. Stéphen Liégeard, vinrent serrer la main du maréchal Niel, et la séance continua. Dans la soirée, le chef des rédacteurs demanda au commandant d'Ornant, aide de camp du ministre, — actuellement général, — qui corri- Igeait les épreuves du discours, s'il ne jugeait pas convenable de supprimer complètement l'interruption qui produirait une émotion profonde sur l'opinion. L'aide de camp alla

en référer au maréchal, qui ne fit aucune objection, et c'est ainsi que le commandant d'Ornant biiïa le fameux mot que les événements devaient rendre célèbre. »

Quoi qu'il en soit du mot de Favre et de la réplique du maréchal Niel, ce qui est certain c'est qu'ils résument parfaitement les observations présentées par les adversaires et les défenseurs de la loi en question.

Quand on parle de ces débats de 1867, on a l'habitude de dauber l'opposition. C'est parfait. L'opposition était composée de cervelles folles, on pourra en juger tout à l'heure. Mais il est une chose essentielle qu'il ne faut pas oublier : c'est que l'opposition n'a pas empêché le vote de la loi. La loi telle que le gouvernement la présentait, — après, il est vrai, quelques changements exigés par la commission de la Chambre, mais auxquels

LES JAURÈS d'autrefois 1 1

le ministère avait fini par adhérer, — la loi fut votée par deux cents députés contre soixante, et par cent vingt-six sénateurs contre un. Si 1 opposition a prononcé, pendant les débats des paroles insensées, ce ne sont donc point ces paroles qui nous ont menés à la catastrophe. Sedan, c'est l'Empire et l'Empire seul, voilà ce qu'il ne faut pas perdre de vue

Mais pour le moment, ce n'est pas de l'Empire c'est de l'opposition républicaine qut je veux m'occuper. J'ai lu dans le Moniteur Universel^ ces débats de décembre 1867-janvier 1868. Je savais bien que dans les aiscours des Jules Simon, Jules Favre, Emile Ollivier. je trouverais des sottises. Je ne croyais pas que ces sottises eussent composé un tel monument. C'est plus beau que ce qu'on peut lire dans VHumanilé. Je dis que c'est plus beau parce que chez Jaurès et ses acolytes, on voit la grimace. Ce sont des industriels de la politique, ou des stipendiés de l'Étranger, qui font leur métier. Ce ne

sont pas des naïfs. Tandis que les républicains de 1867, quand ils parlent des milices, quand ils déclarent qu'il faut désarmer, quand ils demandent : « Mais qui est-ce qui nous menace ? » on peut croire qu'ils sont sincères !

On connaît leur cliché, qui a été repris par Jaurès. Jules Simon l'a résumé ainsi : « Supprimer les armées permanentes. Armer la nalion entière. » Là-dessus, avec ses amis, Simon présente un contre-projet où l'armée suisse est prise comme modèle. Suppression de l'armée. Constitution d'une milice. Exercice le premier et le troisième dimanches de chaque mois. Une fois tous les six ans, une période de manœuvres qui durerait trois mois : voilà les grandes lignes. Ecoutons Jules Simon défendre son projet : « // manque pourtant quelque chose, — déclare-t-il, — à notre armée ainsi conçue : c'est Vespril militaire. Je le reconnais tout le premier. Cette armée est une armée de citoyens qui se réunissent pour défendre le pays et pour

LES JAURÈ3 d'autrefois 13

maintenir tordre. Ce nesl à aucun degré une armée de soldais...

« Quand je dis que F armée que nous vouions faire sérail une armée de ciloijens^ et qu'elle n'aurait à aucun degré l'esprit militaire, ce n'est pas une concession que je fais, c*est une déclaration, et une déclaration dont je suis heureux, car précisément, c'est pour qu'il n'y ait pas en France d'esprit militaire, pour qu'il n' g ait pas dans la nation un corps d'hommes aganl des habitudes, des idées, des sentiments différents de ceux de la nation entière, pour qu'il ng ait pas une armée qu'on vuisse, à chaque instant, lancer contre les pays étrangers et peut-être même, dans des jours néfastes, contre notre propre pags, c'est pour qu'on soit, je ne dirai pas dans la nécessité d'aimer la paix, mais dans V impossibilité de l'enfreindre, c'est pour cela précisément qu'au lieu d'une armée imbue d'esprit militaire , nous voulons avoir une armée decitogens, qui soit invincible chez elle et hors d'état déporter la guerre au dehors. »

Le baron Vast-Vimeux: «// n' g a pas d'armée sans esprit mililaire ! »

Jules Simon : « Vous me faites rhonneur de me dire qui! n'ij a pas d'armée sans esprit militaire. Je comprends parfaitement votre interruption; je f accepte. S'il ny a pas d'armée sans esprit militaire, je demande que nous ayons une armée qui n'en soit pas une. »

Voici Jules Favre qui vient à la rescousse : « Quant à moi y déciare-t-il, reprenant ce que tout à r heure disait mon honorable ami Jules Simon, je suis convaincu que la nation la plus puissante est celle qui irait le plus près du désarmemen!.,, La nation qui désarmerait aurait pour elle les sympathies de toutes les populations qui souffrent de Vexagération des armements. Soyez-en sârs, nos véritables alliés, ce sont les idées, c'est la justice, c'est la sagesse. Voici surtout sur quoi nous devons avoir les yeux ouverts : n'agissons pas en vertu de nécessités contingentes qui peuvent tromper, mais en vertu de principes immua-

LKS JAURES D AUTRE FOIS 1 5

Lies et élernels, que Von peut féconder à son profit. »

L^excuse — si cela en est une — de telles insanités, c'est que ceux qui les prononçaient ne croyaient pas à la guerre. « Je suis de

MX, disait Jules Simon, qui pensent que f Allemagne, complètement unie, sera moins redoutable pour nous que la confédération du Nord soumise à r hégémonie de la Prusse. Je compte sur les tendances démocratiques qui ne manqueront pas de se faire jour dans an parlement vraiment allemand. » « L*^//ema^rzf. — disait de son côté un autre député, Maurice Richard, — est-ce qu'elle nous menacef En aucune façon, ^i Donc ils necroydiient pas à la guerre, ou plutôt ils raisonnaient ainsi • il y aura guerre si nous armons. Pour avoir la paix, il faut désarmer. C'est ce que Julos Simon appelait : « placer résolument Vorganisalion de la paix en face de l'organisation de la guerre. » Oui, il faut désarmer, car, ajoutait le même Jules Simon, « vous n'avez pas d'autre moyen de rassurer l'Eu-

rope. » (Très bien, très bien, sur les bancs à gauche.) Et lorsqu'un des orateurs résumait la pensée de la minorité par cette déclaration : « Donnons l'exemple du désarmemenl, toules les nations voisines nous imiteronl, — C'est positif )>, s'écriait Garnier- Pagès.

Il y en a un dont je n'ai pas encore parlé, car il mérite un paragraphe pour lui tout seul. C'est Emile Oliivier.

Dans son dixième volume sur V Empire /ibéral^ Emile Oliivier cite une partie du discours qu'il prononça dans ces débats de 1867. A la suite de quoi il fait un mea culpa. 11 reconnaît qu'il « y a des erreurs dans ce discours». Mais de quelle taille sont ces erreurs? 11 est difficile au lecteur d'en juger, car ce que Emile Oliivier donne de son discours, c'est ce qu'il y a de plus présentable. Je vaisrépa-

Page 1