‹ 1914-1915Chapitre 3 sur 30 · MOTS DE GUERRE DES JEUNES FILLES O · texte numérisé non relu

MOTS DE GUERRE DES JEUNES FILLES O

distribuant vivres, cigarettes, chocolat, sucre, etc., aux dolents voyageurs des trains sanitaires, avec le tact de braves fillettes de France : le nécessaire aux blessés allemands; les gâteries aux nôtres. Maintenant elles causent :

— Oh! cette M""^ Z... Quelle ridicule coquetterie! Etre infirmière de la Croix-Rouge et porter aux oreilles des diamants comme des bouchons de carafe!

— Naïve, va! C'est pour dissimuler les oreilles du roi Midas.

— Elle les a si longues que ça? Je n'ai pas remarqué.

— Personne ne remarque. On ne voit que les diamants.

Le convoi annoncé entre en gare. Les gentilles « servantes des trains » courent à leur devoir. Soudain, un cri. L'une a reconnu son fiancé, la tête enveloppée de linges. L'éclat d'un shrapnell lui a labouré la joue, traversé la mâchoire.

Le train repart. L'amie enlace sa compagne qui regarde dans le vague, droit devant elle. Consolatrice, elle prononce doucement :

— Soi* courageuse, ma pauvre chérie. Peutêtre, il ne sera pas défiguré.

La fiancée secoue les épaules, et redressée en une fierté soudaine ;

— Défiguré! Il aura la médaille victorieuse de 1914-1915; on ne verra qu'elle. Cela vaut bien un diamant.

Sur mon bureau, je trouve la lettre d'une autre fiancée. Comment y est-elle venue? Ceci importe peu; on sait ma dévotion à M*"* de Sévigné et au genre épistolaire, voilà tout.

Le futur de la signataire s'est « embusqué » comme conducteur de son auto 24 H. P. .

Ancien élève cancre, citoyen très médiocre, il a craint sans doute d'être mauvais soldat.

Bref, il fut embusqué. En brillant uniforme, on le vit continuellement rouler en quatrième vitesse. Toute affaire cessante, il volait sans trêve... nulle part.

Or, rey^anche d'une immanente justice, cette course effrénée vers des buts inutiles a failli le mener à la mort.

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