‹ 1914-1915Chapitre 4 sur 30 · MOTS DE GUERBE DES JEUNES FILLES O · texte numérisé non relu

MOTS DE GUERBE DES JEUNES FILLES O

L'auto a fait panache (ironie cruelle pour un garçon qui en a si peu). Résultat : bassin fracturé, une jambe brisée.

Un coup moral devait s'ajouter à ce dégât matériel. Celle dont l'éclopé briguait la main lui adressa le joli billet dont je transcris cet extrait :

« Monsieur Albert,

« Je fais, croyez-le, des vœux sincères pour votre prompt rétablissement; mais je ne puis me tenir de vous féliciter. Une blessure de temps de guerre est presque une blessure de guerre, » Etc., etc.

Je crois que le mariage ne se fera pas.

Aux Champs-Elysées, près du Palais de Grlace, où elles fréquentaient peut-être autrefois, d'élégantes jeunes personnes stationnent. Que disent-elles?

— Aucune lettre de mon frère qui est làbas!

— Et nous donc. Rien de mes deux frères,

ni de mon cousin. A la maison, nous sommes folles d'inquiétude !

Une nouvelle venue se môle au groupe. Son arrivée motive cet appel de tendre et inconsciente solidarité :

— Voici Laure. Laure, remonte-nous un peu, toi qui n'as personne au feu.

L'interpellée les regarde. Elle a un sourire mélancolique, puis d'un ton très simple :

— C'était injuste, aussi j'y vais moi-même, ou du moins le plus près possible.

— Toi-même?

— Oui, mon tuteur, le major L..., m'admet

à l'hôpital temporaire de (le nom d'une

localité de l'Aisne). Je pars demain.

Et toutes, oublieuses de l'angoisse, s'embrassent avec effusion.

Rue des Martyrs à présent. Deux fillettes, arpètes en chômage forcé, ascensionnent vers Montmartre.

— Tu parles, explique l'une avec cet inimitable accent de Paris, un blessé, envoyé en

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