‹ 1870 - SedanChapitre 82 sur 177 · LE DETOUR PAR MOUZON · texte numérisé non relu

LE DETOUR PAR MOUZON

amené à livrer une vraie bataille; mais quelle qu'en fût l'issue, on aurait été prévenu qu'on était en présence de forces sérieuses, et qu'il était trop tard pour marcher sur Metz (1). » Tout semble donc indiquer la nécessité de se porter droit sur Stenay.

Le maréchal n'en juge pas ainsi : dépourvu d'équipag^e de ponts, il renonce à passer la Meuse en ce point et prend le parti de la franchir à Mouzon et à Remilly, afin de g^ag^ner Montmédy par Carig^nan. Le détour est sensible, l'ennemi dispose de l'itinéraire le plus court pour nous devancer à Montmédy et nous barrer la route; enfin les dangers du mouvement vont croître de jour en jour avec la plus grande proximité de la frontière belge. La détermination prise par le maréchal dans la soirée du 28 semble donc regrettable. Suivant une juste observation, tout devait le déterminer « à pousser le 29 vers le sud et à s'emparer de Stenay, de façon à reconnaître ce qui se passait au sud et à conserver la route de Stenay. . . L'armée allemande avait tout intérêt à éviter une affaire le 29; l'armée française, au contraire, aurait dû en chercher une ce jour-là : c'était le seul moyen pour elle de pouvoir continuer son mouvement vers l'est (2) » .

En comparant les emplacements de l'armée de

(1) A. G., loc. cit., 64.

(2) Prince de Hohenlohe, loc. cit., II, 222.

Ghâlons le 28 à ceux de Tavant-veille, on observera qu'elle a en, trois jours, g^ag^né bien peu de terrain dans la direction de Montmédy. Deux corps d'armée, les l" et 7% ont, pour ainsi dire, piétiné sur place; le 12% qui a progressé à peu près régulièrement, n'a parcouru que 45 kilomètres de Rethel à la Besace. Cette lenteur est due sans doute à la circonspection, aux hésitations, aux contre-ordres du commandant en chef, mais aussi à l'excessive concentration et aux déplorables errements de l'époque en matière de préparation des marches et de stationnement.

Ainsi a disparu un des facteurs principaux, suivant Palikao, du succès de l'opération : la rapidité du mouvement. Le ministre, qui connaît la situation de l'armée le 27, n'a pas cru pourtant devoir renoncer à son plan. Bien plus, il a sommé le maréchal de Mac-Mahon de reprendre la direction de Metz, et, malheureusement pour la France, il a été obéi.

a Le moment décisif de la campagne a été au Ghesne-Populeux » , a dit le maréchal après la guerre (1). Faut-il entendre par là que l'armée était perdue dès le 28 août? On verra au contraire qu'elle pouvait encore, le 30 au soir et peut-être le 31, se dérobera l'étreinte de l'adversaire. Le maréchal a voulu dire sans doute qu'à

(1) Instruction du procès Bazaine, Déposition du maréchal de Mae-Mahon.

Page 1