LE COLONEL DEMANGE
la ferme Givodeau, et quatre attaquent le bois Luquet eu flanc et à revers. En même temps, quatre bataillons saxons font une nouvelle tentative pour déboucher du bois Givodeau. Mais déjà le colonel Kampf, du 49^ de ligne, ayant conscience d'avoir rempli sa mission et se voyant menacé sur ses derrières, s'est décidé à évacuer le bois Luquet. Il en avise le colonel Démangée, du 88% qui répond que Tordre qui lui a été donné de rester à son poste n'a pas été annulé. Vers 6 heures, le colonel Kampf se relire vers le nord avec sa troupe suivie par deux compag^nics du 88% et rallie au passage le reste de son régiment venant du Mont de Brune; il franchit ensuite la Meuse à Mouzon (1). Les trois batteries de la réserve qui ont appuyé la défense de Villemoutry, se sont également repliées, de sorte que le colonel Démange ne dispose plus, dans cette localité, que de neuf compagnies très réduites d'ailleurs. Il empêche pourtant, jusqu'à la nuit tombante, deux bataillons saxons, soutenus par des fractions du 26% de progresser sensiblement. Mais voyant alors son détachement réduit à 400 hommes et se trouvant menacé d'être prisa revers, Démange ordonne la retraite en fixant la ferme Givodeau comme point de ralliement. Treize officiers et 200 soldats seulement y parviennent : le reste
(1) Historique du grand Etat-major prussien, VII, 1043; Souvenirs du général Fiulte de Vanteaux.
va se heurter aux troupes prassieiines ou s'enfuit vers la Meuse (1) .
Les trois bataillons de la i4' brig^ade (2) ont, sur ces entrefaites, repris l'attaque du faubourg de Mouzon avec l'appui de l'artillerie du Mont de Brune. Mais ils rencontrent une énergique résistance. Encouragées par l'exemple des généraux de Failly, de L'Abadie et Abbatucci, les débris des deux bataillons du 30% sous les ordres des commandants Lamy et de Lamarcodie, et les compagnies du 22Me ligne venues à leur secours tiennent avec un courage et une abnégation admirables pour permettre aux dernières fractions du 5*^ corps de passer sur la rive droite. Le capitaine de Tessières, resté avec l'une de ses pièces, fait tirer à mitraille à plusieurs reprises; puis, passant sur la rive droite et n'ayant plus qu'un seul canonnier, il remplit lui-même les fonctions des servants , tués ou blessés, employant comme tire-feu une ficelle et un clou empruntés à une maison voisine. Il reste là jusqu'à la fin du combat; puis, secondé par des soldats du 22% emmène sa pièce au moyen de chevaux d'emprunt (3) .
(1) Rapport du commandant Escarfail ; Notes du capitaine Delasson.
(2) Yoïr suprà, p. 265.
(3) Rapport du chef d'escadron Cailloux; Historique du 22* de ligne.