‹ 1914-1915Chapitre 2 sur 30 · DES JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

DES JEUNES FILLES

Les historiens nous content que les femmes gauloises suivaient les guerriers au combat, exaltant le courage des braves et flagellant les timides. Quelques mois de lutte ont fait renaître chez les femmes de France la mentalité héroïque de leurs aïeules. Voici quelques « mots de guerre » jaillis de lèvres de jeunes filles, et que j'ai pieusement notés.

Lineke (diminutif affectueux d'Aline) est toute blonde et toute rose. Elle a grandi dans la Flandre catholique. Sa petite âme simplette

et pure réprouvait naturellement la violence. Elle ne concevait que pardon, excuse, miséricorde, même pour les pires coupables.

Je la rencontre. Est-ce pour la taquiner f Peut-être; mais je lui dis :

— Vous avez lu... : à tel endroit..., cette hécatombe d'Allemands I

Ses paupières palpitent. Elle pâlit un peu en murmurant :

— Et des nôtres?

— Oli! beaucoup moins. La proportion de un à cinq.

Son visage s'éclaire. Elle joint les mains, et fervente :

— Que Dieu soit béni!

Me voici sur le quai de la gare d'évacuation d'A... Un triiin de blessés vient de passer; un autre est signalé. Durant l'attente, j'écoute deux jeunes filles affiliées à une société de secours, attachées à cette dure besogne que l'on dénomme : « service des trains » .

Je les ai remarquées un instant plus tôt,

Page 1