INSTRUCTIONS POUR LE
sur Vouziers et à l'ouest de cette ville (1). Déjà ces instructions ont été expédiées, quand, vers 9 heures du soir, arrivent des nouvelles plus précises : « L'apparition des troupes françaises à Harricourt et les vastes campements sig^nalés le long de la route de Vouziers à Buzancy ne laissent plus aucun doute (2) » ; il est certain désormais que l'armée française ne s'est point repliée vers le nord, mais qu'elle poursuit sa marche vers la Meuse afin de tenter de débloquer Metz. Avant tout, estime Moltke, il ne faut pas provoquer son offensive tant que l'on n'aura pas concentré des forces suffisantes. Aussi le prince de Saxe est-il autorisé à réunir d'abord, le 29, de g^rand matin, les trois corps dont il dispose dans une position défensive, à peu près sur la lig^ne Landres, Aincreville. Les deux corps bavarois rompront de bonne heure et se dirig^eront respectivement sur Sommerance et sur Saint-Juvin. Le V* corps se portera sur Grand-Pré ; le reste de la IIP armée sera dirigé de façon à pouvoir, en cas de besoin, participer le 30 à la lutte décisive. Prudemment Moltke spécifie : » L'offensive ultérieure contre la route Vouziers, Buzancy, Stenay demeure réservée » ; puis, de sa main, il ajoute
(1) Correspondance militaire du maréchal de Moltke^ I, n^SSO. — Le prince de Saxe est prévenu que les deux corps d'année détachés des troupes d'investissement de Metz sont remis à la disposition de Frédéric-Charles.
(2) Historique du grand État-major prussien, VII, 964.
sur l'ordre envoyé à l'armée de la Meuse : « Les prescriptions ci-dessus n'interdisent pas de se porter immédiatement en avant pour occuper la route de Buzancy si Ton n'y trouve que de faibles troupes adverses (1) » .
Des instructions de Moltke, il ressort que le 29 août sera le dernier jour nettement favorable à une offensive de l'armée française : passé ce délai, les Allemands seront en mesure de combattre d'abord avec certaines chances de succès, puis avec de réels avantagées (2) . Malheureusement, l'occasion fugitive échappera au maréchal de Mac-Mahon, qui désormais semble ne poursuivre que ce but chimérique : atteindre Metz en évitant toute rencontre.
(1) Correspondance militaire du maréchal de Moltke, I, n" 231.
(2) Le prince de Hohenlohe reconnaît que Mac-Mahon aurait eu l'occasion le 29 août, « de remporter un succès partiel sur la Garde et le XIP corps .. (loc. cit., II, 351).
GHAP1TRE|VII
l'armée de chalons le 29 août
Nouvelles de Bazaine. — Mac-Mahon décide de marcher vers Thionville par la rive droite de la Cliiers. — Mouvements des divisions de cavalerie de réserve et des 12^ et l*"" corps. — Marche du 7^ corps harcelé par les patrouilles de cavalerie allemande. — Le général Douay ne dépasse pas Oches. — Le général de Failly se heurte à lavant-garde du XIP corps saxon. — Dispositions du prince de Saxe qui ont produit cette rencontre. — Déplacement de la division Lespart.
Pour la première fois, depuis son départ de Reims, Mac-Mahon aurait reçu à Raucourt, dans l'après-midi du 29, des nouvelles de Bazaine. Un industriel de Mouzon, M. Hulme, a déclaré lui avoir remis la dépèche suivante transmise le 27 par le colonel Turnier, commandant supérieur de Thionville : « Nos communications sont coupées, mais faiblement; nous pourrons percer quand nous voudrons, et nous vous attendons (1). »
(1) Un message avait été confié en effet par le colonel Turnier à M. Lallement, procureur impérial de Sarreguemines, de passage à Thionville. Lallement le remit au général de Beurmann, commandant supérieur de Sedan, qui chargea M. Hulme de le porter à Mac-Mahon. Au procès Bazaine, celui-ci ne se rappela pas avoir reçu la dépèche ci-dessus (Procès Bazaine, Déposition»
Après s'être longuement entretenu de la situation avec Ducrot, Mac-Mahon décide qu'afin de donner la main à Bazaine, l'armée marchera, à partir du 30, vers Thionville par la rive droite de la Ghiers, interposant ainsi la rivière entre elle et l'ennemi (1). Par contre, de plus en plus, on se rapproche de la frontière belge, et le péril s'accroît en proportion. Le maréchal demande à Palikao de pousser sur Montmédy les approvisionnements, vivres et munitions réunis à Mézières, ainsi que les 20 000 hommes qui devaient se concentrer dans cette dernière place. Il cherche à alléger les colonnes; les voitures de réquisition seront vidées et dirigées sur Mézières, ainsi que les hommes et chevaux indisponibles; les bagages seront réduits au strict nécessaire (2) .
Par une singulière coïncidence, Bazaine a reçu le même jour l'avis du mouvement de l'armée de Ghâlons vers Metz. Un courageux citoyen, M. Lagosse, maire de Montgon, a été chargé le 25 par Ducrot de porter d'Attigny à Thionville un message destiné à Bazaine et ainsi conçu :
de M. Hulme, 418, de M. Brun, 419, de M. Rouy, 420; Maréchal DE Mac-Maho^!, Souvenirs inédits). Il semble bien que le maréchal ait manqué de mémoire si toutefois la dépêche ci-dessus a existé, car, au procès, le sens seul a pu être reproduit par Hulme.
(1) Papiers du général Broyé.
(2) Le maréchal de Mac-Mahon au ministre de la Guerre, D. T. Gh., 29 août, 2 h. 15 soir; au général Forgeot, Stonne, 29 août.
LE ir CORPS A MOUZON 183
« Le maréchal de Mac-Mahon arrive, le général Ducrot le remplace dans le commandement de son corps d'armée. L'armée française sera, le 27 au soir, à Stenay. Tenez-vous prêt à marcher au premier coup de canon. » Le colonel Turnier a envoyé cette dépêche à Metz par trois émissaires absolument sûrs. Deux d'entre eux, Flahaut et Marchai, ont pu arriver au quartier général de Bazaine dans l'après-midi du 29 août (1) . Malheureusement, le commandant en chef de l'armée du Rhin ne tentera, le 31 août, qu'une faible démonstration qui ne diminuera en rien le péril extrême auquel s'expose son collègue pour venir le dégager (2) .
Sur ces entrefaites, la colonne de gauche de l'armée française exécute, sans difficulté, les mouvements qui lui ont été prescrits. Partie de la Berlière au point du jour, la division Margueritte franchit la Meuse à Mouzon et campe à Vaux. Elle est suivie du 12^ corps qui s'établit à l'est et au sud-est de Mouzon, et prend ses dispositions en vue d'une défende énergique. De Tannay, la division Bonnemains se porte à Raucourt, où elle précède le 1" corps (3). Celui-ci n'a pu
(1) Procès Bazaine, Rapport du général de Rivières, 94; Ibicl., Dépositions de M. I^agosse, 334; de M. Flahaut, 331 ; de M. Marchai, 327; du colonel Turnier, 345.
(2) Pi'ocès Bazaine, Rapport, 28.
(3) Journal de marche de l'état-major général ; Général Lebrun, loc. cit., 53.
i84 LA ROUTE DE SEDAN
rompre du Ghesne « qu'à une heure assez avancée de la matinée » , en raison d'encombrements dans les rues du bourgs; il se dirigée sur Raucourt par Stonne et la Besace, couvert par la division Lartigue qui reste en position à l'ouest du Ghesne jusque vers 4 heures de l'après-midi et n'arrive à destination qu'après minuit. Vers 2 heures, une panique s'est produite dans la partie du convoi demeurée au Ghesne : nombre de conducteurs affolés s'enfuient à fond de train avec leurs attelages et beaucoup de voitures sont ainsi abandonnées (1).
La colonne de droite, au contraire, n'atteint pas les objectifs qui lui ont été assignés. Le 7^ corps a constitué deux groupes pour se rendre à la Besace. La division Gonseil Dumesnil suit l'itinéraire Belleville, Ghâtillon, Brieulles, Verrières, Oches, escortant un convoi de 2 000 voitures : le mauvais état des chemins et une alerte survenue à Ghâtillon rendent l'exécution du mouvement « lente et pénible (2) » ; l'arrière-garde ne forme son bivouac à Oches qu'à 10 heures du soir. Le reste du 7^ corps passe par Germont, Authe, Saint-Pierremont, Oches. A la suite d'escarmouches de cavalerie vers la Groix-aux-Bois et Briquenay, et sur des renseignements fournis
(1) Journal inédit du colonel d'Andigné; Souvenirs inédits du capitaine Peloux ; Journal de marche du 1" corps.
(2) Notes sur les opérations de la division Gonseil Dumesnil.