‹ 1870 - SedanChapitre 135 sur 177 · LE 1" CORPS FRANCHIT LA MEUSE · texte numérisé non relu

LE 1" CORPS FRANCHIT LA MEUSE

peine, les séparent de Montmédy, « cet objectif tant désiré, et là peut-être enfin trouverait-on la victoire (1) » !

Vers 10 heures, l'artillerie commence à passer; elle est suivie d'une partie de la division de cavalerie, puis viennent les divisions Pellé et Larti^ue précédant les baguages et le convoi. La division Wolff utilise la passerelle à partir de une heure et demie de l'après-midi. La brigade lég^ère Septeuil et la division L'Hériller restent en position jusqu'à l'arrivée de la division Bonnemains et des premières troupes du 7^ corps; puis, vers 8 heures, elles s'ébranlent à leur tour. Mais le passa^fje est de plus en plus difficile : la fermeture des écluses de la place de Sedan a produit une crue sensible, les rampes d'accès sont couvertes d'eau et le pont se trouve immergée de quatre à cinq centimètres (2).

Pour éviter l'encombrement, Ducrot a dirigée les divisions Pellé et Lartig^ue, la cavalerie et la réserve d'artillerie sur Tétaigne, les divisions Wolff et L'Hériller sur Douzy. De ces deux points, elles doivent g^ag^ner Garignan par lag^rande route.

Entendant le bruit du canon dans la direction du sud, Ducrot, qui marche avec la colonne de droite, la rassemble à Tétaigne avant de traver-

(1) Journal des marches et opérations du l'^'^ corps (commandant Gorhin). — Cf. Journal du colonel d'Andigné.

(2) Rapport du chef de bataillon Lantv, 1" décembre.

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ser la Ghiers et envoie un de ses aides de camp, le capitaine Bossan, au maréchal de Mac-Mahon afin de prendre ses ordres. Au bout d'une demiheure, il reçoit de Bossan un billet : " L'empereur est à Garignan ; je pousse sur Mouzon où est le maréchal à ce qu'on dit (1). » Gomme son collèg^ue Douay, Ducrot s'éloig^ne du théâtre de la lutte, tant, même sur les hommes de cette valeur, est puissante cette époque le principe de l'obéissance passive aux instructions reçues. En arrivant à Garignan, Ducrot est rejoint par Bossan qui lui transmet l'ordre de prendre ses dispositions pour protéger la retraite soit sur Douzy, soit sur Garig^nan, et de prier l'empereur de se rendre au plus vite à Sedan. En conséquence, Ducrot établit les divisions Wolff et L'Hériller à Douzy (2), les divisions Pelle et Lartig^ue entre Garig^nan et Blagny, et envoie de l'artillerie au mont Tilleul, à Test de Garignan. Ges mouvements provoquent dans la nuit, sur la route de Sedan, un encombrement considérable (3) .

« A un moment donné, il fut impossible de se mouvoir et même de s'écouler par les fossés

(1) Dans !a Vie militaire du général Ducrot (II, 402), le texte est différent : « Je viens de rencontrer l'empereur se rendant de Mouzon à Carignan ; il paraît que tout va bien. «

(2) La division L'Hériller n'atteint Douzy qu'à minuit; son artillerie, qui a été acheminée directement sur Sedan par le maréchal, ne la rejoindra plus.

(3) Journal du colonel d'Andigné.

LES CUIRASSIERS BONNEMAINS 277

qui, à leur tour, se trouvèrent bondés d'hommes et de chevaux. » La brigade Septeuil, engagée dans " ce pêle-mêle inextricable » , resta » dans une immobilité complète pendant deux ou trois heures » . Vers une heure du matin seulement, elle parvint « à s'arracher complètement de ce chaos sans pareil (I) » .

Derrière le 1" corps, la division de cuirassiers Bonnemains a quitté Raucourt à 2 heures de l'après-midi. Arrivée à Remilly à 5 heures, elle doit attendre jusqu'à la nuit pour commencer le passage, qui, retardé [)ar Taflaissement du tablier et Tobscurité, n'est pas encore terminé. » Les chevaux, effrayés de ne pouvoir distinguer ce plancher mouvant caché sous les eaux et qui se dérobe sous leurs pieds à chacun de leurs pas, n'avancent qu'avec répugnance, le cou tendu, les oreilles dressées. Droits sur leurs étriers, enveloppés dans leurs grands manteaux blancs, les cuirassiers passent silencieux; ils semblent portés parles eaux. Deux feux allumés sur chacune des rives, aux deux extrémités du pont, éclairent seuls, de leur lumière blafarde, hommes et chevaux; leurs flammes se reflètent, d'une façon étrange, dans les casques brillants des cavaliers, et donnent à ce spectacle quelque chose de fantastique (2) . » Après le passage de la Meuse, la division Bonne-

(1) Rapport (lu colonel Dastugue, du 12* chasseurs.

(2) Prince Bibesco, loc. cit., 115.

278 BEAUMOIST

mains franchit la Ghiers à Douzy et prend la route de Garignan encombrée de troupes de toutes armes, de matériel d'artillerie, de voitures de toute espèce. Déjà la tête de colonne est arrivée à Sachy au prix de mille difficultés, quand, sur un contreordre, la division fait demi-tour et revient à Douzy où elle établit son bivouac à 2 heures du matin.

Résolu à franchir la Meuse, conformément aux instructions du maréchal de Mac-Mahon, le général Douay a poursuivi sa marche vers Remilly sans plus se préoccuper du combat qui se livre à Beaumont et de la déroute de la division Gonseil Dumesnil (i). Le corps d'armée s'engag^e dans le défilé qui aboutit à Remilly. Ghacun a le sentiment d'un danger imminent. Vers 5 h. 15, au moment où la brigade d'arrière-garde atteint Raucourt, dont les rues sont très encombrées, trois batteries de la i'^ division bavaroise ouvrent le feu sur le village. En même temps, en tête de colonne, se produit un temps d'arrêt qui, « dans la situation d'esprit et de corps où étaient nos troupes, pouvait avoir les plus terribles conséquences (2) " . Pendant dix minutes sévit la ca-

(1) Voir supra, p. 239.

(2) Prince Bibesco, loc. cit., 110.

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