LES JAURÈS D'AUTREFOIS
rer la lacune et citer ce qu'il passe sous silence.
Emile OUivier, lui, ne s'est pas prononcé, comme les Jules Simon et les Jules Favre, pour les milices. Mais il a néanmoins combattu la loi qu'on présentait. Et par quels arguments ? On va voir.
« Nous restons, déclarait-il, en face d'une loi donl le principe est celui-ci : les armées de la France, que fai toujours, pour mon compte, trouvées trop nombreuses, sont insuffisantes. Leur effectif doit être augmenté et porté à un chiffre exorbitant. Mais pourquoi donc ? Quon nous le dise. Ou est la nécessité? Ou est le péril ? Qui nous menace ? Qui nous inquiète ? Personne. (Interruptions.)
« Non ! personne ne nous menace, nulle pari, il n'y a un péril. (Rumeurs.)
« Personne ne veut nous provoquer, nous déclarer la guerre. (Bruit.) »
C'est en armant, c'est en nous montrant par là belliqueux, que nous marchons infailliblement vers la guerre, explique-t-il, puis
Moutcsquiou, 1870. 2
il conclut : « Deux seuls moyens existent pour conjurer celle calamité : de la part du gouvernement^ un retour sur lui-même^ une résolution décisive et finslilulion d'un gouvernement constitutionnel et libéral à laplace d'un gouvernement personnel.
« De la part du pays, de votre part à vous, qui le représentez officiellement, Vobligation de repousser une loi dont V utilité est au moins douteuse, qui nest certainement pas nécessaire, et qui, quoi que vous disiez et quoi que vous fassiez, en France et en Europe, signifie : guerre,
« Pour moi, je n'hésite pas, je voterai contre la loi ; car je persiste dans ma manière de voir sur les événements accomplis : je n'aurais pas voulu qu'on les provoquât, j'aurais désiré que la Prusse les accomplît sans violence ; mais ces réserves faites, je reconnais en eux un épanouissement du principe de la souveraineté populaire, une application nouvelle des idées de la Révolution, et je ne les trouve dangereux que si nous
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voulons opposer un obstacle artificiel à leur développement national,
« Que m'importe qu'on me dise et qu'on me répète avec passion : « Soyons Français, ne soyons ni Allemands, ni Italiens. » 0«/, messieurs^ soyons Français^ mais ne croyons pas que ce soit une manière noble d'être Français que d'empêcher les Allemands d'êére Allemands, et les Italiens d'être Italiens, (Approbations à la gauche de l'orateur.) » Je me demande pourquoi pas à droite également • n'est-ce pas là, en effet, le principe des nationalités défendu par Napoléon 111 ?
« Application des idées de la Révolution. » Emile OUivier a prononcé le mot. Oui, toutes cos gigantesques sottises que nous venons de transcrire, ce sont les idées de la Révolution, mais émises à un moment où la réalité allait leur infliger un tragique démenti. Cependant, ces sottises — j'y insiste, car cela est d'importance — n'ont pas empêché la loi, présentée par le gouvernement, d'être votée. Ce n'est donc pas parce qu'il a été proféré de
telles folies que la responsabilité du gouvernement peut être partagée.
Mais ces hommes qui avaient proféré ces folies, qui s'étaient montrés si aveugles sur les réalités, qui avaient fait éclater leur absolue incompétence, leur nullité en politique, et dont la sotte cervelle était un danger public, que sont-ils devenus ? Deux ans après, Emile Ollivier était appelé par Napoléon III h la présidence du Conseil ; quelques mois plus tard, Jules Simon, Jules Favre, Garnier- Pagès entraient dans le gouvernement de la Défense nationale.
Voilà ce qu'il faut se rappeler pour la honte de l'Empire et de la République '.
1. Les textes cités dans ce chapitre sont extraits du Uonileur Universel, u" des 20, 21, 22 décembre 1867.
CTTAPTTRE II