‹ 1870, les causes politiques du désastreChapitre 70 sur 92 · Les Alliances de VEmpire^ l" avril · texte numérisé non relu

Les Alliances de VEmpire^ l" avril

cléricale. Elle a été développée dans un ouvrage paru en 1907 : Rome et Napoléon III ^ par E. Clermont et Emile Bourgeois, avec une préfdoe de Gabriel Monod.

La thèse est celle-ci : ce qui fait que nous n'avons pas eu, en 1870, Talliance de l'Italie et par suite de TAutriche, et que nous avons donc été isolés en face de l'Allemagne, c'est que nous avons refusé de concéder à l'Italie ce qu'elle réclamait comme prix de son alliance: l'abandon de Rome. Le vrai coupable est-il Napoléon III ? Non, répond le prince Napoléon. Le pouvoir temporel du Pape à Rome, déclare-t-il, l'empereur, « dans son opinion intime, le condamnait. Cette conviction s'était formée chez lui par l'étude de la politique de Napoléon I" et par ses souvenirs de jeunesse, alors que, parmi les insurgés italiens de 1831, il prenait part à la révolution contre le Pape. »

Mais, explique le prince Napoléon, lempereur n'osait abandonner le Pape, « par crainte du parti clérical que son entourage lui re-

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présentait comme très influent ». Les vrais coupables, ce sont donc les catholiques. « Que le parti clérical, écrit le prince Napoléon, ait au moins le courage de ses opinions. Au lieu de se sentir blessé par le reproche d'avoir placé le pouvoir temporel au-dessus des alliés que la France pouvait avoir, il devrait s'en glorifier, et, pour être conséquent, dire: le Pape avant tout, même avant la Patrie ! » Et le prince Napoléon conclut : la politique que leparticlérical a imposée à Napoléon III, « est la cause principale de nos désastres, et rhistoire impartiale dira que le pouvoir temporel des papes a coûté à la France l'Alsace et une partie de la Lorraine ».

On voit l'avantage de cette thèse. L'histoire dit avec nous que ce qui nous a coûté l'Alsace et une partie de la Lorraine, c'est la politique révolutionnaire et napoléonienne des nationalités, c'est la politique révolutionnaire et démocratique du plébiscite et du parlementarisme. Le fait est accablant pour l'Empire. Car cette politique, ce n'est pas une

politique de hasard ou de fantaisie, c'est une politique qui lient aux origines et à l'essence mêmes du régime. Quelle chance, pour les partisans de ce régime, s'ils peuvent prouver que non seulement le désastre n'est pas dû à cette politique révolutionnaire, mais encore qu'il est dû à ceux qui ont empêché cette politique d'être poussée jusqu'au bout. « Au parti clérical » I pour parler comme le prince Napoléon. Entendez : les défenseurs du pouvoir temporel et les tenants de la politique d'équilibre de la monarchie capétienne.

Leprince Napoléonest un accusé qui, pour mieux se défendre, prend l'ofTensive. Mais il est absolument seul dans cette attitude. On ne trouve pas un seul historien sérieux pour applaudir à la politique extérieure de Napoléon III et pour le féliciter d'avoir unifié l'Italie et l'Allemagne. Dans le livre indiqué plus haut, Rome ei Napoléon ///, M. Emile Bourgeois, qui est l'auteur de la seconde partie qui nous intéresse plus particulière-

ment aujourd'hui, approuve-t-il ou non cette politique ? Il m*a été impossible de m'en rendre compte. La question n'était pourtant pas indifférente.

Mais enfin, même en reconnaissant que la constitution du royaume d'Italie fut une grande faute de la part de Napoléon III, et la cause primordiale de notre désastre, on peut faire remarquer qu'en 1868, la faute était commise, qu'il n'y avait plus à y revenir ; qu'il n'y avait plus qu'un moyen de chercher à la pallier, c'était d'obtenir l'alliance italienne ; que donc, même si l'on condamne la politique des nationalités de Napoléon III, les défenseurs du pouvoir temporel n'en sont pas moins responsables, à un certain point de vue, du désastre de 1870, par l'isolement auquel ils nous ont réduits.

C'est cette thèse que je veux considérer.

Il faut distinguer deux périodes dans les

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pourparlers entre la France, l'Autriche et l'Italie. Un premier essai d'alliance fut esquissé en 1868, 1869. Puis les négociations furent interrompues. Elles furent reprises en 1870.

En 1868, les conversations restèrent dans le vague. En 1869, elles ne se précisèrent pas encore beaucoup. « L'empereur cherchait des alliances, écrit Albert Sorel, mais il les cherchait mollement. » Une lettre de Victor- Emmanuel à Napoléon indique bien que l'Italie ne pourra rien conclure tant que les troupes françaises occuperont le territoire romain. Mais si on avait concédé le rappel des troupes françaises, qu'est-ce qui aurait été conclu ? Qui peut le dire ? Aurait-il été môme conclu quelque chose ? Il serait bien audacieux de l'affirmer. M. E. Bourgeois, qui soutient la thèse que les exigences « cléricales » perdirent la France, est luimême obligé d'écrire : « Peul-êlre^ en 1869, le rappel des troupes françaises... eût-il suffi à renouer l'accord entre la France et

ritalie V » Voilà un « peut-être » qui est sage. Et môme au prix, non seulement du rappel de nos troupes, mais aussi de la reconnaissance du principe de /lon-m/er^en/Zon, « Falliance se fût-elle solidement nouée ? 11 est permis d*en douter », déclare M. de La Gorce *.

Oui, il est plus que permis d'en douter, surtout lorsqu'on considère l'attitude de l'Autriche, attitude à laquelle l'Italie subordonnait la sienne. « L'Autriche, écrit M. de La Gorce, par-dessus tout soucieuse de diminuer les risques, s'offrait et se refusait tout à la fois. Elle voulait une alliance qui ne la compromît pas trop, une alliance défensive, c'est-à-dire pour le maintien de la paix. Elle aspirait à conserver la faculté de demeurer neutre, même en cas de guerre franco-prussienne... Sûrement il fallait entretenir la Cour des Tuileries dans l'idée d'une alliance :

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