Histoire du Second Empire, tomo VI, p
du projet quand on aurait éliminé ce qui était rève ou illusion ! Bientôt les objections se formulèrent. Le plan, superbe à coup sûr, exigeait, pour réussir, deux choses : une extrême lenteur de la part de la Prusse ; une extrême célérité de la part de l'Autriche et de l'Italie. A consulter l'expérience des temps passés et toutes les informations du temps présent, ne serait-ce pas à Berlin qu'on irait vite, à Vienne qu'on procéderait lentement ? L'empressement, déjà un peu refroidi, se changea en vraie déception quand Napoléon ajouta que l'Autriche demandait, à partir des hostilités, un délai de six semaines pour entrer elle-même en campagne. Cette stipulation du délai parut même dissimuler chez notre prétendue alliée l'arrière-pensée de s'attacher à nos victoires, de se dérober à notre mauvaise fortune... Une question se posait, celle de savoir si on pourrait, sans alliés et à découvert, supporter, pendant six semaines, le choc de l'ennemi. Deux des membres du conseil, le maréchal Lebœuf et le général Fros-
sard, ayant à cœur de ne point abandonner un plan qui avait été débattu avec l'Autriche et que le souverain patronnait, on se mit à étudier les cartes, le compas à la main, et on rechercha par quelles combinaisons dilatoires on laisserait à nos alliés le temps d'entrer en ligne. Tous les efforts furent vains, et la conclusion (dont on aurait dû se souvenir deux mois plus tard) fut que l'armée française était insuffisante pour luttera elle seule, pendant six semaines, contre toute la confédération de l'Allemagne du Nord *. »
En juin, l'Empereur envoya donc le général Lebrun à Vienne, pour demander à l'Autriche un projet acceptable. L'Autriche persista à exiger un délai de six semaines à partir de la mobilisation pour entrer en campagne. « Comment voulez-vous, s'écria le général Lebrun, que nous restions près de quatre semaines à découvert, tandis que, sous prétexte de préparatifs à achever, vous