‹ 1914-1916 poésiesChapitre 14 sur 33 · LES VEILLEURS · texte numérisé non relu

LES VEILLEURS

Nous reverrons l'été, nous reverrons l'automne, La vigne à nos coteaux et les blés dans nos champs, La moisson dans la grande et le vin dans la tonne, Et nous réentendrons les rires et les chants ;

De nouveau le printemps penchera vers le fleuve La jeune frondaison des arbres reverdis, Et le soleil luira dans la lumière neuve, Et les aubes d'argent feront l'or des midis ;

De nouveau les fruits mûrs pendront aux branches torses. Oh ! la g-erbe d'août au chaume du guéret ! Oh î le parfum de l'algue et l'odeur des écorces, Car la mer écumeuse est sœur de la foret !

De nouveau l'âpre hiver se parera de givre ; Nous entendrons les chiens à la lune aboyer Et nous verrons, dans les longs soirs glacés, revivre La lumière à la lampe et la flamme au foyer.

La tendresse et l'amour au cœur des jeunes femmes Mystérieusement battront comme autrefois, Mais quelque chose aura rendu graves les âmes Lorsque pour le serment s'enlaceront les doigts ;

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Les voix résonneront plus mâles et plus ficres Parce que nous verrons briller au fond des yeux JL'héroïque regard qui palpite aux paupières Des régénérateurs et des victorieux ;

DaDS l'air pur et léger où vole l'espérance Un lumineux rayon rendra l'azur plus beau, Et d'un éclat plus vif, les trois couleurs de France Feront frémir d'orgueil la bampe du drapeau,

Tandis que, dans l'écho, de mémoire en mémoire, Sublime souvenir de l'exploit sans pareil, Vibrera longuement une rumeur de gloire Au fond d'une splendeur de pourpre et de soleil !

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