TRANSPORT PAR VOIE FERREE
Vittel, Lamarche, Montig^ny, Ghaumont, tandis que le maréchal de Mac-Mahon se dirigée sur Neufchâteau, d'où il espère faire transporter ses troupes au camp de Ghâlons par voie ferrée (1). Grâce aux louables efforts de la Compagnie de l'Est, cette long^ue retraite, où les effectifs se dissolvaient et où le moral se déprimait de plus en plus, prend fin à Neufchâteau le 14 août : l'embarquement commence dans la soirée même pour se terminer dans la nuit du 15 au 16, l'artillerie et la cavalerie se rendant à destination par voie de terre (2). De son côté, le g^énéral de Failly, arrivé à Ghaumont dans la matinée du 16, est tiraillé par des ordres contradictoires. Finalement, la division Lespart est transportée le 17 de Ghaumont à Vitry-le-François ; la division L'Abadie d'Aydrein suit le lendemain, tandis que la division Goze et la brigade Septeuil protègent la voie ferrée et gagnent ensuite Vitry. La réserve d'artillerie, embarquée à Bar-sur- Aube, est dirigée par Troyes, Paris et Soissons sur Reims où elle rejoindra le 22 le gros du corps d'armée.
(1) Journal de maiche du 5^ corps; Maréchal de Màc-Mahon, Souvenirs inédits. — Avant de quitter Mirecourt, de Failly prescrit de faire sauter les ponts de Charmes et de Bayon sur la Moselle, et ceux du Madon. Le pont du chemin de fer à Charmes fut détruit, mais non le pont de la route, faute de temps et d'explosifs (Historique du 2* régiment du génie).
(2) Journal de marche du i" corps.
40 ni: eu Alons a keims
Le r' corps arrivait de la sorte au camp de Ghâlons dans un état de délabrement matériel et de dépression morale très inquiétant. Selon l'attestation d'un témoin digne de foi, on eût dit des g^ens qui avaient combattu pendant six mois (l). La défaite avait amoindri la confiance; l'absence de distributions rég^ulières avait fait naître la maraude et l'indiscipline ; les marches sous la pluie incessante et les bivouacs dans la boue avaient émietté les effectifs (2). Un séjour de quelque durée eût été nécessaire à ces troupes pour leur faire reprendre la campag^ne dans de bonnes conditions. Le repos fut insuffisant, et l'on ne put même pas les pourvoir de tous les effets d'habillement, d'équipement et de campement qui leur faisaient défaut. A peine reçurent-elles un sac pour deux hommes (3) . Les vides furent com-
(1) Enquête..., Déposition du général Schmitz, II, 276. — « C'est la retraite de Russie, moins la neige " (général Bonnal,
Frœschwiller, 462).
(2) Des causes qui ont amené la capitulation de Sedan, 15; Colonel RoRERT, Campagne de 1870, 79; L. de Narcy, Journal d'un officier de turcos, 332; Carnet du commandant David, du 45" de ligne; Journal de marche de la 4^ division du 1" corps; Général de Pâli kâo, /oc. cit., 55; De Frœschwiller à Sedan, 35, 37, 39.
(3) Journal de marche du i*"^ corps; Général DucROT, la Journée de Sedan, 84 (Journal du commandant Corbin).
blés d'une façon très incomplète par des réservistes et des détachements des ^'^ bataillons, auxquels manquaient parfois jusqu'aux premières notions de l'instruction militaire (1).
Le 5* corps était matériellement à peu près intact; mais la long^ue retraite qu'il avait exécutée depuis Bitche, le contact des débris du 1" corps, la succession des ordres contradictoires, le système des réquisitions employé sans méthode pour se procurer des vivres avaient été funestes à sa cohésion et à sa discipline et avaient profondément affecté son moral (2). Chaque jour avait apporté à ces troupes » de nouveaux éléments de dissolution (3) » . Elles offraient « un aspect de lassitude et de désorg^anisation de nature à inspirer de vives inquiétudes (4) » . Elles manquaient en outre de confiance en leur chef, le général de Failly, auquel elles ne pouvaient pardonner d'être resté inerte le 6 août, entre deux batailles, et que l'opinion publique jug^eait avec une sévérité méritée (5) .
(1) Historique du 50* de ligne; Mémoire inédit du commandant Magnan.
(2] Journal de marche du 5® corps (Clémeur) ; Général de Failly, loc. cit., 22. — « Nous avons plus souffert de notre fuite que nous n'aurions souffert de la mitraille « , écrivait un officier du 5^ corps.
(3) Ibid. — Cf. Général LEBRr::^, Bazeilles, Sedan, 13.
(4) Des causes qui ont amené la capitulation de Sedan, 16.
(5) La campagne de 1870 par un officier d' état-major de l'aimée du Rhin, 79; De Frœschiviller a Sedan, 54; L'impéra-
42 DE CTIAt.ONS A REIMS
Ébranlé en partie par une marche désordonnée de Mulhouse sui' Belfort le 7 août (1), disloqué par un long transport en chemin de fera travers la Franche-Comté, la Bourg^og^nc, la Champagne, le 7" corps avait la plus grande peine à reprendre l'unité et Thomogénéité dont il avait joui pendant quelques jours (2). Sa V division, Conseil Dumesnil, très éprouvée à Frœschwiller, était gravement atteinte dans sa solidité et sa cohésion ; elle était arrivée au camp de Châlons » dans un état de profond dénuement (3) » . La réorganisation de ces troupes fut très incomplète ; elles ne reçurent même pas leur approvisionnement complet de cartouches. Le parc d'artillerie ne fut pas prêt en temps utile et ne rejoignit qu'à la veille de Sedan. Les seuls moyens de transport consistaient en des équipages de réquisition mal encadrés, difficiles à mener et dont la conduite pesa lourdement sur toutes les opératrice à l'empereur, D. T., sans date (Papiers et Conespondance I, 15).
(1) Prince Bibesco, Belfort, Reims, Sedan, 28 ; Histoire de tannée de Châlons par un volontaire de l'armée du Rhin, 37. — La division Dumont (3" du 7* corps) fut transportée de Lyon à Belfort les 10, 11 et 12 août. La brigade de cavalerie Jolif- Ducoulombier resta à Lyon pour le maintien de l'ordre.
(2) Prince Bibesco, loc. cit., 48. — L'embarquement du 7" corps avait commencé à Belfort le 17 août. La 3® division débarquait à Reims dans la nuit du 20 au 21 août, dans la journée du 21 et la nuit suivante.
(3) Notes sur les opérations de la 1" division d'infanterie du 7* corps, par le capitaine d'état-major Mulotte.
LE ir CORPS 43
lions (1). Divers détachements étaient venus des dépôts renforcer les régiments; mais la plupart n'étaient « ni agfuerris, ni instruits; beaucoup d'entre eux ne connaissaient même pas le maniement du chassepot (2) » .
Le 12^ corps, nouvellement formé, comprenait deux excellentes divisions : la division Grandchamp, primitivement envoyée en observation sur la frontière des Pyrénées (3); la division Vassoig^ne, forte de douze bataillons empruntés aux quatre rég^iments d'infanterie de marine, troupes excellentes, éprouvées, mais peu habituées aux long^ues marches (4).
La troisième division offrait beaucoup moins de solidité que les deux autres : elle était formée de bataillons de marche commandés par des capitaines trop âg^és ou impotents, encadrés par des sous-officiers inaptes pour la plupart à faire campag^ne, et composés en majorité de jeunes recrues du conting^ent de 1869 qu'on venait d'appeler sous les drapeaux ou d'anciens soldats qui n'avaient jamais été exercés au maniement du nouveau fusil (5). Leur équipement était, pour
(1) La campagne de 1870 par un officier d'état-major de l'année du Rhin, 79.
(2) Notes du capitaine Mulotte; Historiques des 3% 21% 47% 83* de ligne.
(3) Général Lebru:*, loc. cit., 9.
(4) Jbicl., 31; Enquête..., De'position du maréchal de Mac- Mahon, I, 33.
(5) Journal de la marche de la brigade Marquisan; Général
44 DE GHALONS A KEIMS
nombre d'entre eux, en mauvais état ou insuffisant (1). Les officiers » se montraient consternés d'avoir à commander de pareils soldats (2) » , et le général Blanchard, placé d'abord à la tête de cette division, exprima le même sentiment. Dans la soirée du 18 août, il adressa au g^énéral Lebrun une lettre où il manifestait le désir d'être appelé à un autre commandement, » ne demandant pas mieux, disait-il, de se faire tuer pour la défense du pays, pourvu que ce fût honorablement, et non point en conduisant à l'ennemi une troupe entièrement composée de recrues et n'ayant du soldat rien autre chose que le nom (3) » . Il fut remplacé par le général Lacretelle.
Les chefs de l'armée de Ghâlons étaient doués, pour la plupart, de brillantes qualités. Mais une fausse éducation militaire, un système centralisateur à l'excès, l'absence d'une solide doctrine de guerre, une totale inexpérience dans la conduite de masses importantes constituaient autant de causes de faiblesse. Il serait impossible et injuste de juger ces hommes sans tenir compte du milieu dont ils étaient nécessairement l'émanation. Les critiques dont leurs opérations pourront
Lebrun, loc. cit., 9; Commandant Vidal, Campagne de Sedan, 21-23, 28; Prince de la Moskowa, Quelques notes intimes sur la guerre de 1870 (Correspondant du 10 décembre 1898).
(1) Historiques des 2* et 3^ régiments de marche.
(2) Général Lebbun, loc. cit., 8, 11.
{3)Ibid., 11.