MOTS DE GUERRE DES GOSSES
C'est en ces seules qualités qu'ils viennent aux gares d'Aubervilliers et de INoisy-le-Sec... — Je vois, je vois, interrompt Bob, vous faites la guerre de la petite banlieue; papa a plus de chance, il fait la guerre à la vraie campagne.
Un groifpe d'enfants, boulevard du Montparnasse. Je perçois ces deux phrases au passage :
— A quoi jouons-nous? Tu as le drapeau?
— Oui, mais pour le saluer. . . pas pour jouer.
Avenue des Gobelins, un soldat blessé s'est assis sur un banc. Il fait signe à un apprenti qui le considère avec intérêt.
— Petit, veux-tu aller me prendre du tabac en face. Voilà dix sous.
Le gamin prend la pièce, disparait à l'intérieur du débit, revient en courant et remet au fantassin le paquet de caporal demandé.
— Mais tu me rapportes les dix sous avec?
— Je vais te dire. Dans les tranchées d'Ar-
gonne, mon père a reçu un paquet de perlot d'une petite gonzesse inconnue... eh ben, c'paquet, j'te l'rends à toi, tu veux bien?
Julot, jeune chasseur de la maison, m'apporte une lettre dont j'extrais ces lignes lapidaires :
Tous les journalistes, dont le métier se résume à exciter les Français contre les Allemands, sont bien à Vahri pour continuer leur néfaste besogne.
Il existe donc un homme qui croit que les Français ont besoin d'être excités. . , ; un homme qui ignore sans doute les crimes teutons de Louvain, Malines, Reims, Arras, etc., etc. C'est un phénomène, un mouton à cinq pattes. Ça n'est jamais bien joli les phénomènes. Cette fois, l'anonyme, dans son horreur de la signature, préfère se déclarer :
Un embusqué, qui n'est pas sur le front, mais qui ne se charge pas d'y envoyer les autres, et ne fait pas de patriotisme dans un bureau bien chauffé.