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Mais nous, qui n'aurons pas trempé nos mains farouches Dans le flot furieux du sublime torrent, Que n'enivrera pas le cri de mille bouches Qui, de chaque héros, fait comme un Dieu vivant,
Nous qui nous n'aurons connu de la grande aventure Que la rouge lueur qui gronde à l'horizon, Nous qui n'aurons souffert que notre angoisse obscure, Nous qui serons restés au seuil de la maison,
Nous ne marcherons pas avec vous, jeunes hommes, Vous, les vainqueurs; vous, les superbes; vous, les forts, Et, graves, à l'écart, sachant ce que nous sommes, Nous, nous demeurerons dans l'ombre avec nos morts.
Nous serons les veilleurs de leur nuit éternelle Et nous entretiendrons sur leurs tombeaux sacrés La torche vigilante et la lampe fidèle; Nous resterons près d'eux, alors que vous vivrez,
Puisque le dur Destin, de sa main meurtrière, A fait blanchir leurs os dans le lit du torrent Et qu'ils n'auront pas, eux, cueilli dans la lumière Le laurier ténébreux arrosé de leur sang- !