ÉTAT MORAL DE L'ARMÉE
incertitudes et tout le temps perdu (1). » Les àcoups incessants, les contre-ordres répétés, l'irrégularité dans les distributions, la marche en avant qui ressemble à une fuite enlèvent peu à peu aux soldats la confiance en des chefs dont l'irrésolution et l'insuffisance technique se manifestent de plus en plus. L'indiscipline, la désorganisation et la dépression morale s'accentuent en proportion (2). « De là aux propos injurieux contre les chefs, il n'y a qu'un pas, et ce jour est proche où quelques malheureux, qui n'ont pas brûlé une cartouche ou qui ont jeté leur fusil, crieront à la trahison! (3) »
Si les nouvelles de Bazaine font complètement défaut, par contre les informations sur les Allemands abondent et se précisent : on signale leur marche de Ghâlons sur Suippe, sur Vouziers, sur Sainte-Menehould, et de Grand-Pré et Monthois sur Vouziers. On confirme le mouvement de la IIP armée. Le quartier général du prince royal serait à Souain (4). Ces renseignements enlèvent
(1) Prince Bibesco, loc. cit., 80.
(2) Journal de marche de la division L'Hériller; Journal du colonel d'Andigné; de Nabcy, loc. cit., 177.
(3) Prince Bibesco, loc. cit., 75.
(4) Le général d'Exéa au maréchal de Mac-Mahon, D. T., Reims, 28 août; le ministre de la Guerre au maréchal de Mac-
à Mac-Mahon l'espoir de conserver ses communications avec Reims et même Kethel. Afin de lui ménager une issue vers les places du nord et un point d'appui sérieux, le ministre de la Guerre demande à Mac-Mahon si la présence de 20 000 à 25 000 hommes à Mézières peut assurer ses derrières. Le maréchal accepte ce secours et exprime le désir que ces troupes soient commandées par un chef énergique et entreprenant, le général de Wimpffen (i) .
Dans la soirée du 28 août, le maréchal de Mac-Mahon reçoit à Stonne une autre nouvelle des plus graves : Stenay est occupé, dit-on, par une division allemande, et le pont de cette ville prêt à être détruit, s'il ne l'est déjà (2). Ainsi la route directe de Buzancy à Montmédy est interceptée par l'ennemi . Mais quelles sont exactement les forces adverses qui s'opposent à la marche de l'armée de Ghâlons? Est-ce un simple détachement? Est-ce, au contraire, toute l'armée de la Meuse? « Dans le premier cas, on enlèverait facilement le passage. . . et l'on pourrait peut-être continuer sur Metz; dans le second, on pouvait être
Mahon, D. T., 28 août (renseignements fournis par le procureur impérial de Reims et le procureur impérial de Charleville).
(1) Le ministre de la Guerre au maréchal de Mac-Mahon, D. T., 28 août, 8 h. 35 matin; le maréchal de Mac-Mahon au ministre de la Guerre, D. T. Ch., Stonne, 7 h. 50 soir.
(2) C'est une brigade mixte du XIP corps, qui a été poussée le 27 de Dun sur Stenay.