PENIBLE MARCHE DU T CORPS
par des gardes forestiers signalant la proximité de l'ennemi à Buzancy et dans la forêt de Dieulet, on redouble de précautions et Ton organise minutieusement Tarrière-garde (1) .
Toute la journée, les éclaireurs de la cavalerie allemande suivent de très près et inquiètent la colonne dans sa marche : de temps en temps, quelques coups de feu, tirés par des soldats exaspérés, les éloignent; mais ils reviennent aussitôt (2). « Pendant que nos troupes défilent, dit un témoin, les vedettes prussiennes postées sur les hauteurs observent de loin notre marche. Point d'attaques d'ailleurs; mais on ne saurait se méprendre sur la cause de cette apparente réserve : si l'ennemi ne nous aborde pas, c'est qu'il ne peut encore disposer que de cavalerie. Mais avec quelle habileté il s'en sert pour nous envelopper à distance, comme dans un réseau qui devient à chaque instant plus étroit, et lui permet de ne pas perdre de vue nos mouvements, d'agir sur le moral de notre soldat, et d'entraver notre marche par des démonstrations faites à propos (3) ! » On ne saurait mieux caractériser les conséquences de la funeste inaction de notre cavalerie, d'une
(1) Prince Bibesco, loc. cit., 82.
(2) Journal de marche de la 2* brigade de la 2® division. — Le prince de Hohenlohe les compare « à ces tourbillons de mouches qui viennent vous assaillir les soirs d'été » (loc. cit. y II, 114). —Cf. deNarcy, loc. cit., 183-184.
(3) Prince Bibesco, loc. cit., 82-83.
incontestable bravoure sans doute, mais inapte aux services de reconnaissance et de sûreté.
Vers 11 heures du matin, on croit apercevoir, des hauteurs au sud de Germont, « des masses ennemies » dans la direction de Buzancy : toutes les troupes prennent des positions de combat, et la marche n'est reprise qu'après deux heures de vaine attente (l). Au delà de Saint-Pierremont, le chemin devient plus accidenté et plus resserré; il est d'ailleurs détrempé. Aussi la colonne s'allong^e-t-elle, tandis que le mouvement se ralentit; les premiers éléments n'atteignent Oches que vers 5 heures. Hommes et attelages paraissant exténués (2), le général Douay juge impossible de pousser jusqu'à la Besace et se décide à camper à Oches ; il espère qu'en partant le lendemain de très bonne heure, il pourra regagner le temps perdu. « Faute grave » , a-t-on dit avec raison, et dont les conséquences ne tarderont pas à se faire sentir (3) . « Voilà, dit un éminent critique, comment l'armée française était conduite, et c'est ainsi que le danger au-devant duquel nous marchions allait se trouver aggravé par une exécution aussi défectueuse que la conception était fausse... Le 7® corps... qui, mieux dirigé, aurait
(1) Journal de marche de la 2^ brigade de la 2* division.
(2) Notes sur les opérations de la division Conseil Dumesnil ; Prince Bibesco^ loc. cit., 84.
(3) La Campagne de 1870, par un officier d'état-major de l'armée du Rhin, 93.