DES GOSSES
Comme celle de leurs mamans, de leurs grandes sœurs, la mentalité des petits est guerrière. Mars inspire leurs jeux, leurs gestes, leurs actes. Dans leur premier contact avec la vie passe un éclair belliqueux. Écoutez-les :
M"« Lili et M. Nono (dix-huit ans à eux deux) échangent ces répliques au square de la Trinité :
— Dis, Lili, jouons au petit mari. On se donnera le bras; on fera des visites à chaque fauteuil.
Aussi gravement que pourrait parler M"'® sa mère, Lili gémit :
— Impossible, j'ai la migraine,
— Tu ne l'aurais pas si c'était mon cousin Albert, gronde jalousement le garçonnet.
— Naturellement... Albert est boy scout.
M. Bob, dix ans, reçoit un visiteur au salon.
— Maman vous prie de l'attendre un instant. Je vais rester avec vous d'ailleurs... Mais j'aurais dû commencer par vous demander des nouvelles de votre santé.
— Merci, Bob, elle est excellente.
— Et madame?
— Je la crois bien portante... Je la crois; car elle n'est pas à Paris.
Alors, Bob, d'un air entendu :
— Je comprends, elle est mobilisée.
Autre mot du même à un sexagénaire qui s'est astreint au pénible service des gares d'évacuation :
— Alors, vous voyez des Prussiens?
— Blessés ou prisonniers, mon petit ami.