D'abord, dans la technique des langues grecque ét latine
.Le maître : ‘a devant lui un enfant, assez bien doué, c rest
une condition préalable et nécessaire, Il a pour tâche d’en
CORTE EEE
‘ \ er . h
faire -non pas un savant—cela est fonction de l’Université mais "u-homme intelligent. Pour atteindre ce but, il devra lui apprendre à raisonner, à juger, à penser. Pour cela, d’abord forger l’instrument de la pensée: le langage. C’est par le langage que l’âme humaine trouve sa plus fidèle expression, le miroir le moins infidèle de ses sentiments. Plus la langue est parfaite, plus l'intelligence elle-même est arrivée au degré de clarté, de maturité, de puissance qui caractérise les sociétés les plus évoluées.
C'est pour cela que, dans tout système d'éducation, ‘on commerce par l'étude de la langue. Apprendre à lire c est la clef de la vie intellectuelle.
Mäis pourquoi donner la préférence aux langues antiennes?
À cause de la grande doi de l'effort, loi méconnue ou insuffisamment observée par l'unique culture de la langue maternelle. C'est par l'effort que les facultés intellectuelles, comme la force physique, se développent.
Le grand avantage des langues anciennes sur les modernes est l’intense travail de réflexion sur la pensée elle-même qu’elles exigent. Pour arriver à saisir toute la pensée de son auteur, l'élève doit engager avec lui une véritable lutte. C’est ce qu’on veut dire par gymnastique intellectuelle. Le mot est bien choisi car l’exercice intellectuel est aussi nécessaire et aussi efficace au développement de l'esprit que la gymnastique est nécessaire et efficace au développement corporel.
Pour établir complètement la valeur technique des classiques en pédagogie, il faudrait montrer l'excellence intrinsèque de ces langues comme moyen d'expression. On conçoit qu’une pareille démonstration serait hors de proportion à ces pages. Notons seulement cette constatation: tous les homïries cultivés s’accordent à considérer le latin et le grec comme des langues parfaites.
2. -La culture classique nous ‘transmet l'héritage de la pensée antique. L’humanité en marche depuis tant de millé-
- naires a conquis dans sa vie des trésors de pensée, d’expérien-
ce, de beauté, dont le monde moderne vit encore en grande partie. Laisser perdre ces trésors serait nous appauvrir.,
Or, c’est surtout par le moyen de ces. deux langues—
grecque et latine—que l'héritage de lantiquité nous.est par- ‘| * venu. Notre civilisation, à nous, fils d’Européens, descend en
droite ligne de la civilisation‘ gréco-latine; à condition d’ajouter, cependant, qu’au commencement de notre ère, le christianisme vint lé revivifier par un ferment nouveau de spiritualisme.. .. .
save
76 h LES DATES MÉMORABLES DU COLLÈGE DE SAINT-BONIFACE -
Rompre avec l'Antiquité par la perte des langues latine et grecque serait priver lés générations nouvelles des richesses de vie de leurs ancêtres, comme on prive un arbre de sa - sève en le déracinant. Ce seraït rejeter dans l'oubli des trésors
de science, d'esthétique; de philosophie, d'expérience humaine.
Pour être complet il faudrait démontrer que les études classiques sont une source féconde de beauté, de moralité, d'idéalisme. Le cadre tout schématique de ce modeste article, ne le permet pas. Mais tous ceux qui ont véritablement vécu
leur cours classique savent qu'il est essentiellement une ins-. piration vers l'idéal. d =.
La passion de l'idéal! N'est-ce. pas là, en définitive, le fruit propre de l’humanisme? Tandis que l'utilitarisme fausse le sens de l’éducation en la dirigeant vers la conquête et la jouissance de la matière,-l’'humanisme oriente dès le bas âge l'âme de l'enfant vers les valeurs spirituelles, vers le beau, le grand, l'héroïsme, l'idéal. Quiconque a vibré durant des
années aux accents de. l'harmonie, qui a tressailli d'admiration désintéressé à la contemplation de la beauté, qui à travaillé, peiné et lutté durant son enfance pour reproduire la splendeur du vrai, celui-là pourra défaillir parfois, mais il gardera de son éducation. prémière un dégoût instinctif de la vulgarité, un souci d’é élégance: morale; un élan vers la grandeur, un désir généteux de s'élever, de se faire une vie noble et féconde, de devenir une valeur, un bienfaiteur de ses con-' citoyens et de l'humanité: tela par humanisme!
x Us * a
J'ai dit plus haut que la carrière même utilitaire de l'élève qui a fait son cours Classique n’en devient que plus brillante. -
Cette constatation m ‘amène à conclure en signalant un service plus grand encore rendu à l'humanité par l’humanisme classiqué, un “Utilitarisme” Supérieur aussimple succès de
carrière des étudiants, supérieur parce due plus général et plus élevé. .k om
C’est la formation des élit , ‘desquels surtout dépend le progrès de la civilisation intégrale, celle de l'esprit avant celle .du corps, et d’où résulte, en’ définitive, la perfection et le bonheur de la société.
* M. Anatole Leroy-Beaulieu, le grand économiste, disait
“qu’ après avoir pratiqué beaucoup de peuples étrangers, une même chose Ya frappé chez tous, c’est la supériorité générale
Cas
et l'étendue d'esprit des hommes qui ont fait leurs études.
classiques, comparés à ceux qui ne les ont pas faites. Cette,
culture générale, à peu près de même nature chez tous les: peuples, est donc la marque distinctive à laquelle on recônnaît l’élite des différentes nations.” (Enquête, Cf. Etudes, t. 88)
Elite les grands hommes d'Etat qui tiennent en mains les destinées de leur pays-et qui ne sont dignes de leurs hautes fonctions que lorsqu'ils les exercent seulement dans l'intérêt des peuples et du monde; élite ces savants qui, par des études ‘austères et des recherches passionnées, font progresser la
science de la nature; élite ces philosophes, ces économistes, .
ces juristes, ces médecins, ces travailleurs intellectuels qui explorent toutes les avenues de l'intelligence; élite ces poètes, ces écrivains, ces artistes qui embellissent la vie humaine par
le rayonnement.de l’art et les vibrations de la pensée; élite
ces humbles et dignes travailleurs dévoués à leur tâche obscure, semblables à la sève de la terre qui fait germer silencieusement-la. vie nourricière des hommes; élite les héros qui se sacrifient pour la patrie, pour la famille, ou pour les autres hommes, leurs frères; élite les saints qui, purifiant et élevant leurs âmés à ün idéal de vie supérieure, avec eux élèvent le monde! S 7 =
Cette élite est mille fois plus nécessaire au’ progrès .et au bonheur de la multitude que le. commerce, l’industrie, la finance, les éléttions, l'alimentation, la construction, l’électri-
cité, l'automobile, la radio, le machinisme,.et même les armements militaires. Car cette élite c'est l’âme humaine en mar-
che vers l’idé4l de sa perfection.
TT É’humanisme classique, dans l’enseignement secondaire, ne produit pas l'élite, mais prépare l'élite. C’est là son rôle: un ferment de vie intelectuelle, morale et spirituelle.
Ceux qui ont visité la côte du Pacifique ont pu admirer les pentes boisées des Rocheuses, leurs lacs encaissés dans les -rochers comme des perles dans leur écrin, leurs rivières écumeuses précipitant leurs flots pres$és d’abreuver les plaines verdoyantes. Ils s'arrêtent surtout à contempler les sommets : étincelants, les glaciers éternels. -.
Mais Songent-ils assez que ces splendeurs ne sont pas stériles? Ces sublimes hauteurs, ces pics glacés, ces neiges éblouissantes, ces torrents impétueux, c’est de la beauté qui se-résout eh fécondité: fécondité des jardins et des: champs, force motrice pour l’industrie, richesse, chaleur, lumière, vie!
L’'Humanisme, pourvu qu’il ne fasse pas abstraction du divin, joue le même rôle dans la course de l'humanité. Il n'en est pas seulement objet de contemplation esthétique et stérile.
S ee
Ld
Ef Æ Te
Il est, lui aussi, pour l'homme, richesse, chaleur, lumière, vie! Réservoir de vie! .
Il nous appartient donc, à nous professeurs et élèves, de. ne pas laisser s éteindre ce feu sacré, de sans cesse alimenter. cette flamme de l' humanismé classique pour que de nôus aussi l’on puisse répéter ce beau vers de Lucrèce que l'Association des Anciens.Elèves du Collège de St-Boniface a pris pour devise: Le
Et quasi cursores! vitae lampada tradunt/!