‹ 1870 - SedanChapitre 50 sur 177 · MAC-MAHON PRESSENT LE DANGER · texte numérisé non relu

MAC-MAHON PRESSENT LE DANGER

et le prince royal ayant dépassé Saint-Dizier, je ne crois pas pouvoir me porter beaucoup plus loin vers l'est sans avoir de vos nouvelles et connaître vos projets, car si l'armée du prince royal marche sur Rethel, je serai obligée de me retirer (1) . »

Cette dépêche dénote chez le commandant de l'armée de Ghàlons un sentiment très juste de la situation. Il sait en effet, par un rapport du capitaine Vosseur envoyé en mission à Montmédy, qu'une colonne allemande forte de 25 000 hommes venant de l'est, a passé le 24 au sud de Damvil- 1ers, se dirig^eant sur Gonsenvoye. Des masses beaucoup plus importantes, 60 000 hommes, affirme-t-on, ont franchi la Meuse au sud, à Charny, dans la journée du 25 (2). D'autres colonnes ont été sig^nalées à Saint-Mihiel et Gommercy. Enfin, Verdun a été attaqué le 24 par un corps ennemi de 8 000 à 10 000 hommes (3). Toutes ces troupes appartiennent à l'armée du prince de Saxe; elles pouvaient sans doute retarder, mais non arrêter la marche du maréchal de Mac-Mahon, s'il continuait son mouvement vers Montmédy; leur infériorité numérique les eût contraintes à rétrograder.

(i) Maréchal de Mag-Mauo>', Souvenirs inédits. — Ce télégramme ne semble pas être arrivé à destination.

(2) Le capitaine Vosseur au maréchal de Mac-Mahon, D. T. Ch., Montmédy, 25 août, 7 h. 15 soir.

(3) Le 80U8-préfet de Verdun au ministre de l'Intérieur, D. T., Verdun, 25 août, 1 h. 35 soir.

Le véritable péril était ailleurs : le maréchal Tavait compris. Il y avait tout lieu d'admettre en effet que les reconnaissances de cavalerie allemande, signalées le 26 vers Grand-Pré, allaient rendre compte de la présence sur ce point de forces françaises de toutes armes. D'autres patrouilles ennemies avaient été vues vers Monthois dans l'après-midi du même jour. Peut-être avaient-elles poussé jusqu'à Vouziers et aperçu les camps du 7° corps (1). Ces renseignements de première importance ne pouvaient manquer d'être transmis sans retard au prince royal qui, au lieu de continuer sa marche sur Paris, se dirigerait probablement vers le nord, et attaquerait en flanc et à revers l'armée de Ghâlons, si elle poursuivait son mouvement vers Montmédy.

Tout commandait donc la prudence. Si le maréchal Bazaine était encore à Metz, il ne paraissait pas possible, sans s'exposer aux plus graves dangers, de chercher à le débloquer. S'il avait effectué une sortie vers Test ou vers le sud de la place, il était absolument inutile d'aller au delà de la Meuse. Si enfin il était en marche vers Montmédy, on ne pouvait tarder à avoir de ses nouvelles. A la vérité, cette dernière hypothèse était la plus improbable, car on se trouvait

(1) C'est en effet ce qui arriva {Historique du grand Étatmajor prussien, VII, 937; Erlebnisse des 1. hannovei'schen Ulanen-Regiments, Nr. 13, 29-30).

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