LES PERTES
Dans les premières maisons du faubourg^, la lutte est acharnée, et les Prussiens ne progressent qu'avec lenteur par la grande rue et au sud. Vers 7 heures du soir, ils sont maîtres de l'église et du cimetière; les défenseurs se replient peu à peu sur la rive droite. Le pont tombe à ce moment au pouvoir de cinq compagnies du 26'' venant du sud; l'une d'elles veut le franchir, mais est aussitôt criblée de balles et obligée de rétrograder. Plusieurs nouvelles tentatives de passage ne réussissent pas mieux (1).
La nuit vient enfin mettre un terme à cette bataille si désastreuse pour nous. Le 5*" corps laisse sur le terrain près de 4 700 hommes tués, blessés ou disparus; sa désorganisation est à peu près complète; son moral, déjà fortement atteint avant cette crise, est désormais anéanti; il n'a échappé à une destruction totale que grâce au concours fortuit de deu.x: circonstances relativement heureuses : les difficultés de terrain que rencontrèrent les troupes allemandes à leur aile droite et l'intervention des 7*" et 12'' corps. Le total des pertes pour l'armée française s'élève à 246 officiers et 7 250 hommes environ (2) . La journée a coûté aux Allemands 145 officiers et 3 384 hommes hors de combat, dont 126 officiers et 2 878 hommes pour le iV corps, qui a engagé
(1) Historique du fjiand État-major prussien, VII, 1041-1042.
(2) Les documents ne permettent pas une e'valuation précise.
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Faction et supporté constamment le poids de la lutte (1).
Seul, de tout le 5^ corps, le détachement du colonel Deman^ore est resté sur la rive gauche, à la ferme Givodeau. Il en part vers 11 heures du soir, résolu à se frayer passage à la baïonnette. Mais l'avant-garde reconnaît que le pont de Mouzon est gardé par les Prussiens, et Démange, ignorant s'il est détruit ou barricadé et si d'ailleurs Mouzon est encore en notre pouvoir , revient sur ses pas. Le lieutenant Relberger, qui parle l'allemand, chargé d'interroger les sentinelles prussiennes, remplit cette mission avec un plein succès et acquiert la certitude que les Allemands n'ont pu pénétrer dans Mouzon. Démange décide aussitôt que la tentative de trouée aura lieu au petit jour. Un peu avant 4 heures, le détachement s'approche en silence de la route et se fractionne en onze pelotons, chacun plaçant dix hommes de front et commandé par un officier désigné à l'ancienneté. Démange prend la tête, ayant à sa gauche le commandant Escarfail et à sa droite le capitaine Lordon et le lieutenant Kelberger, celui-ci guidant la colonne. Bientôt on se heurte à l'ennemi, et l'on se jette à la baïonnette sur une compagnie du 27^ qui est aussitôt dispersée. Sous le feu d'une autre compagnie,
(i) Historique du grand État- major prussien, VII, 263*.