LES CHEFS DE L ARMEE
être l'objet ne s'adresseront donc jamais à leur personne, mais uniquement aux méthodes de guerre surannées en usagée dans l'armée française de 1870.
Le maréchal de Mac-Mahon était-il le commandant en chef que réclamaient les circonstances? Doué d'un tempérament impétueux, d'un « corps de fer» , d'une inlassable activité, remarquable divisionnaire à Malakoff, il s'était illustré à Magenta et avait donné à Frœschwiller l'exemple d'une rare énergie; mais sa foi dans le succès final y avait été fortement atteinte et elle disparaîtra entièrement du jour où il aura la faiblesse de céder aux injonctions inadmissibles du ministre. Il n'avait jamais dirigé une armée de plus de 100 000 hommes, et son chef d'étatmajor général improvisé, le général Faure, n'avait ni l'autorité, ni l'expérience, ni les facultés nécessaires pour le bien seconder dans sa tâche (1). Le maréchal regretta plus tard de n'avoir pas fait choix du général Lebrun pour remplir ces fonctions délicates (2).
Le général Ducrot, qui avait succédé au maréchal à la tète du I" corps, était brave, instruit,
(1) Emile Ollivier, l'Empire libéral, XV, 167; A. G., loc. cit., 19. — « Le maréchal de Mac-Mahon, très beau sur un champ de bataille, ne me semblait pas une tête assez forte pour un pareil commandement » (Prince de la Moskovva, Correspondant du 10 décembre 1908).
(2) Maréchal de Mac-Maho^, Souvenirs inédits.
énergique, clairvoyant, très expérimenté dans la conduite des troupes, toujours prêt à engager sa responsabilité et capable de montrer dans les circonstances critiques autant de compétence que de résolution. D'un caractère fortement trempé, d'un esprit prompt et fertile en ressources, fougueux jusqu'à la violence, « d'une personnalité absorbante (1)», il était de ceux, trop rares à l'armée, qui ne désespéraient jamais.
Le général de Failly, commandant le 5® corps, devait surtout cette haute situation à ses anciennes fonctions d'aide de camp de l'empereur et à son succès de Mentana. On lui attribuait généralement la responsabilité de la défaite de Frœschw^iller ; il était incontestable qu'il avait témoigné d'une coupable inertie en présence des ordres formels du maréchal de Mac-Mahon. Ses troupes ne se méprenant pas sur sa valeur militaire, souffraient d'obéir à un tel chef. Son remplacement par le général de Wimpffen était d'ailleurs décidé (2).
Le général Douay, commandant le 7' corps, qui s'était distingué au Mexique, était consciencieux, expérimenté, d'une bravoure à toute épreuve et " très capable d'exécuter convenablement des ordres bien donnés " .
Le général Lebrun, qui avait succédé àTrochu
(i) Emile Ollivieb, loc. cit., 136-137.
(2) A. G., loc. cit., 18; Général de Wimpffeît, Sedan, 117.