‹ 1914-1915Chapitre 9 sur 30 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

A Madame Louise N... à X...

Vouziers, 2 août iai4.

Bonne et chère petite tante Lou,

Le régiment part ce soir pour la guerre libératrice. Où, je ne sais pas, mais cela n'a pas d'importance, puisque les Allemands y seront. Hein! Quelle chance que, mes dix-huit ans révolus, j'aie contracté, en avril, un engagement volontaire !...

Il ne s'agit pas de cela. Le temps m'est compté et j'ai tous mes bouts de lettres d'adieu à écrire à toi, à maman eU à Jean qui sont en vacances, à notre ferme des Chênerets. Il faut que je donne du courage à Jean. Pauvre petit frère, comme il va s'ennuyer ! Il a à peine quinze ans et devra regarder sans se battre.

Ce mot sera bien décousu, tante Lou. Je me suis arrêté pour recevoir, du vaguemestre, une carte de maman. Quand tu lui écriras, dis-lui combien je l'aime, combien je la vénère d'être si bonne et si brave. Ecoute ce qu'elle me dit :

« L'Allemand a voulu la guerre. Chacun doit faire tout son devoir, et plus encore. Sois sûr que Jean et moi penserons sans cesse à toi; mais toi, oublie-nous et ne pense qu'à vaincre.

« Jean t'embrasse de tout son cœur. Je te bénis. Reviens-nous victorieux ».

Et là-dessous, chère petite tante Lou, le prénom de mamam prend un aspect extraordinaire,

Xoraine ! Notre Etoile des Mages; notre espoir; un claquement de drapeau.

Au revoir, petite tante, meilleurs baisers de ton neveu si fier d'en être.

François B...

26 FEMMES ET GOSSES nÉHOiyUES

DEUXIÈME LETTRE A Madame Louise N...

Ce 13 septembre 1914.

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